mercredi 20 juin 2018

Des traitements naturels pour un jardin sain


Noémie Vialard , le 16/06/2018 dans le Journal LaCroix
 
Il existe de nombreuses astuces pour venir à bout des désagréments touchant nos cultures, sans avoir affaire à des produits polluants et toxiques.

Comme insecticide et fongicide, les tisanes, décoctions et purins de plantes portent secours aux autres plantes. Ces extraits contribuent à l’équilibre et à l’harmonie du jardin. Avec fermentation ou non, ils viennent en complément d’un bon entretien du jardin.

Le plus connu, c’est le purin d’ortie : stimulant, fournisseur d’aliments assimilables rapidement, il offre aux végétaux une résistance accrue aux maladies et aux ravageurs.

Si la consoude possède les mêmes qualités, bien d’autres plantes sont fort utiles, car, riches en oligo-éléments, azote, potassium et magnésium. Et surtout, certaines associations, comme l’ortie et la consoude, sont de vrais remèdes miracles. Ces extraits ne sont pas à proprement parler des insecticides ou des fongicides. Ce sont surtout des appuis de croissance et de force pour les végétaux, leur permettant de lutter, et des aides à la vie microbienne du sol.

Mais en plus de ces préparations à base de plantes, on peut concocter des mixtures composées de produits naturels : par exemple, avec du bicarbonate de soude, du savon noir ou de l’huile végétale, on fabrique un insecticide.

Avec de l’argile, une infusion de prêle, toujours du bicarbonate de soude, et quelques gouttes d’huile essentielle de thym, on cuisine un fongicide.

Il existe un tas de combines pour éliminer les limaces, comme la bière dans laquelle, gourmandes, elles viennent se noyer.

Pour désherber ? Essayez le vinaigre blanc ou l’eau de cuisson, bouillante, des pommes de terre… Les huiles essentielles de citronnelle, de géranium rosat, d’eucalyptus sont des anti-moustique efficaces… (La Croix du 16/06/18)


La consoude

 La consoude est une plante vivace très robuste, à la floraison très décorative. Cette belle plante fait partie de la famille des Boraginacées. Elle serait originaire d’Europe et d’Asie septentrionale. Ses grandes feuilles vertes, rugueuses et velues sont portées par des tiges poilues. Ses jolies clochettes de différentes couleurs fleurissent de mars à août selon les espèces.
La consoude est utilisée depuis 2 000 ans en médecine traditionnelle. Elle est utilisée aussi de nos jours dans le traitement des contusions ou des entorses. Elle favorise la cicatrisation des blessures. Elle dispose de propriétés émollientes et expectorantes.
En cuisine, elle servait autrefois comme composant dans les salades ou les soupes. Elle a aussi été utilisée comme plante fourragère grâce à sa haute teneur en protéines et sa faible teneur en cellulose. On la considérait comme un aliment de choix pour les volailles et les porcs.
Attention : la consoude contient des pyrrolizidines, qui sont des substances très toxiques pour le foie, pouvant causer des troubles hépatiques graves. De ce fait, il est recommandé de limiter l’usage de la consoude aux applications externes.


Voir ce que dit "wikipedia" de cette plante et regarder des reproductions


« Le narcissisme séducteur peut devenir un piège »

Père Jean-François Noël Curé à Istres (Bouches-du-Rhône) et psychanalyste

Selon le père Jean-François Noël, si certains prêtres éprouvent des difficultés à vivre le célibat, c’est par besoin de validation.

On pointe souvent la solitude, le manque de reconnaissance et de perspective d’avenir pour expliquer le départ de certains prêtres. Ces explications ne semblent toutefois pas convenir pour des cas récents, comme celui de David Gréa…

Père Jean-François Noël: Pour les prêtres à succès, le piège est grand de tomber dans le narcissisme séducteur. Séduire – du latin seducere, « conduire à soi » – est une manière de combler le manque, inhérent à tout être humain. Car, pour chacun, la question lancinante est celle de la validation de son existence, de la certitude d’être aimé au-delà de tout. Tant que l’on est enfant, les parents remplissent ce rôle. De même, le conjoint pendant les premières années de mariage. Mais tôt ou tard, l’époux ou l’épouse, le cercle familial et amical ne suffisent plus pour me garantir que ce que je vis est bien. De fait, le seul qui puisse valider mon existence – et pas seulement pour cette vie terrestre –, c’est Dieu. Même un athée a besoin d’une telle validation.

Ce sont donc souvent des prêtres plutôt mûrs qui, se retrouvant aux prises avec une impossibilité à valider les efforts de leur vie pastorale, peuvent partir pour une femme, pour tenter de répondre à la détresse dans laquelle ils se trouvent.

Ce besoin de reconnaissance et de validation, commun à tous, se vit-il différemment dans le célibat?

P. J.-F. N.: Je suis persuadé qu’il n’est pas plus difficile d’être célibataire que d’être marié. Mais dans la vie conjugale, il y a toujours une altérité, tandis qu’un prêtre n’a personne face à lui pour l’interroger sans cesse. La difficulté du célibat sacerdotal, ce n’est donc pas tant la frustration affective que l’effacement de l’autre. Dit autrement: le narcissisme séducteur relève surtout d’un problème de chasteté psychique et non pas d’abord de chasteté sexuelle.

Il est facile, pour un prêtre intelligent et non dépourvu de charme, de s’enivrer de sa réussite et de son pouvoir, justifié à ses propres yeux par son travail d’évangélisation. Mais c’est un piège qui illusionne. Certes, les prêtres ont des rencontres régulières entre confrères, mais ces lieux fraternels ne remplissent pas assez ce rôle de relecture.

Pour un prêtre, quelle serait alors la solution pour sortir de la griserie de la séduction?

P. J.-F. N.: La séduction comme le pouvoir sont des addictions: il est difficile de s’en sevrer quand on y a pris goût. Un curé jouit d’un immense pouvoir dans sa paroisse. Pour se sevrer de cette addiction, la solution est de créer de l’altérité, d’avoir un autre en vis-à-vis. Or certains prêtres vont se servir effectivement d’une rencontre amoureuse pour créer cette altérité. Mais l’altérité peut être trouvée autrement. Ce qui sauve, ce n’est pas de réussir et d’avoir du succès, mais c’est de s’entendre dire?: « Tu es pauvre et pardonné. » Cette vraie validation est semblable à celle que vivent des conjoints âgés qui se disent mutuellement?: « Je t’aime comme tu es. » (LaCroix 18/6/18)
)
Recueilli par Claire Lesegretain , le 18/06/2018

lundi 7 mai 2018

Khaled Roumo, "La foi est de l'ordre de l'expérience"

La fin de l'année universitaire pointait et, avec elle, les examens.
Grâce à une bourse, j'étudiais la littérature française à la fac de Damas. J'avais tout pour être heureux. Et pourtant... Même les études, qui me passionnaient tant depuis mon enfance, me laissaient indifférent. Même cette jeune fille, que j'aimais et qui m'aimait, ne pouvait panser ma désespérance. Même mes amis ne parvenaient pas à me rejoindre dans ma solitude abyssale. Bien que mon état s'apparentât à la dépression, ce terme ne voulait rien dire pour moi. Du haut de mes 23 ans, je crois que je souffrais d'un manque d'être. Je trouvais dans la Nausée de Sartre une consolation car, ce dégoût de la vie, je le ressentais. Dans ce mal-être où frisait l'envie de mourir, je rompais avec un certain réel, pour plonger dans un autre, éprouvant, douloureux.

Un jour, alors que je traînais mon désespoir au bord d'un ruisseau
environné d'arbres fruitiers, quelque chose se produisit dans mon cœur. Sans que je fasse ni ne demande quoi que ce soit, une explosion d'amour jaillit en moi à la vitesse de la lumière. Jamais je n'avais éprouvé cela. Ce que je ressentais ne ressemblait en rien aux amours humaines. Le bonheur, la joie, la paix, qui me submergeaient subitement, émanaient d'une présence qui se donnait pour nom « Allah » : Dieu. Cette présence n'était ni une idée ni le fruit d'une réflexion. Elle était un Amour goûté.

Khaled Roumo pendant une conférence à Paris


Jusqu'alors, je n'avais pas de vie spirituelle.
J'ai été éduqué dans une culture populaire, rurale, non intellectuelle. Seule ma mère, illettrée, faisait ses cinq prières par jour. Mais toute la famille observait le jeûne du ramadan. La bonté de mes parents se révélait dans leurs faits et gestes, et jamais je ne les ai entendus prononcer un mot négatif à propos d'une autre ethnie, culture ou confession religieuse.

Mes sept premières années se sont écoulées dans un village syrien, nommé Krak des Chevaliers. Au sein de cette forteresse médiévale, entourée de villages chrétiens, je m'ouvris dès mon enfance à la diversité culturelle et cultuelle. Nos journées étaient bercées par le son des clochers des églises et celui des appels à la prière. Les paysans, musulmans et chrétiens, travaillaient ensemble dans les champs dans une ambiance harmonieuse et fraternelle. Puisque mon père était gendarme mobile à cheval, nous avons ensuite vécu dans différentes localités, pour des périodes de deux à trois ans. Ces divers déménagements accrurent notre ouverture à d'autres ethnies et religions en Syrie. Dans un village chrétien maronite où nous habitions, nous jeûnions avec les habitants au cours du carême, sans pour autant renoncer à notre religion. Les grandes fêtes de chacun étaient des occasions de partage de nourriture, de visites dans les églises et les mosquées, de joie et d'amitié. 

Après cette bouleversante expérience spirituelle, 
Khaled Roumo pendant une séance d'Itinéraires
j'ai voulu comprendre ce qui m'était arrivé. Les lectures dans lesquelles je me suis plongé – le Coran, les Évangiles, la mythologie grecque, des textes de grands spirituels comme Gandhi – faisaient sens pour moi, en écho à ce que j'avais vécu au bord du ruisseau. Ce n'était pas le livre qui s'imposait dans sa vérité, c'était moi qui y trouvais une résonance avec mon expérience de Dieu. Cette démarche me révélait que ce que j'avais vécu était vrai. À force de lectures, j'ai compris que la voie correspondant le mieux à ma foi était l'islam, dans la mesure où le rapport au divin est direct. J'étais un passionné de Dieu, plein de zèle. Comme dans une histoire d'amour, je ne pouvais le garder pour moi. Il me fallait le partager, non par élan missionnaire, mais parce que Son amour débordait de mon être. Je voulais prouver que l'expérience que l'on pouvait faire de Lui était belle, vraie, et qu'elle transcendait les différentes confessions.

Installé en France (cinq ans plus tard), je me suis lancé
dans une thèse sur le phénomène religieux. Ce travail, pensais-je alors, serait le chemin de la vérité. Mais plus j'avançais dans mes recherches, plus j'en mesurais les limites. J'étais acculé à une sorte d'équation scientifique qui ne pouvait contenir les résultats de mon travail : l'expérience de Dieu et la psyché relèvent de l'ordre de l'indicible. J'avais trouvé la vérité mais elle ne pouvait être dite dans le cadre d'une thèse. Cette impossibilité de nommer cette expérience selon une méthodologie universitaire, cette contradiction absolue entre une réalité intérieure et une exigence extérieure me menèrent, au bout de dix ans de recherches soutenues, à une deuxième crise existentielle, ontologique. Grâce à un ami athée, j'ai pu la dépasser : il m'a fait prendre conscience que je n'avais pas besoin de diplôme pour répondre à mon désir d'écrire. Alors j'ai trouvé mon propre cadre, celui de la poésie, mais aussi celui de la recherche prenant en compte toutes les dimensions de l'homme et de l'existence.

Le mystique Ibn al-Arabi (1165-1240) a dit : « Si l'amour est savouré, son essence est indicible. » Cette parole me guérit de la culpabilité de ne pas avoir achevé ma thèse. J'avais voulu pénétrer l'essence de l'amour à travers une recherche intellectuelle. Grâce à ma défaillance, j'ai pu construire toute la suite. D'après le philosophe suisse Frithjof Schuon (1907-1998), l'être humain est condamné, de par sa nature, à la transcendance. Moi, je dis que nous sommes condamnés à aimer. Car si nous n'aimons pas, nous ne sommes plus. Nous périssons intérieurement. Lorsque j'ai reçu la grâce de l'Amour, ma voie s'est ouverte : je ne pouvais plus m'abstenir d'aimer autrui, la vie. Ce qui n'est pas une mince affaire dans la mesure où nous nous heurtons continuellement à des obstacles, en soi et chez les autres.

Autant j'ai besoin de trouver Dieu dans la solitude,
puisque ma demeure est en Lui, autant j'ai besoin d'être intimement relié à Sa création. Ma vocation, mon besoin viscéral sont de pister la présence de Dieu dans les témoignages de mes frères et soeurs d'âme. Je ne pourrais vivre sans cette nourriture. C'est ainsi que j'ai fondé, il y a une quinzaine d'années, le groupe de partage Itinéraires spirituels islamo-chrétiens, en collaboration avec une soeur xavière. Dans un souci de plus grande ouverture, j'ai créé ensuite Itinéraires spirituels interconvictionnels au Forum 104 à Paris VIe.


Khaled Roumo est très investi dans la dialogue islamo-chrétien

Je distingue le partage spirituel du dialogue interreligieux. 

Ce dernier est bon mais il se cantonne à l'érudition, au savoir. Une fois le dialogue passé avec l'apport des richesses réciproques, chacun rentre chez soi. Or l'être humain a besoin de goûter les choses et de les expérimenter. Le partage spirituel relève du vécu de la personne et d'une certaine capacité d'accueil de sa nature profonde. Si quelqu'un me parle de son amour pour le Christ, la Vierge, saint François d'Assise, ou sa grand-mère, je vibre. Je n'ai pas de frein, je suis traversé. Je ne deviens pas pour autant l'autre et il ne devient pas moi, mais je suis relié à lui grâce à des canaux imperceptibles et transcendants. Tout comme l'air ne s'arrête pas aux frontières des pays, nous respirons tous le même souffle de Dieu. Et toute personne qui suit la voie de l'amour est sur le sentier de la vérité.

Je rends grâce d'avoir reçu ce souffle d'Amour à l'âge de 23 ans,
et je prie Dieu de me le redonner de manière aussi absolue un jour. Je vois parfois l'existence comme des « travaux forcés », du premier cri jusqu'au dernier souffle. Telle est l'épreuve de l'être humain et de son passage sur terre. Il m'arrive d'être nostalgique de cet instant originel où nous étions dans le sein de Dieu. Lorsque nous avons goûté à Son amour tel qu'il nous exalte et nous pacifie, il est très difficile d'en sortir. Pourquoi continuer à vivre si l'après est tellement merveilleux ? Cette nostalgie doit être transformée en un chemin d'avenir, aboutissant aux retrouvailles avec Dieu. Et la douleur acceptée, assimilée est une prière, une reconnaissance de la valeur de ce qu'Il nous a donné. Le sens de l'islam est de s'en remettre à Lui. Nous devons accomplir notre vie et Lui faire confiance en nous pliant à Sa volonté dans une relation singulière, personnelle, mais aussi dans une communion avec les personnes rencontrées sur notre chemin. Telle est notre vocation, malgré les malheurs et les horreurs. La foi consiste à adorer Dieu et non l'espèce humaine ; l'adorer non comme une idée mais dans ce qu'Il nous a fait connaître. Sa présence se révèle à nous tel un parfum, un goût. À travers une expérience.

Anne-Laure Filhol publié le 25/05/2016 

Article repris dans LA VIE, les Essentiels, voir: http://www.lavie.fr/spiritualite/temoins/khaled-roumo-la-foi-est-de-l-ordre-de-l-experience-25-05-2016-73299_688.php

 

mardi 24 avril 2018

On appelle les nouveaux baptisés des néophytes, pourquoi?

Néophyte, un terme chrétien passé dans le langage courant.
Pourquoi cette période de Pâques est très importante pour les NEOPHYTES?
Nous sommes tous des néophytes  à Pâques?
On a tous à revenir à la source, on a tous à renaître.
Ce n'est pas si facile aujourd'hui d'être néophyte dans une communauté chrétienne!

Quel message pour les néophytes?
"Je dirai volontiers à un néophyte qu'il m'encourage!"

lundi 23 avril 2018

Sexualité, homosexualité: « L’Église a souvent été moins répressive que la société »


L’Antiquité gréco-romaine était-elle si libérale qu’on le dit à propos des relations homosexuelles ?
Jean-Claude Guillebaud : Les critères moraux, à partir desquels l’Antiquité considérait les actes homosexuels, dépendaient du statut (homme libre ou esclave) et du rôle (actif ou passif) : pour un homme libre, avoir des relations passives avec un esclave était la pire des déchéances. Parallèlement, la civilisation grecque acceptait des relations pédagogiques entre un adulte et un adolescent avec initiation homosexuelle de l’élève par le maître. Cette tradition antique, que l’on retrouve sur d’autres continents, a été proscrite par les Hébreux : pour préserver leur identité au milieu de peuples ennemis, ceux-ci devaient s’en démarquer. À partir du IIIe siècle, en s’imposant, le christianisme va reprendre à son compte ces interdits bibliques, comme on peut le voir dans le Bréviaire d’Alaric (506) pour l’Empire d’Occident, et dans le Code Justinien(533) pour l’Empire d’Orient. La répression des pratiques homosexuelles restera en vigueur bien au-delà de l’an mil mais ne sera pas toujours appliquée.
Au Moyen Âge, comment l’Église réagissait-elle face aux actes homosexuels ?
Jean-Claude Guillebaud : Les manuels de confession, qui permettaient de pratiquer le pardon à l’égard des pécheurs et de les réintégrer dans l’Église, offraient une large gradation des pénitences, selon que les actes d’homosexualité étaient commis avant ou après l’âge de 20 ans. En fait, même si la loi civile pouvait réclamer la peine capitale pour les « sodomites », celle-ci était peu appliquée. À partir du XIIIe siècle, à la suite du concept de loi naturelle (pour Thomas d’Aquin, la sodomie est « contre nature » puisqu’elle ne conduit pas à la procréation), l’opinion publique devient hostile aux mœurs homosexuelles. D’autant que, au XIVe siècle, période de famine et de grande peste, on cherche des boucs émissaires. Dans le royaume de France, entre 1317 et 1789, on dénombre 73 procès en sodomie ayant abouti à 38 exécutions capitales et à 10 peines de galère : comparé au nombre de sorcières et d’hérétiques exécutés pendant la même période, c’est peu. En fait, on constate une distorsion entre la sévérité du discours officiel et l’application des peines car, dans ces affaires, les juges se montrent prudents et les autorités spirituelles sont soucieuses de miséricorde.
Avec les Lumières puis la Révolution française, le regard sur l’homosexualité change-t-il ?
Jean-Claude Guillebaud : Dans son Dictionnaire philosophique (1764), Voltaire se révèle homophobe, considérant que les amours entre hommes sont une « turpitude ». Cette virulence est d’autant plus curieuse que les élites du XVIIIe siècle sont peu sévères à ce propos. D’ailleurs, les révolutionnaires vont supprimer toutes les lois de l’Ancien Régime concernant les actes homosexuels. Dans le code civil de 1804 (dont l’un des principaux rédacteurs, Cambacérès, était homosexuel), aucun article ne légifère contre les adultes consentants ; seule la pédérastie est sanctionnée. La France devient alors le seul pays d’Europe qui ne condamne plus l’homosexualité. Mais avec la montée du puritanisme, concomitante avec celle du capitalisme, un arsenal répressif s’instaure. Le terme « homosexualité » est inventé en 1869, puis utilisé par le docteur Krafft-Ebing dans sa Psychopathia sexualis (1887), pour ranger les homosexuels parmi les malades atteints d’« inversion ». Comme l’a écrit Michel Foucault, c’est l’époque où le discours psychiatrique cherche à circonscrire le personnage de « l’homosexuel » et où la médecine tente d’éradiquer ce « vice » par électrochocs, lobotomie ou traitements chimiques… Cette conception d’une orientation sexuelle pathologique est restée dominante jusqu’aux années 1970.
De manière générale, l’Église catholique s’est-elle alignée sur les modes culturelles et sociales pour sanctionner ou tolérer les pratiques homosexuelles ?
Jean-Claude Guillebaud : En Europe occidentale, l’Église s’est souvent montrée moins répressive que la société sur ces questions pour ce qui est des laïcs. En ce qui concerne l’homosexualité dans le clergé et la vie religieuse, il y a eu des périodes au cours desquelles celle-ci a été sévèrement réprimée. Selon les études portant sur l’homosexualité dans des situations culturelles données, on ne peut pas dire que les périodes de répression sévères coïncident avec une diminution des pratiques homosexuelles ni, à l’inverse, qu’un certain libéralisme législatif contribuerait à une augmentation des pratiques homosexuelles. Il est certain que l’homosexualité a traversé toutes les époques et toutes les cultures. Il est incontestable aussi qu’il n’existe aucune civilisation ou période de l’histoire où l’homosexualité ait été valorisée en tant que telle.

Recueilli par Claire Lesegretain
Voir: Journal LA CROIX du samedi 21 avril 2018
https://www.la-croix.com//Journal/LEglise-souvent-ete-moins-repressive-societe-2018-04-21-1100933426?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20180421&utm_campaign=newsletter__crx_subscriber&utm_term=1007164&PMID=7441f5f7f00d28332c71f7921d8d13a7

jeudi 12 avril 2018

Les mots de la foi: "NEOPHYTE", c'est quoi?

 Chez les chrétiens, les néophytes ce sont les nouveaux baptisés. Pendant cette période ils (elles) recevaient une catéchèse particulière.
"C'est un statut qui ne va pas durer".
Au fil des siècles on a arrêté de baptiser des adultes et de plus en plus on baptisait les enfants nouveaux-nés.
Les néophytes vivent des périodes très ardentes. Oui, mais que se passe-t-il quand la période des "consolations spirituelles" s'estompe?
"C'est du lait que je vous ai fait boire, non de la nourriture solide: vous ne l'auriez pas supportée. Mais vous ne la supporteriez pas davantage aujourd'hui." (St-Paul aux Corinthiens, 1 Cor 3, 2)
"C'est pas si facile aujourd'hui d'être néophyte dans une communauté chrétienne!"
Quel message pour les néophytes? "Ils m'encouragent!"

mercredi 28 février 2018

Pratique religieuse : « Il ne faut pas avoir une conception trop étroite de la pratique religieuse »

Nicolas Senèze pour La Croix Un quart des catholiques se disent pratiquants mais seulement 7% viennent chaque dimanche à la messe. Comment expliquez-vous ce décalage ?
Mgr Defois : Il faut bien comprendre que la pratique religieuse n’est qu’une des expressions de la foi ! Aujourd’hui, l’identité catholique ne s’exprime plus uniquement par l’assistance à la messe dominicale. Pour certains, pratiquer, ce sera aller en pèlerinage une fois dans l’année, faire baptiser leur enfant ou célébrer religieusement leur mariage… Cela a été particulièrement sensible au moment de la mort de Jean-Paul II, avec tous ceux, dont beaucoup de jeunes, qui sont venus exprimer une appartenance culturelle au catholicisme en priant dans les églises. Et cette prière avait du sens pour eux. Il ne faut donc pas avoir une conception trop étroite de la pratique.
La Croix Cela veut-il dire que l’Église continue de toucher ces catholiques « culturels » ?
Mgr Defois : Oui, à condition de donner la priorité à l’évangélisation par rapport aux sacrements. C’est tout le sens de nos efforts pour, par exemple, améliorer la préparation au mariage ou, dans le cadre du catéchisme, associer les jeunes parents à la vie religieuse de leur enfant. Cela ne veut pas dire que, du jour au lendemain, ils se mettront à aller à la messe tous les dimanches, mais il y aura quelque chose de fondateur pour eux à accompagner leur enfant. Comme le soulignait Paul VI dans Evangelii nuntiandi, les enfants aussi peuvent évangéliser leurs parents. Le danger serait de faire une Église qui reproduirait le passé.
La Croix Est-ce pour cela que beaucoup de jeunes ne s’y retrouvent pas ?
Mgr Defois : Beaucoup de nos eucharisties sont « managées » par des retraités, ce qui est normal car ils ont plus de temps pour s’engager dans l’Église. Mais cela ne permet pas l’expression liturgique des jeunes. Je pense en particulier à ce qu’ils peuvent connaître à Taizé ou à ce que nous venons de voir lors du rassemblement scout de Jambville. Les jeunes sont plus friands de ces rassemblements ponctuels que de la messe de leur village ou de leur quartier, dans laquelle ils ne se sentent pas à l’aise. Un des drames de notre époque, c’est que les générations de retraités engagés dans nos paroisses visent à perpétuer l’Église qu’ils ont connue, à poursuivre ce qui les a portés. Pour certains, le malaise vient du fait que ce qu’ils font serait l’expression de la vérité.
La Croix Avec un tel discours, vous ne craignez pas de décourager tous ceux, souvent âgés, qui sont engagés dans les paroisses ?
Mgr Defois : Attention : il ne s’agit surtout pas de tout jeter et de remplacer les retraités par les jeunes ! Ce qu’il faut, c’est être plus attentif à l’inter-générationnel dans l’Église, ce qui permettrait d’être plus à l’écoute des attentes des jeunes. Sinon, nous risquons d’être submergés par le maintien de formes religieuses du passé qui, si elles ont eu leur heure de gloire, ne correspondent plus aux attentes d’aujourd’hui. Nous sommes en effet passés d’un catholicisme d’appartenance et de consommation à un catholicisme de conviction et de sélection.
La Croix Cela s’accompagne aussi d’une individualisation des croyances et des pratiques. Comment éviter que chacun ne se bricole « son » catholicisme ?
Mgr Defois : Le problème est effectivement le manque de culture spirituelle et religieuse. Notre tâche est donc de réévangéliser le besoin de vie spirituelle. Auparavant, on allait de la foi à l’engagement, alors qu’aujourd’hui, on découvre la foi dans sa vie. Il nous faut donc faire en sorte que cet engagement s’exprime dans la vie de l’Église, qu’il y ait une communication avec la vie spirituelle. Aujourd’hui, les deux tiers des Français se disent catholiques : cela signifie que l’Église est entièrement immergée dans cette société en mouvement. Ce n’est pas forcément négatif, mais cela demande que nous dialoguions avec cette société. C’est un appel à vivre l’Église autrement.
Mgr Gérard Defois, interview parue dans le Journal LA CROIX du 14 août 2006

Quelle place dans l'Eglise pour les non-pratiquants?