Les communautés chrétiennes sont actuellement traversées par un grand malaise. La question la plus importante qui se pose à l’Église n’est pas qui se trouve derrière les scandales, mais ce que ces scandales – en particulier les abus sur mineurs – révèlent de sa manière d’être. De fait, l’Église est contrainte non seulement de chercher un remède aux comportements inappropriés de ses prêtres, mais aussi de s’interroger sur les raisons profondes qui les ont rendus possibles. La « tolérance zéro » ne suffit pas si elle n’est pas étayée par la volonté radicale de revoir nos modes de fonctionnement au sein de l’Église, notamment en ce qui concerne l’exercice des ministères ordonnés.
L’Église a encouru le risque de fonctionner davantage comme une institution religieuse que comme une communauté de foi. Ce qui est très ambigu, c’est qu’elle a fait entrer par la fenêtre ce que l’Évangile avait fait sortir par la porte : le caractère sacré. Tout ce que nous vivons aujourd’hui met en lumière les conséquences amères d’une sacralisation de certaines fonctions ecclésiales qui, en réalité, sont et restent des services. L’identification entre le ministère au service de la vie d’une communauté et l’identité personnelle du ministre ordonné a créé toute une série d’abus qui, avant d’être des crimes, sont en réalité une posture qui contraste avec l’Évangile, bien qu’elle soit profondément « religieuse ».
Aussi l’Église se retrouve-t-elle à payer aujourd’hui les conséquences amères d’une reprise du fonctionnement religieux et sacré. Ce fonctionnement a créé une caste – la caste cléricale –, qui ne concerne pas seulement les clercs, mais aussi les laïcs cléricaux. Comme les pharisiens et les sadducéens du temps de Jésus, cette caste, au lieu de servir l’Évangile, est tentée de s’en servir.
Au fond, si l’on y réfléchit, l’Évangile, avec ses exigences de liberté, d’égalité et de fraternité universelle, est la ruine de l’Église. S’il n’y avait pas l’Évangile, tout pourrait continuer à fonctionner comme toujours. Mais l’Évangile impose une conversion qui passe par la réception des critiques de l’extérieur. Celles-ci doivent être au fondement d’un repositionnement sérieux et généreux des communautés chrétiennes. Remettre l’Évangile au centre de la vie de l’Église, c’est reconnaître une erreur fondamentale : celle d’avoir atténué l’appel provocant à être une communauté de frères au service de l’humanité, et non une « religio » comme les autres. Ce qui fait la différence, ce n’est pas le bagage dogmatique ou rituel ; c’est la posture qui consiste à renoncer à tout privilège découlant de la revendication d’une investiture venue d’en haut, pour privilégier au contraire la relation à l’autre, qui va jusqu’à se mettre à ses pieds pour le servir.
Que faisons-nous réellement pour renoncer à toute forme de cléricalisme et, même, de machisme ? Tant que nous ne renoncerons pas à l’abus d’exclusivisme et d’exclusion, il sera très difficile de guérir de la maladie qui génère des abus sexuels, de pouvoir et de conscience. Une Église qui repart de l’Évangile est une Église dépouillée d’elle-même, qui renonce à créer des castes exclusives s’arrogeant le droit d’exclure les autres au nom d’une vocation et d’une investiture venue d’en haut. Celle-ci, en réalité, ne peut venir que d’en bas. Les événements et, surtout, l’intelligence plus grande que nous avons de l’Évangile exigent que l’on ne tombe pas dans la logique du rapiéçage (Marc 2,21), mais de nous lancer au contraire joyeusement vers l’horizon de la refondation. Tout cela ne peut se produire que si nous acceptons d’abord de relativiser toute une série d’institutions et de fonctionnements qui, s’ils ont été utiles – du moins en partie – jusqu’à aujourd’hui, ne sont probablement plus adaptés.
Deux éléments sont non seulement urgents, mais aussi révélateurs du désir bien réel de passer de la nostalgie de nous-mêmes à la nostalgie du Royaume de Dieu qui vient nous déstabiliser : le rôle de la femme dans la vie de l’Église et le passage d’une théologie de la mortification à une théologie du plaisir. Dans les deux cas, la manière de concevoir la sexualité, comme le signe de notre manière de nous sentir humains et d’entrer en relation, est la clé de voûte d’une volonté – ou non – d’assumer les changements anthropologiques actuels non comme une menace, mais comme une opportunité.
Il ne s’agit pas de relativiser de manière idéologique le célibat des prêtres ou la chasteté des consacrés, mais de les replacer dans la bonté radicale et totale de notre humanité. Sans exaltation inutile – et parfois dommageable –, du renoncement que ce célibat suppose, comme source d’excellence. Cela nous permettra de vivre de la même manière qu’auparavant – le célibat notamment – mais avec une liberté et une responsabilité qui, au moins en partie, doivent encore être construites, pour être non seulement vivables de l’intérieur, mais également lisibles de l’extérieur.
F. Michael Davide Semerano, moine bénédictin
https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Renoncer-toute-forme-clericalisme-2018-10-25-1200978486
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samedi 27 octobre 2018
dimanche 24 juin 2018
L’Église en milieu rural (La Croix, 20/06/18)
Merci pour ces pages parlant de la situation de l’Église en milieu rural… (La Croix du 28 mai). Le rural va-t-il devenir un désert spirituel ? Nous portons cette question sur notre doyenné où nous avons entrepris une réflexion…
Quand allons-nous arrêter dans notre Église catholique de tout faire tourner autour du prêtre et de l’eucharistie dominicale ? Hier, beaucoup de diocèses comme le nôtre ont mis en place de nouvelles paroisses regroupant plusieurs clochers. Aujourd’hui, compte tenu de la diminution des prêtres, on s’interroge sur de nouveaux regroupements : « pôles missionnaires », « pôles eucharistiques »… mais toujours en fonction du prêtre !
N’y aurait-t-il pas à approfondir la théologie du baptême où chaque homme et femme devient disciple missionnaire, prêtre, prophète et roi ! Quand un laïc préside des funérailles, ou une célébration de la Parole le dimanche, et qu’il commente la Parole de Dieu, il exerce son ministère de « prophète », en communion avec le prêtre qui l’a appelé !
Il y a quelques jours, une femme âgée qui avait conscience qu’elle arrivait en fin de vie a demandé qu’un prêtre vienne célébrer l’onction des malades… Il a fallu faire appel à un prêtre d’une paroisse voisine qui ne la connaissait pas…
N’y a-t-il pas sur sa paroisse un service évangélique des malades : l’une des personnes ne peut-elle pas, en étant désignée par le prêtre, vivre et célébrer ce sacrement ? Sinon il va lui aussi disparaître, car les chrétiens hésiteront à faire venir un prêtre qui est à 30 ou 40 kilomètres !
N’y a-t-il pas sur sa paroisse un service évangélique des malades : l’une des personnes ne peut-elle pas, en étant désignée par le prêtre, vivre et célébrer ce sacrement ? Sinon il va lui aussi disparaître, car les chrétiens hésiteront à faire venir un prêtre qui est à 30 ou 40 kilomètres !
Le prêtre va-t-il être réduit à être un distributeur de sacrements ? Notre Église est encore très cléricale… Alors on bouche les trous avec des prêtres venant d’ailleurs… Oui, le rural deviendra un désert spirituel si on continue de tout faire tourner autour du prêtre et de la messe du dimanche.
Alphonse Limousin (Vendée) dans le courrier des lecteurs du Journal LA CROIX, du 20 juin 2018.
mercredi 20 juin 2018
« Le narcissisme séducteur peut devenir un piège »
Père Jean-François Noël Curé à Istres (Bouches-du-Rhône) et psychanalyste
Selon le père Jean-François Noël, si certains prêtres éprouvent des difficultés à vivre le célibat, c’est par besoin de validation.
On pointe souvent la solitude, le manque de reconnaissance et de perspective d’avenir pour expliquer le départ de certains prêtres. Ces explications ne semblent toutefois pas convenir pour des cas récents, comme celui de David Gréa…
Père Jean-François Noël: Pour les prêtres à succès, le piège est grand de tomber dans le narcissisme séducteur. Séduire – du latin seducere, « conduire à soi » – est une manière de combler le manque, inhérent à tout être humain. Car, pour chacun, la question lancinante est celle de la validation de son existence, de la certitude d’être aimé au-delà de tout. Tant que l’on est enfant, les parents remplissent ce rôle. De même, le conjoint pendant les premières années de mariage. Mais tôt ou tard, l’époux ou l’épouse, le cercle familial et amical ne suffisent plus pour me garantir que ce que je vis est bien. De fait, le seul qui puisse valider mon existence – et pas seulement pour cette vie terrestre –, c’est Dieu. Même un athée a besoin d’une telle validation.
Ce sont donc souvent des prêtres plutôt mûrs qui, se retrouvant aux prises avec une impossibilité à valider les efforts de leur vie pastorale, peuvent partir pour une femme, pour tenter de répondre à la détresse dans laquelle ils se trouvent.
Ce besoin de reconnaissance et de validation, commun à tous, se vit-il différemment dans le célibat?
P. J.-F. N.: Je suis persuadé qu’il n’est pas plus difficile d’être célibataire que d’être marié. Mais dans la vie conjugale, il y a toujours une altérité, tandis qu’un prêtre n’a personne face à lui pour l’interroger sans cesse. La difficulté du célibat sacerdotal, ce n’est donc pas tant la frustration affective que l’effacement de l’autre. Dit autrement: le narcissisme séducteur relève surtout d’un problème de chasteté psychique et non pas d’abord de chasteté sexuelle.
Il est facile, pour un prêtre intelligent et non dépourvu de charme, de s’enivrer de sa réussite et de son pouvoir, justifié à ses propres yeux par son travail d’évangélisation. Mais c’est un piège qui illusionne. Certes, les prêtres ont des rencontres régulières entre confrères, mais ces lieux fraternels ne remplissent pas assez ce rôle de relecture.
Pour un prêtre, quelle serait alors la solution pour sortir de la griserie de la séduction?
P. J.-F. N.: La séduction comme le pouvoir sont des addictions: il est difficile de s’en sevrer quand on y a pris goût. Un curé jouit d’un immense pouvoir dans sa paroisse. Pour se sevrer de cette addiction, la solution est de créer de l’altérité, d’avoir un autre en vis-à-vis. Or certains prêtres vont se servir effectivement d’une rencontre amoureuse pour créer cette altérité. Mais l’altérité peut être trouvée autrement. Ce qui sauve, ce n’est pas de réussir et d’avoir du succès, mais c’est de s’entendre dire?: « Tu es pauvre et pardonné. » Cette vraie validation est semblable à celle que vivent des conjoints âgés qui se disent mutuellement?: « Je t’aime comme tu es. » (LaCroix 18/6/18)
)
Recueilli par Claire Lesegretain , le 18/06/2018
Selon le père Jean-François Noël, si certains prêtres éprouvent des difficultés à vivre le célibat, c’est par besoin de validation.
On pointe souvent la solitude, le manque de reconnaissance et de perspective d’avenir pour expliquer le départ de certains prêtres. Ces explications ne semblent toutefois pas convenir pour des cas récents, comme celui de David Gréa…
Père Jean-François Noël: Pour les prêtres à succès, le piège est grand de tomber dans le narcissisme séducteur. Séduire – du latin seducere, « conduire à soi » – est une manière de combler le manque, inhérent à tout être humain. Car, pour chacun, la question lancinante est celle de la validation de son existence, de la certitude d’être aimé au-delà de tout. Tant que l’on est enfant, les parents remplissent ce rôle. De même, le conjoint pendant les premières années de mariage. Mais tôt ou tard, l’époux ou l’épouse, le cercle familial et amical ne suffisent plus pour me garantir que ce que je vis est bien. De fait, le seul qui puisse valider mon existence – et pas seulement pour cette vie terrestre –, c’est Dieu. Même un athée a besoin d’une telle validation.
Ce sont donc souvent des prêtres plutôt mûrs qui, se retrouvant aux prises avec une impossibilité à valider les efforts de leur vie pastorale, peuvent partir pour une femme, pour tenter de répondre à la détresse dans laquelle ils se trouvent.
Ce besoin de reconnaissance et de validation, commun à tous, se vit-il différemment dans le célibat?
P. J.-F. N.: Je suis persuadé qu’il n’est pas plus difficile d’être célibataire que d’être marié. Mais dans la vie conjugale, il y a toujours une altérité, tandis qu’un prêtre n’a personne face à lui pour l’interroger sans cesse. La difficulté du célibat sacerdotal, ce n’est donc pas tant la frustration affective que l’effacement de l’autre. Dit autrement: le narcissisme séducteur relève surtout d’un problème de chasteté psychique et non pas d’abord de chasteté sexuelle.
Il est facile, pour un prêtre intelligent et non dépourvu de charme, de s’enivrer de sa réussite et de son pouvoir, justifié à ses propres yeux par son travail d’évangélisation. Mais c’est un piège qui illusionne. Certes, les prêtres ont des rencontres régulières entre confrères, mais ces lieux fraternels ne remplissent pas assez ce rôle de relecture.
Pour un prêtre, quelle serait alors la solution pour sortir de la griserie de la séduction?
P. J.-F. N.: La séduction comme le pouvoir sont des addictions: il est difficile de s’en sevrer quand on y a pris goût. Un curé jouit d’un immense pouvoir dans sa paroisse. Pour se sevrer de cette addiction, la solution est de créer de l’altérité, d’avoir un autre en vis-à-vis. Or certains prêtres vont se servir effectivement d’une rencontre amoureuse pour créer cette altérité. Mais l’altérité peut être trouvée autrement. Ce qui sauve, ce n’est pas de réussir et d’avoir du succès, mais c’est de s’entendre dire?: « Tu es pauvre et pardonné. » Cette vraie validation est semblable à celle que vivent des conjoints âgés qui se disent mutuellement?: « Je t’aime comme tu es. » (LaCroix 18/6/18)
)
Recueilli par Claire Lesegretain , le 18/06/2018
lundi 4 décembre 2017
Le parcours de foi d'une victime d'un prêtre pédophile pour retrouver Dieu
C'était il y a cinq ans.
Tremblante, j'entrai dans le bureau de
Jacques Blaquart, l'évêque de ma ville, Orléans. La femme d'une
cinquantaine d'années que j'étais se répétait que tout irait bien ; la
fillette de 13 ans et demi que j'ai été me criait de sortir, qu'être
seule avec un prêtre était dangereux. Je lui ai vite exposé la raison de
ma visite : « Je viens pour essayer de me réconcilier avec l'Église. » Son large sourire du début de notre entretien a fait place à un visage grave. « Enfant, j'ai été abusée par un prêtre. »
J'ai lu la douleur sur ses traits. Il était la première personne de
l'Église qui ne restait pas de marbre, ou gênée, face à mes paroles. Sa
sensibilité m'a touchée. Depuis, son accompagnement et son écoute me
réparent.
L'abus sexuel est une explosion intérieure
Au-delà de la blessure physique et psychique, c'est ma vie spirituelle qui a éclaté. Je vis avec une foi abîmée depuis ce 20 avril 1975, où un homme qui célébrait la messe, qui sanctifiait les offrandes de ses mains, a posé ces mêmes mains sur moi alors que j'avais un peu plus de 13 ans. Ce prêtre, par ses gestes, a sali les sacrements qu'il a pu me donner et a volé ma relation à Dieu. À 15 ans, je lui ai imposé de ne plus me toucher. Plus tard, étudiante, m'est venue une question : voulais-je encore être chrétienne ? J'ai choisi d'avoir une vie de foi pleine et entière, mais je ne me suis plus retrouvée dans l'Église.L'Esprit saint m'a guidée
Je l'ai découvert dans la communauté du Chemin neuf, que j'ai commencé à côtoyer à Lyon en 1982. Je venais pour suivre une formation de trois mois, j'y suis restée 30 ans. J'y ai rencontré mon mari, et nous avons longtemps vécu en « fraternité de vie » avec d'autres familles. Nous avons eu huit enfants, et j'ai beaucoup aimé m'occuper d'eux. Je vivais pleinement mon rôle de mère au foyer, heureuse, alors qu'une partie de moi était morte, ensevelie.Par miracle, je n'ai jamais cessé de prier Jésus
Mon chemin est long, pourtant il est extraordinaire
L'impossible s'y produit. La transformation, presque miraculeuse,
s'opère jusque dans mon lien à Jésus. Longtemps, à Pâques, je descendais
aux enfers avec Lui. Je le rejoignais dans sa souffrance, je le suivais
sur son chemin de croix. Mais la Résurrection était pour le fils de
Dieu, pas pour moi... Il y a trois ans, à mi-parcours dans mon travail
spirituel avec Mgr Blaquart, lors de la lecture de la Passion, j'ai
senti que Jésus s'est approché de moi, est descendu dans mon abîme, a
partagé ma souffrance. Alors seulement j'ai compris qu'il venait, Lui,
me relever. Ce 20 avril, 39 ans jour pour jour après que ma vie eut
basculé, j'ai été bouleversée : la mort, inscrite en moi, était
entraînée dans la Résurrection.
Dans mon histoire, la relation à Dieu comme Père a été la plus abîmée
Enfant, on m'a appris que Dieu était tout-puissant et qu'Il m'aimait. J'ai prié pour que le cauchemar cesse, mais ça ne s'arrêtait pas. Je comprends aujourd'hui que Dieu nous a créés libres et que si l'on veut faire le bien, alors Il est tout-puissant ; sinon, Il perd tout pouvoir face au choix de l'homme de faire le mal. Je me suis sentie abandonnée par Dieu si longtemps que revenir à Lui n'est pas facile. Si je me suis toujours confessée régulièrement, par devoir, je ne me suis plus confiée à partir du jour où un prêtre m'a refusé l'absolution quand j'ai laissé éclater ma colère contre Dieu. Aujourd'hui, en me laissant exprimer ma douleur envers le Père, Jacques Blaquart me permet de renouer une relation avec Lui. En m'écoutant, sans me juger, il m'offre la possibilité d'entrer dans une démarche de pardon avec Dieu.
Depuis que j'ai commencé à être ressuscitée, je me « réapproprie » la Parole de Dieu, c'est-à-dire que je la rends propre.
Aimant la prière ignatienne, je lis la Bible tous les matins
Elle est un appui fort. Depuis que j'ai commencé à être ressuscitée, je me la « réapproprie », c'est-à-dire que je la rends propre, et je la fais mienne de nouveau. La Parole de Dieu porte en elle les clés de mes avancées. Dernièrement, un texte d'Isaïe m'a fendu le cœur. Dieu parle au peuple et lui dit : « Un court instant, je t'ai abandonné, mais dans ma grande tendresse, je te rassemblerai. » J'ai lu des dizaines de fois ces mots et, l'an dernier, c'était comme si j'entendais une ouverture au dialogue de la part de Dieu envers moi, une promesse.La parole – tout comme la Parole – libère réellement
Comme beaucoup de victimes d'un prêtre, j'ai écrit à Rome. J'ai raconté la profondeur de la veillée de demande de pardon et de réparation organisée avec l'évêque Blaquart et d'autres victimes en octobre 2016. Ce jour-là, mes larmes ont coulé avec celles de personnes de l'Église, nous avons dépassé les paroles creuses. Ensemble, ces pleurs ont lavé le passé et sont féconds pour l'avenir.Rome m'a répondu en écho à ces larmes, par une invitation à regarder celles de Jésus au tombeau de Lazare. Cette lettre m'a rappelé combien je me suis sentie dans ce tombeau, mais aussi qu'il est entouré de personnes qui proclament, en voyant Jésus : « Voyez comme il l'aimait. » Alors, un peu comme Lazare, je suis en train d'être relevée de la prison de mon passé. Parfois, lorsque, avec Jacques Blaquart, j'exprime ma souffrance, il me confie que cela lui est douloureux. Je souris et je lui réponds : « Alors, peut-être êtes-vous vraiment mon prochain ? » Alors peut-être, par sa considération envers moi, je peux dire que je redeviens enfant de Dieu.
Propos recueillis par Sophie Lebrun publié le 19/04/2017
lundi 27 mars 2017
Les prêtres deviendront-ils des gardiens de musée ?
Dans beaucoup de villages de France, l’Église s’épuise à accomplir ce
que ni La Poste, ni la Gendarmerie, ni l’Éducation nationale n’ont
accepté de faire : maintenir coûte que coûte une présence. Celle-ci
ressemble le plus souvent à une vitrine vide. Sous le vieux clocher qui
sonne encore l’angelus trois fois par jour, il n’y a plus grand chose :
parfois un mariage, plus souvent un enterrement (sans messe), rarement
l’eucharistie. Cela fait déjà plusieurs années que « la vieille dame qui
avait les clés de l’église » est morte. Les derniers à lui avoir
demandé d’y accéder pour y faire une courte prière étaient des scouts en
exploration. Depuis, la clé se trouve à la mairie.
La désaffectation d’un édifice religieux est une procédure bien définie. En cas de non-célébration du culte pendant plus de six mois ou de délabrement avancé, le maire peut seulement alerter le préfet qui, par arrêté et après accord écrit de l'évêque, prononcera la désaffectation. Libre alors au maire d’en faire un loft, une salle de concert ou bien de la démolir. C’est un crève-cœur pour les paroissiens, mais pas seulement. Beaucoup d’habitants interprètent la destruction du clocher comme la fin symbolique d’une foi qu’ils n’ont plus mais qui faisait, inconsciemment, leur identité.
Le dimanche doit pouvoir rassembler toute la communauté chrétienne, dans sa diversité et ses richesses, en un lieu unique où coulerait la source eucharistique. Ni plus ni moins qu’un sanctuaire vers lequel on viendrait pour boire à la source, reprendre des forces et se rassembler pour vivre l’essentiel. Un covoiturage devrait être mis en place. À proximité immédiate du sanctuaire, une cité paroissiale fonctionnelle accueillerait de multiples activités pour un dimanche bien rempli : catéchèse, activités pour les enfants, repas, messe, jeux, conférence et pourquoi pas les vêpres ? Avant que les paroisses n’existent, on affluait vers les monastères et les cathédrales, ces pôles rayonnants où soufflait l’Esprit ; c’est ainsi que nos ancêtres ont évangélisé la France.
L’enjeu est de taille : voulons-nous gérer la pénurie, être les administrateurs d’un patrimoine de plus en plus lourd, ou bien redécouvrir la créativité missionnaire des évangélisateurs ? Faut-il inexorablement fermer boutique sans même réfléchir à demain ? Pourquoi n’organisons-nous pas des tournées missionnaires ? Pourquoi n’essayons-nous pas non plus de faire venir des prêtres et des religieux « différents », issus par exemple des communautés nouvelles ou traditionnelles ? Face à l’urgence, est-il encore temps de défendre nos prés carrés ? Ne sommes-nous pas tous serviteurs de la même évangélisation ? Quel avenir pour nos églises ? Toutes ces questions ne sont pas nouvelles : depuis l’article « L’eau monte » du père Jean-Louis Blaise qui décrivait (en 2001) la diminution du nombre de prêtres sans réduction de la pastorale, à Monsieur le curé fait sa crise de Jean Mercier (2016), en passant par Quel avenir pour nos paroisses ? du père Montoux (2011), on voit bien que cette problématique est récurrente et ancienne. Pourquoi est-ce si difficile d’en parler publiquement et paisiblement ? Et pourquoi n’avons-nous pas de réponses à nos questions ?
Propriétaire et affectataire
La mairie, justement, ne sait plus très bien quoi faire. La République a eu l’idée de confisquer les églises : la malheureuse ! La voilà propriétaire de plus de 40.000 édifices et l’entretien de l’église pèse très lourd dans le budget de nombreuses petites communes. Pour rentabiliser ce lieu, le Conseil municipal a bien proposé que des concerts et des expositions soient organisés : l’église serait pleine, pour une fois ! Mais l’affectataire, c’est-à-dire le curé, doit encore donner son feu vert. Or, il ne le fait pas systématiquement, car les événements proposés ne respectent pas toujours le caractère sacré du lieu où sont parfois clairement antichrétiens. Certains maires menacent et fustigent : pourquoi devraient-ils considérer l’église comme un lieu de culte alors que, justement, il n’y a (presque) plus de culte ?La désaffectation d’un édifice religieux est une procédure bien définie. En cas de non-célébration du culte pendant plus de six mois ou de délabrement avancé, le maire peut seulement alerter le préfet qui, par arrêté et après accord écrit de l'évêque, prononcera la désaffectation. Libre alors au maire d’en faire un loft, une salle de concert ou bien de la démolir. C’est un crève-cœur pour les paroissiens, mais pas seulement. Beaucoup d’habitants interprètent la destruction du clocher comme la fin symbolique d’une foi qu’ils n’ont plus mais qui faisait, inconsciemment, leur identité.
Trop c’est trop
Le plafond de l’une de mes vingt églises vient de s’effondrer : je n’ai pu m’empêcher de pousser un « ouf » de soulagement. Une de moins ! Nous en sommes là. Il faut dire courageusement la vérité : beaucoup de curés en ont plus qu’assez. Sont-ils envoyés vers des pierres ou vers des cœurs ? Deviendront-ils des gardiens de musée ? Quand vont-ils enfin faire de l’évangélisation et arrêter de courir ? Dans leur paroisse, il y a un seul supermarché, pas quarante. Quel sens cela a-t-il de faire cinquante kilomètres pour célébrer la messe à une assistance de vingt-cinq personnes dont vingt-trois ne sont pas du village ? La pastorale de l’éclatement s’apparente à un acharnement thérapeutique. Il faut avoir le courage de reconnaître l’absurdité de desservir des clochers jusqu’à l’épuisement.Le dimanche doit pouvoir rassembler toute la communauté chrétienne, dans sa diversité et ses richesses, en un lieu unique où coulerait la source eucharistique. Ni plus ni moins qu’un sanctuaire vers lequel on viendrait pour boire à la source, reprendre des forces et se rassembler pour vivre l’essentiel. Un covoiturage devrait être mis en place. À proximité immédiate du sanctuaire, une cité paroissiale fonctionnelle accueillerait de multiples activités pour un dimanche bien rempli : catéchèse, activités pour les enfants, repas, messe, jeux, conférence et pourquoi pas les vêpres ? Avant que les paroisses n’existent, on affluait vers les monastères et les cathédrales, ces pôles rayonnants où soufflait l’Esprit ; c’est ainsi que nos ancêtres ont évangélisé la France.
L’enjeu est de taille : voulons-nous gérer la pénurie, être les administrateurs d’un patrimoine de plus en plus lourd, ou bien redécouvrir la créativité missionnaire des évangélisateurs ? Faut-il inexorablement fermer boutique sans même réfléchir à demain ? Pourquoi n’organisons-nous pas des tournées missionnaires ? Pourquoi n’essayons-nous pas non plus de faire venir des prêtres et des religieux « différents », issus par exemple des communautés nouvelles ou traditionnelles ? Face à l’urgence, est-il encore temps de défendre nos prés carrés ? Ne sommes-nous pas tous serviteurs de la même évangélisation ? Quel avenir pour nos églises ? Toutes ces questions ne sont pas nouvelles : depuis l’article « L’eau monte » du père Jean-Louis Blaise qui décrivait (en 2001) la diminution du nombre de prêtres sans réduction de la pastorale, à Monsieur le curé fait sa crise de Jean Mercier (2016), en passant par Quel avenir pour nos paroisses ? du père Montoux (2011), on voit bien que cette problématique est récurrente et ancienne. Pourquoi est-ce si difficile d’en parler publiquement et paisiblement ? Et pourquoi n’avons-nous pas de réponses à nos questions ?
Pierre Amar, prêtre depuis 15 ans, l’un des co-fondateurs du Padreblog, et auteur de Internet, le nouveau presbytère (Artège, 2016).
cf: http://www.lavie.fr/actualite/billets/les-pretres-deviendront-ils-des-gardiens-de-musee-07-03-2017-80426_288.php
lundi 13 février 2017
L’appel à devenir prêtre … doit-il faire peur ?
Certains envisagent parfois « l’appel à
devenir prêtre de façon très négative, uniquement sous l’angle du
sacrifice. On comprend alors qu’elle puisse faire peur à un garçon doué,
plein de charismes et de talents. » Le Père Pierre-Hervé GROSJEAN explique qu’il s’agit là d’une « idée absurde mais qui fait beaucoup de mal »
mardi 26 avril 2016
Guy Gilbert : « Dieu fait des miracles dans ma vie »
(Les extraits que vous trouverez ci-dessous sont tirés de la revue La Vie, « les Essentiels ». L’article est daté du 22/03/2016.)
Guy Gilbert : Dieu fait des miracles dans ma vie
Guy Gilbert : Dieu fait des miracles dans ma vie
"Depuis 50 ans, le célèbre prêtre-éducateur vit avec les jeunes délinquants dans les quartiers nord de Paris et dans sa ferme provençale. […]
"Le premier môme que j’ai hébergé était un gosse de 12 ans errant dans les rues de Blida, en Algérie. […]
"Depuis 50 ans, je vis dans la violence. Aux côtés des loubards, j’ai été obligé de me battre pour défendre les plus démunis, de passer des nuits dans les bars ou les commissariats, des heures au tribunal à plaider la cause de gamins, qui, aux yeux de leur mère, n’étaient plus dignes d’être regardés. […]
"J’insuffle à ces jeunes de l’espérance par ma présence, rien d’autre. Comment un gosse, matraqué par ses parents, analphabète, complètement cassé, peut-il croire en l’amour humain ? Et en l’amour de Dieu ? […]
Sans la présence de Jésus à chaque instant, je n’aurais jamais tenu dans mon sacerdoce de près d’un demi-siècle, où les violences, les morts, les vies naufragées ont été mon quotidien.[…]
"J’ai pu perdre espoir, l’espérance jamais. Au bout de l’espérance, il y a le Christ et Il nous accompagne chaque jour sur ce chemin, même si nous l’ignorons. J’ai vu des tas de jeunes se relever de façon extraordinaire. J’ai vécu d’innombrables échecs aussi. […]
"Il n’y a pas de résurrection sans croix. Si un chrétien oublie ça, il oublie tout. Et chaque jour je passe par la croix qui m’est donnée. L’eucharistie que je célèbre tous les matins, intimement ancrée dans le mystère pascal, m’amène au bonheur de croire qu’à chaque jour qui nous est donné nous pouvons vivre une renaissance. […]
vendredi 25 mars 2016
Au revoir Père Francis VOLLE ! et merci pour tout
"Le père Francis Volle (CPCR – père de Chabeuil) qui vit chez les frères Maristes, rue Dareau, depuis 1982 va à la mi-décembre quitter Paris pour réintégrer à titre définitif sa Communauté de Chabeuil.
Nous avons eu la joie de célébrer avec lui en 2013 son 60e anniversaire de sacerdoce. Toujours proche de notre paroisse, il venait concélébrer fréquemment à la messe du dimanche.
Durant sa vie de prêtre, il est parti en Espagne, en Argentine et dans les années 70 est venu s’installer dans une paroisse près de Rungis où il a fondé un mouvement de jeunesse appelé « Joyeuse Lumière ». Dans les années 1980 le groupe comptait environ 2000 jeunes dans toute la France.
Le père Volle animait de nombreuses retraites et continuait à prêcher en tant qu’écrivain et aumônier de l’Association des Ecrivains Catholiques.
Un prêtre heureux de l’être et qui ne l’a jamais caché !!!
Cher père Volle, tu m’as toujours encouragé et avec tous les paroissiens de Saint Dominique je rends grâce à Dieu pour ta présence parmi nous.
Père Slawek, curé de la paroisse St-Dominique."
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