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samedi 9 novembre 2019

Abus sexuels et cléricalisme

Faire la vérité
" Nous, jésuites, encourageons les victimes à témoigner " La Compagnie de Jésus en France a publié, mercredi 3 juillet [2019], un appel dans lequel elle encourage les victimes de jésuites à se faire connaître de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église et de sa propre cellule d’écoute.
Son provincial le père François Boëdec explique en quoi ces témoignages sont importants, pour les victimes, pour l’Église et pour la Compagnie elle-même. (Relevé dans la Revue Etudes, avril 2019, article de Hervé Legrand) 

On revient de loin
Dans l’Eglise, les laïcs ne semblent jouir que des droits revenant à des citoyens étrangers, résidents et protégés ; les clercs seuls y jouissent de la pleine citoyenneté. Ce code [le Code de droit canonique de 1917, en vigueur depuis 1983].
Ce Code ignore le peuple de Dieu en son unité, car il ne connaît que des laïcs subordonnés en tout aux clercs qui leur sont supérieurs jusque dans la mort. Ce Code est le reflet fidèle de l’ecclésiologie de l’époque, tel que saint Pie X l’expose dans une encyclique adressée à l’Eglise de France :
« L’Eglise est par essence une société inégale, c’est-à-dire comprenant deux catégories de personnes, les pasteurs et le troupeau […]. Ces catégories sont tellement distinctes entre elles que, dans le camp pastoral, seuls résident et le droit et l’autorité nécessaire pour diriger les membres de la société ; quant à la multitude, elle n’a d’autres droits que celui de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs. » (Revue Etudes, avril 2019, article de Hervé Legrand,

« Sur le plan de la foi, l’évêque est docteur. Le dialogue entre l’évêque et les laïcs chrétiens est certes possible, mais le laïc ne peut qu’être enseigné, que recevoir. Il est pris en charge par la hiérarchie. C’est un signe de comportement adulte que d’accepter sa condition » ibidem. (citation de « Masses ouvrières, janvier 1960, p. 7) 

Une Eglise avec un visage non de grandeur et de domination
« Il y a cent ans (1905), en France, l'Église s'est insurgée parce que le pouvoir politique allait l'obliger à être pauvre. Et cela s'est transformé en bien pour elle. Aujourd'hui l'Église qui, à nouveau, sous l'influence de Jean-Paul II, se voulait maîtresse de vérité et de morale, dans son désir de briller aux yeux des hommes par le retour aux pompes et aux ors, se trouve humiliée parce que son vrai visage se trouve rendu public, bien malgré elle. 
Cette situation, ressentie comme une humiliation ou une attaque démoniaque, peut se transformer en réelle humilité et permettre à l'Église de donner au monde un visage non de grandeur et domination, mais le visage du Christ au Jourdain et sur le chemin de la Croix. »
 (https://baptises.fr/content/je-ne-demande-pas-a-leglise-detre-parfaite) 

 « Le scandale de la pédophilie dans l’Église n’est pas qu’une crise de plus.
« Cette fois, la crise est intérieure. L’Église n’est pas attaquée par un ennemi extérieur. C’est le cœur même du système qui est touché » écrit Christine Pedotti (p. 111).
Quel est ce système ? C’est celui que l’Église a mis en place lors de
la contre-réforme et qui repose sur la personne du prêtre. Ainsi « tout tient sur le clergé… Les trois grandes fonctions de l’Église sont concentrées entre les mains des seuls prêtres de façon totalement exclusive. Ce sont eux qui célèbrent le culte, eux qui ont le privilège de l’enseignement et de la prédication, eux encore qui disposent de l’autorité, qui décident et gouvernent. Célébrer, enseigner, gouverner ; tout est dans les mains d’une minorité, hommes et célibataires, distingués du reste du peuple… » (p. 112). "Qu’avez-vous fait de Jésus ? – Lettre à ceux par qui le scandale est arrivé"
Par Christine Pedotti (Éd. Albin Michel, 2019, 180 pages, 15€)

mercredi 3 avril 2019

Pour une Eglise de France sur ses deux pieds

« À la messe, changez de place, a indiqué mon curé comme effort de Carême. Ne hantez pas toujours le même bas-côté. » On voit le but : sortir des habitudes et faire mieux communauté. Pas si facile… et cependant, dans la crise ecclésiale actuelle, on peut penser qu’il faut aller plus loin : « changer de place », c’est poser également la question de la représentation du laïcat en France, dans sa mixité et sa pluralité, et examiner si rien ne pourrait être fait pour faciliter sa prise de parole et sa participation.

En effet, pour des raisons historiques et structurelles, ce n’est pas simplement la gouvernance, mais aussi l’expression et la représentativité de l’Église qui semblent cantonnées aujourd’hui dans l’orbe ecclésiastique. Inachevé en 1870 à cause de la guerre européenne, le concile Vatican I n’avait eu le temps que de renforcer le pouvoir centralisateur romain et la stature spirituelle du pape.

Non sans effets positifs, juste avant l’âge des sécularisations, des nationalismes et des totalitarismes : c’est parce qu’elle était plus reliée à Rome que jamais que l’Église de France put ainsi s’adapter assez aisément après 1905 à sa séparation d’avec L’État. Et les consciences ont bien souvent, depuis, trouvé réconfort et lumières dans l’aura et l’universalité pontificales.

Vatican II, un concile sans les laïcs


Le concile Vatican II, ensuite, vint aussi renforcer le pôle épiscopal. De 1962 à 1965, les pères conciliaires passèrent trois mois à Rome chaque année. Mais le clergé de base et le laïcat restèrent spectateurs de ce grand brainstorming : le Concile parla des laïcs… sans eux. Du côté du laïcat et de ses militances, cette position spectatrice fut certes contestée : il y eut de la surenchère réformatrice ou antiréformatrice jusqu’en 1975, puis vint la démobilisation. Lors des conciles précédents, les décisions ecclésiastiques avaient toujours rencontré des interfaces, parfois des contrepoids, dans la société : celles du concile de Trente au XVIe siècle avaient dû ainsi se faire « enregistrer » par les puissances laïques – princes, parlements, universités…



Mais le contexte nouveau de liberté religieuse en Occident permit aux pères de Vatican II d’achever le desserrement des liens avec l’État – précieuse liberté, qui laissait cependant l’institution ecclésiastique flottante et sans ancrage du côté du monde séculier. Tandis que l’institution des synodes et celle, en 1966, des conférences épiscopales augmentaient sensiblement la place des évêques dans la gouvernance générale, l’usure et le large démantèlement dans les années 1970 des divers mouvements de l’Action catholique achevaient de disperser tout laïcat organisé.

Par le baptême, « nous sommes l’Église »


Or, les failles et les ressentiments qui s’observent aujourd’hui l’attestent : l’économie actuelle de notre Église, à l’échelle nationale comme à celle diocésaine, souffre de cette organisation déséquilibrée. Par le baptême, « nous sommes l’Église » ; on nous l’a souvent répété au catéchisme : ce n’est pas l’Évangile seulement, c’est l’Église également, qui nous est trop précieuse pour que l’on puisse entièrement abandonner son souci et sa responsabilité aux seules institutions ecclésiastiques. Il faut dès lors réaménager des interfaces selon des modalités nouvelles.

Modalités nouvelles… sans être pourtant révolutionnaires ni bouleverser l’ecclésiologie communément partagée ; il existe par exemple en Allemagne depuis plus de cent cinquante ans une institution laïque dont nous n’avons pas l’équivalent en France et qui pourrait nous servir de guide : le « Comité central des catholiques allemands » (ZDK), qui représente le laïcat auprès de la Conférence épiscopale comme dans l’espace public. Ses origines remontent au milieu du XIXe siècle, lorsque la minorité catholique dut se défendre contre le Kulturkampf bismarckien. Le ZDK intervient dans les débats ecclésiaux, sociétaux ou œcuméniques et sert d’interlocuteur aux partis politiques.

Une structure qui a le mérite d’exister
Il organise les fameux Katholikentage, journées de réflexion qui réunissent plusieurs milliers de catholiques. En quête de représentativité, ses 230 membres des deux sexes sont désignés de trois manières : délégués des mouvements et œuvres catholiques ; délégués des laïcs membres des conseils diocésains ; personnalités qualifiées de la société civile et aptes au travail commun.

Ce n’est qu’une structure : elle n’est donc pas parfaite. Sa représentativité a parfois été contestée ; ses liens étroits avec l’épiscopat n’ont pas toujours empêché les déphasages ou les tensions. Ce n’est qu’une structure, guettée en tant que telle par la rigidité ou la bureaucratie – et ni à l’époque nazie où elle fut suspendue, ni face aux effets de la sécularisation, elle n’a fait de miracles. Ce n’est qu’une structure, mais elle a déjà le mérite d’exister. Sans préjuger ici des adaptations nécessaires, l’heure ne serait-elle pas venue de doter l’Église de France d’une institution comparable, pour qu’elle puisse un peu mieux marcher sur ses deux pieds ?
(article de Michel Fourcade paru dans le journal La Croix, le 1er avril 2019)


https://www.la-croix.com/Debats/Forum-et-debats/Eglise-France-deux-pieds-2019-04-01-1201012691

dimanche 17 février 2019

Histoire de l'Eglise: Prêtres français aux Etats Unis au XIXe s.

L'implantation des Sulpiciens aux Etats-Unis devait être aussi décisive pour la jeune Église américaine qu'elle l'avait été pour l'Église canadienne au siècle précédent.  Bientôt ils furent douze.  Bientôt aussi ils furent rejoints par des prêtres que chassaient de France les mesures terroristes et de Saint-Domingue l'insurrection de Toussaint Louverture : au total une centaine de 1791 à 1815. 
La plupart de ces émigrés étaient des hommes de haute valeur morale et de culture.  Ils s'établirent un peu partout dans les territoires de l'Union et partout y firent de l'excellent travail.  Moins de vingt ans après la nomination épiscopale de Mgr Carroll, la situation du catholicisme aux U.S.A., était entièrement changée.  Et Rome, consacrant cet état de fait, créait en 1808 la Province ecclésiastique de Baltimore, dont l'archevêque avait quatre suffragants, New York, Philadelphie, Boston, Bardstown.


Ainsi, parmi les « Pères » de l'Église américaine figure un lot brillant de Français.  L'historien américain Théodore Maynard leur a attendu cet hommage :
« Il est difficile d'imaginer ce que serait devenue l'Église sans ces prêtres savants, vertueux, fort dévoués. »
Six accédèrent à l'épiscopat, laissant, là où ils travaillèrent, des noms illustres.  Plusieurs furent de véritables figures de légende. Tel Mgr de Cheverus, futur archevêque de Bordeaux et cardinal, dont la distinction et le charme firent beaucoup pour implanter le catholicisme à Boston, et en l'honneur de qui, lorsqu’arriva l'annonce de sa mort, les protestants eux-mêmes firent sonner le glas.  Ou l'étonnant Mgr Flaget, pionnier de l'Ouest, dont le premier palais épiscopal, à Bardstown, fut une cabane de rondins, dont la longue vie près de cent ans fut si féconde qu'on disait de lui que chacune de ses haltes apostoliques marquait l'emplacement d'un futur diocèse.  Ou encore Mgr Brutè de Rémus, surnommé «l’Ange du Mont », le plus savant de tous, qui, à cinquante-cinq ans, quitta ses livres pour partir, à deux pas des Peaux Rouges, arracher à la ruine la chrétienté de Vincennes et dont la fin de vie fut un tissu d'aventures. 
Leur action à tous porta ses fruits : à la mort de Mgr Carroll en 1815, les catholiques étaient 70 000 et il y avait soixante-douze prêtres américains.
(Daniel Rops, Histoire de l’Eglise Tome X, l’Eglise des Révolutions , Ed. Fayard )

samedi 22 décembre 2018

L'Inquisition espagnole : Thomas de Torquemada

De ce que fut vraiment l'œuvre de l'Inquisition espagnole, on ne doit parler qu'avec une extrême prudence; sur ce point aussi l'imagination populaire a beaucoup affabulé.  Le premier Grand Inquisiteur, Thomas de Torquemada, a été représenté comme un tortionnaire sadique, aux mains pleines de sang, faisant régner la terreur dans toute l'Espagne : c'était, en fait, un religieux très austère, convaincu de l'utilité de son rôle, mais dépourvu de cruauté et dont l'action, à maintes reprises, s'exerça pour modérer les excès de certains juges ecclésiastiques. 

Tous les dominicains, au reste, qui fournirent à l'Inquisition ses cadres, étaient loin d'être des « Torquemadas », et beaucoup cherchèrent à ramener des pécheurs plus qu'à les châtier.  Quant aux méthodes du célèbre tribunal, « l'édit de fer » qui obligeait les parents mêmes des suspects à les dénoncer, les tortures de la question appliquées aux inculpés pour obtenir leurs aveux, elles étaient, on ne saurait l'oublier, dans les mœurs du temps, - et le XX° siècle est assez mal fondé pour le reprocher au XV°.  
Reste le problème du nombre des victimes, emprisonnées à vie, étranglées ou brûlées vives, après les célèbres « actes de foi » - autodafé - où leur condamnation était proclamée publiquement; l'histoire a bien du mal à proposer des chiffres, tant les renseignements sont variables, entre quelques centaines et des dizaines de milliers ! Proportionnellement au nombre d'actions engagées devant tous les tribunaux, les condamnations graves furent certainement peu nombreuses.  Trop encore, il va de soi, pour qui pense que la religion de l'amour ne s'instaure point par la force mais c'est une autre affaire.  

Ce qui est certain, c'est que l'inquisition fit peser sur l'Espagne entière une atmosphère de crainte et de sévérité, - presque de terreur, - assez voisine de celle que, obéissant à d'autres exigences, le Tribunal Révolutionnaire fit peser sur la France de 1793.  Et ce qui est non moins certain, c'est que le peuple espagnol l'a non seulement acceptée, mais voulue et bénie, comme une manifestation de cette foi ardente jusqu'à l'héroïsme qui lui avait permis de forger son destin.
(Daniel Rops : L’Eglise de la Renaissance et de la Réforme p. 262, sq)

jeudi 13 décembre 2018

Une devinette : qui envisageait il y a 50 ans déjà l’évolution actuelle de l’Église ?



De la crise actuelle émergera l’Église de demain – une Église qui aura beaucoup perdu. Elle sera de taille réduite et devra quasiment repartir de zéro. Elle ne sera plus à même de remplir tous les édifices construits pendant sa période prospère. Le nombre de fidèles se réduisant, elle perdra nombre de ses privilèges.

Contrairement à une période antérieure, l’Église sera véritablement perçue comme une société de personnes volontaires, que l’on intègre librement et par choix. En tant que petite société, elle sera amenée à faire beaucoup plus souvent appel à l’initiative de ses membres.

Elle va sans aucun doute découvrir des nouvelles formes de ministère, et ordonnera à la prêtrise des chrétiens aptes, et pouvant exercer une profession. Dans de nombreuses petites congrégations ou des groupes indépendants, la pastorale sera gérée de cette manière. Parallèlement, le ministère du prêtre à plein temps restera indispensable, comme avant.
Mais dans tous ces changements que l’on devine, l’essence de l’Église sera à la fois renouvelée et confirmée dans ce qui a toujours été son point d’ancrage : la foi en un Dieu trinitaire, en Jésus Christ, le Fils de Dieu fait Homme, en l’Esprit-Saint présent jusqu’à la fin du monde. Dans la foi et la prière, elle considérera à nouveau les sacrements comme étant une louange à Dieu et non un thème d’ergotages liturgiques.

L’Église sera une Église plus spirituelle, ne gageant pas sur des mandats politiques, ne courtisant ni la droite ni la gauche. Cela sera difficile pour elle, car cette période d’ajustements et de clarification va lui coûter beaucoup d’énergie. Cela va la rendre pauvre et fera d’elle l’Église des doux. Le processus sera d’autant plus ardu qu’il faudra se débarrasser d’une étroitesse d’esprit sectaire et d’une affirmation de soi trop pompeuse.
On peut raisonnablement penser que tout cela va prendre du temps. Le processus va être long et fastidieux, comme l’a été la voie menant du faux progressisme à l’aube de la Révolution française – quand un évêque pouvait être bien vu quand il se moquait des dogmes et même quand il insinuait que l’existence de Dieu n’était absolument pas certaine – au renouveau du XIXe siècle.
Mais quand les épreuves de cette période d’assainissement auront été surmontées, cette Église simplifiée et plus riche spirituellement en ressortira grandie et affermie. Les hommes évoluant dans un monde complètement planifié vont se retrouver extrêmement seuls. S’ils perdent totalement de vue Dieu, ils vont réellement ressentir l’horreur de leur pauvreté. Alors, ils verront le petit troupeau des croyants avec un regard nouveau. Ils le verront comme un espoir de quelque chose qui leur est aussi destiné, une réponse qu’ils avaient toujours secrètement cherchée.


Pour moi, il est certain que l’Église va devoir affronter des périodes très difficiles. La véritable crise vient à peine de commencer. Il faudra s’attendre à de grands bouleversements. Mais je suis tout aussi certain de ce qu’il va rester à la fin : une Église, non du culte politique car celle-ci est déjà morte, mais une Église de la foi. Il est fort possible qu’elle n’ait plus le pouvoir dominant qu’elle avait jusqu’à maintenant, mais elle va vivre un renouveau et redevenir la maison des hommes, où ils trouveront la vie et l’espoir en la vie éternelle.
 

Joseph Ratzinger – Lors de l'enregistrement d'une émission à la radio allemande en 1969...
http://www.baptises.fr/content/crise-actuelle-emergera-leglise-demain
 

samedi 17 novembre 2018

Histoire de l'Eglise: la commende et les monastères

Le danger que dénonce saint Bernardin, rien ne le manifeste mieux que le développement que prend alors le désastreux régime de la Commende.  La pratique en était très ancienne : on peut en retrouver les traces jusque dans saint Ambroise et saint Grégoire le Grand.  
Redon - cloître église St-Sauveur

Selon l'intention première, donner un monastère en commende, c'était en confier (commendare) provisoirement l'administration à un séculier, en l'absence du titulaire, avec dispense de régularité.  Mais, avec la constitution progressive du régime des bénéfices ecclésiastiques, la commende était devenue une fructueuse opération pour le titulaire, autorisé à percevoir les revenus afférents à la fonction qu'il exerçait temporairement. 

Du coup, les laïcs s'étaient intéressés à l'affaire: dès l'époque de Charles Martel, on avait vu des Abbés militaires qui touchaient les revenus d'un monastère, sous prétexte d'assumer sa protection.  Puis, la commende, de temporaire était devenue définitive: le « commendataire » encaissait les bénéfices tout le long de sa vie, en faisant exercer les pouvoirs ecclésiastiques par un prieur ou un substitut, qui, canoniquement, y était habilité.  Au cours du XIII° siècle, cette funeste pratique avait déjà gagné beaucoup de terrain: les bénéfices réguliers surtout, abbayes et prieurés, avaient commencé à être mis en coupe réglée.

Les Avellanes (Catalogne)

On imagine sans peine comment la crise du Grand Schisme et les surenchères qu’elle détermine dans les deux camps rend cette pratique à peu près universelle.  En échange de leur serment d'obédience, les princes laïcs se font attribuer par l'un ou l'autre Pape tout ce qu'ils peuvent de bénéfices, abbayes, monastères, revenus épiscopaux, voire simples cures; rien n'échappe à un appétit de plus en plus dévorant.  


Les bénéfices en commende font partie des ressources reconnues des grands; on en voit figurer dans la dot des filles ou donner à des gamins de douze ans.  Le plus étonnant de l'affaire est que tous ces Abbés commendataires ne sont pas mauvais et même que certains lutteront courageusement pour la réforme de leur communauté.  Mais, ordinairement, ils ne songent qu'à tirer le plus de ressources possibles de leurs biens religieux, n'ont aucun souci des biens spirituels, laissent péricliter les âmes.  

En Allemagne, où il y a partout confusion totale entre le commendataire et le titulaire; les laïcs se déclarent princes - évêques ou comtes - abbés, mais ne songent nullement à être prêtres -. on cite le cas d'un évêque de Paderborn, en 1400, qui, tranquillement, se marie. Rien d'étonnant, en de telles conditions, à ce que le clergé, du haut en bas, perde beaucoup de son autorité.

(Daniel Rops : l'Eglise de la Renaissance et de la Réforme. P. 146 sq)
 


René Rémond: Trouver une autre manière de témoigner de l'esprit de partage et de pauvreté.

Un exemple: la manière pour nos sociétés de se situer par rapport à la richesse. Comment remettre en valeur l'esprit de pauvreté, actualiser l'appel à prendre de la distance à l'égard de l'argent? En d'autres temps, l'Eglise a su trouver des réponses adaptées et audacieuses: les ordres mendiants au Moyen Age, les congrégations hospitalières ou enseignantes au XIX° siècle. A chaque fois, il s'agissait de répondre à un besoin social concret: soigner des lépreux, accueillir ou nourrir des pauvres, éduquer des enfants…
 

Aujourd'hui, nous ne sommes plus au Moyen Age, nos sociétés sont ordonnées à la production des richesses, des richesses dont beaucoup profitent, même si existent des zones de pauvreté ou d'exclusion. L'Eglise doit donc trouver une autre manière de témoigner de l'esprit de partage et de pauvreté. Elle le fait déjà quand elle préconise une répartition plus équitable des ressources ou fait campagne pour l'abolition de la dette des pays du tiers-monde; mais cela ne suffit pas! Des applications nouvelles, plus originales doivent être trouvées pour signifier que la recherche du profit, l'accumulation des richesses, ne sont pas les seules valeurs possibles. C'est aussi une manière de témoigner de la grandeur de l'homme que de ne pas se résigner à ce que l'individu soit écrasé par la fatalité économique.


L'homme ne vit pas seulement de pain ou de stock-options, il ne trouvera pas son bonheur ou sa liberté dans la progression du CAC 40! Pour manifester ses valeurs propres, pour réagir à l'idolâtrie de l'argent, le christianisme doit susciter des expressions adaptées, comme l'Eglise a su inventer autrefois le jeûne du vendredi ou la Trêve de Dieu.
René Rémond : "Le Christianisme en accusation" p. 150

samedi 27 octobre 2018

Renoncer à toute forme de cléricalisme

Les communautés chrétiennes sont actuellement traversées par un grand malaise. La question la plus importante qui se pose à l’Église n’est pas qui se trouve derrière les scandales, mais ce que ces scandales – en particulier les abus sur mineurs – révèlent de sa manière d’être. De fait, l’Église est contrainte non seulement de chercher un remède aux comportements inappropriés de ses prêtres, mais aussi de s’interroger sur les raisons profondes qui les ont rendus possibles. La « tolérance zéro » ne suffit pas si elle n’est pas étayée par la volonté radicale de revoir nos modes de fonctionnement au sein de l’Église, notamment en ce qui concerne l’exercice des ministères ordonnés.

L’Église a encouru le risque de fonctionner davantage comme une institution religieuse que comme une communauté de foi. Ce qui est très ambigu, c’est qu’elle a fait entrer par la fenêtre ce que l’Évangile avait fait sortir par la porte : le caractère sacré. Tout ce que nous vivons aujourd’hui met en lumière les conséquences amères d’une sacralisation de certaines fonctions ecclésiales qui, en réalité, sont et restent des services. L’identification entre le ministère au service de la vie d’une communauté et l’identité personnelle du ministre ordonné a créé toute une série d’abus qui, avant d’être des crimes, sont en réalité une posture qui contraste avec l’Évangile, bien qu’elle soit profondément « religieuse ».

Aussi l’Église se retrouve-t-elle à payer aujourd’hui les conséquences amères d’une reprise du fonctionnement religieux et sacré. Ce fonctionnement a créé une caste – la caste cléricale –, qui ne concerne pas seulement les clercs, mais aussi les laïcs cléricaux. Comme les pharisiens et les sadducéens du temps de Jésus, cette caste, au lieu de servir l’Évangile, est tentée de s’en servir.

Au fond, si l’on y réfléchit, l’Évangile, avec ses exigences de liberté, d’égalité et de fraternité universelle, est la ruine de l’Église. S’il n’y avait pas l’Évangile, tout pourrait continuer à fonctionner comme toujours. Mais l’Évangile impose une conversion qui passe par la réception des critiques de l’extérieur. Celles-ci doivent être au fondement d’un repositionnement sérieux et généreux des communautés chrétiennes. Remettre l’Évangile au centre de la vie de l’Église, c’est reconnaître une erreur fondamentale : celle d’avoir atténué l’appel provocant à être une communauté de frères au service de l’humanité, et non une « religio » comme les autres. Ce qui fait la différence, ce n’est pas le bagage dogmatique ou rituel ; c’est la posture qui consiste à renoncer à tout privilège découlant de la revendication d’une investiture venue d’en haut, pour privilégier au contraire la relation à l’autre, qui va jusqu’à se mettre à ses pieds pour le servir.

Que faisons-nous réellement pour renoncer à toute forme de cléricalisme et, même, de machisme ? Tant que nous ne renoncerons pas à l’abus d’exclusivisme et d’exclusion, il sera très difficile de guérir de la maladie qui génère des abus sexuels, de pouvoir et de conscience. Une Église qui repart de l’Évangile est une Église dépouillée d’elle-même, qui renonce à créer des castes exclusives s’arrogeant le droit d’exclure les autres au nom d’une vocation et d’une investiture venue d’en haut. Celle-ci, en réalité, ne peut venir que d’en bas. Les événements et, surtout, l’intelligence plus grande que nous avons de l’Évangile exigent que l’on ne tombe pas dans la logique du rapiéçage (Marc 2,21), mais de nous lancer au contraire joyeusement vers l’horizon de la refondation. Tout cela ne peut se produire que si nous acceptons d’abord de relativiser toute une série d’institutions et de fonctionnements qui, s’ils ont été utiles – du moins en partie – jusqu’à aujourd’hui, ne sont probablement plus adaptés.

Deux éléments sont non seulement urgents, mais aussi révélateurs du désir bien réel de passer de la nostalgie de nous-mêmes à la nostalgie du Royaume de Dieu qui vient nous déstabiliser : le rôle de la femme dans la vie de l’Église et le passage d’une théologie de la mortification à une théologie du plaisir. Dans les deux cas, la manière de concevoir la sexualité, comme le signe de notre manière de nous sentir humains et d’entrer en relation, est la clé de voûte d’une volonté – ou non – d’assumer les changements anthropologiques actuels non comme une menace, mais comme une opportunité.

Il ne s’agit pas de relativiser de manière idéologique le célibat des prêtres ou la chasteté des consacrés, mais de les replacer dans la bonté radicale et totale de notre humanité. Sans exaltation inutile – et parfois dommageable –, du renoncement que ce célibat suppose, comme source d’excellence. Cela nous permettra de vivre de la même manière qu’auparavant – le célibat notamment – mais avec une liberté et une responsabilité qui, au moins en partie, doivent encore être construites, pour être non seulement vivables de l’intérieur, mais également lisibles de l’extérieur.

F. Michael Davide Semerano, moine bénédictin
https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Renoncer-toute-forme-clericalisme-2018-10-25-1200978486

dimanche 24 juin 2018

L’Église en milieu rural (La Croix, 20/06/18)

Merci pour ces pages parlant de la situation de l’Église en milieu rural… (La Croix du 28 mai). Le rural va-t-il devenir un désert spirituel ? Nous portons cette question sur notre doyenné où nous avons entrepris une réflexion… 

Quand allons-nous arrêter dans notre Église catholique de tout faire tourner autour du prêtre et de l’eucharistie dominicale ? Hier, beaucoup de diocèses comme le nôtre ont mis en place de nouvelles paroisses regroupant plusieurs clochers. Aujourd’hui, compte tenu de la diminution des prêtres, on s’interroge sur de nouveaux regroupements : « pôles missionnaires », « pôles eucharistiques »… mais toujours en fonction du prêtre !
N’y aurait-t-il pas à approfondir la théologie du baptême où chaque homme et femme devient disciple missionnaire, prêtre, prophète et roi ! Quand un laïc préside des funérailles, ou une célébration de la Parole le dimanche, et qu’il commente la Parole de Dieu, il exerce son ministère de « prophète », en communion avec le prêtre qui l’a appelé !
Il y a quelques jours, une femme âgée qui avait conscience qu’elle arrivait en fin de vie a demandé qu’un prêtre vienne célébrer l’onction des malades… Il a fallu faire appel à un prêtre d’une paroisse voisine qui ne la connaissait pas…
N’y a-t-il pas sur sa paroisse un service évangélique des malades : l’une des personnes ne peut-elle pas, en étant désignée par le prêtre, vivre et célébrer ce sacrement ? Sinon il va lui aussi disparaître, car les chrétiens hésiteront à faire venir un prêtre qui est à 30 ou 40 kilomètres !
Le prêtre va-t-il être réduit à être un distributeur de sacrements ? Notre Église est encore très cléricale… Alors on bouche les trous avec des prêtres venant d’ailleurs… Oui, le rural deviendra un désert spirituel si on continue de tout faire tourner autour du prêtre et de la messe du dimanche.
Alphonse Limousin (Vendée) dans le courrier des lecteurs du Journal LA CROIX, du 20 juin 2018.

samedi 23 juin 2018

L'Eglise et les excès de la finance

Je réagis au courrier publié le 8 juin et à votre dossier. Le titre d’abord du journal du 18 mai : « L’église s’attaque aux excès de la finance. » Cela fait longtemps que l’église s’est exprimée, notamment les évêques de France, me semble-t-il. En outre, tous les thèmes abordés font l’objet depuis des années de commentaires surabondants de tous bords, ce qui relativise le sentiment de nouveauté qui s’exprime dans vos colonnes. La technicité : le fait de reprendre quelques termes (compliance, offshore, dérivés, shadow banking, etc.) ne vaut pas analyse en profondeur. D’ailleurs les nouveaux instruments ne sont pas toujours responsables des excès : la crise de 2007-2008 peut être relue à partir de l’activité classique de crédit immobilier sur des exemples précis : Espagne, États-Unis, Grande-Bretagne. (…) 

Il faut plaider, à mon avis de façon plus précise que ne le fait le document romain, pour renforcer régulation et transparence : par exemple, interdire les transactions à haute fréquence, muscler les équipes des régulateurs, ce qui implique que celles-ci soient attractives donc rémunérées de façon comparable à leurs interlocuteurs des banques et investisseurs financiers, ouvrir les livres des shadow bankers et des banques qui les financent, entrer plus avant dans les secrets de l’offshore (et là on s’attaque à de fortes et dangereuses parties : des journalistes en meurent). Ces sujets sont graves et difficiles, le document du Vatican est nécessaire, pour autant on ne doit pas se sentir exonéré d’aller beaucoup plus loin et de marteler plus fort et plus nettement des propositions concrètes.

Gérard Laur (Paris)(Lu dans le courrier des lecteurs du Journal LA CROIX du 21 juin 2018)

Abus sexuels dans l’église

(…) La hiérarchie ecclésiale est certainement dépassée et désemparée par des événements que l’on ne saurait se contenter de qualifier d’accidentels et la « loi du silence » est souvent pavée de bonnes intentions. Le pape François relève avec courage qu’en la matière le « cléricalisme » qui caractérise le fonctionnement de l’église ne facilite pas les choses. C’est déjà un énorme pavé dans la mare institutionnelle, comme le pape François sait en lancer. Mais il me semble que l’essentiel est encore ailleurs. 
Il est de nature anthropologique et culturelle. Dans cette même édition du 4 juin, frère Michaël Davide Semeraro, bénédictin, remarque : «… notre façon de parler et de vivre la sexualité a changé. Autrefois jugée mauvaise en soi, la sexualité est aujourd’hui considérée comme un élément de notre vie spirituelle. Les prêtres eux aussi doivent la prendre en compte et traverser eux-mêmes leur propre humanité. » C’est la chape de plomb qui a pesé pendant des siècles sur une sexualité jugée comme intrinsèquement mauvaise qui a fait le lit de nombreuses névroses et perversions. Elle empoisonne encore bien des esprits, bien des conduites. 
Il s’agit maintenant de dénouer et de revisiter ce qui a été abusivement noué et rigidifié : sexualité et péché, sexualité et culpabilité. Rien de moins. Le sexe n’est pas le mal, ni donc une malédiction, même si le malin peut le subvertir comme tout ce qui est dans ce monde. 
Le chantier philosophique, théologique et pastoral requis est immense. C’est la reconnaissance de cette même sexualité comme un précieux cadeau, intrinsèquement bon, fait à tout homme et toute femme par le mystère de la Création et que chacun est appelé à habiter pleinement pour aller au bout de son humanité qui ouvrira sans aucun doute pour chacun un chemin de libération, de guérison et d’accomplissement, un chemin respectueux de soi et des autres. « Nous devons nous laisser interroger plus largement, sur la manière dont l’église prend en considération la dimension affective et sexuelle dans la vie de foi », dit encore Frère Semeraro. C’est une profonde révolution culturelle mais l’enjeu en vaut la peine, pour l’avenir de l’église, le bien-être de ses clercs et de ses fidèles, et la qualité de son image dans le monde.
Jean Conrad (Bouches-du-Rhône) (Dans le courrier des lecteurs du journal LA CROIX du 21 juin 2018)

mercredi 20 juin 2018

« Le narcissisme séducteur peut devenir un piège »

Père Jean-François Noël Curé à Istres (Bouches-du-Rhône) et psychanalyste

Selon le père Jean-François Noël, si certains prêtres éprouvent des difficultés à vivre le célibat, c’est par besoin de validation.

On pointe souvent la solitude, le manque de reconnaissance et de perspective d’avenir pour expliquer le départ de certains prêtres. Ces explications ne semblent toutefois pas convenir pour des cas récents, comme celui de David Gréa…

Père Jean-François Noël: Pour les prêtres à succès, le piège est grand de tomber dans le narcissisme séducteur. Séduire – du latin seducere, « conduire à soi » – est une manière de combler le manque, inhérent à tout être humain. Car, pour chacun, la question lancinante est celle de la validation de son existence, de la certitude d’être aimé au-delà de tout. Tant que l’on est enfant, les parents remplissent ce rôle. De même, le conjoint pendant les premières années de mariage. Mais tôt ou tard, l’époux ou l’épouse, le cercle familial et amical ne suffisent plus pour me garantir que ce que je vis est bien. De fait, le seul qui puisse valider mon existence – et pas seulement pour cette vie terrestre –, c’est Dieu. Même un athée a besoin d’une telle validation.

Ce sont donc souvent des prêtres plutôt mûrs qui, se retrouvant aux prises avec une impossibilité à valider les efforts de leur vie pastorale, peuvent partir pour une femme, pour tenter de répondre à la détresse dans laquelle ils se trouvent.

Ce besoin de reconnaissance et de validation, commun à tous, se vit-il différemment dans le célibat?

P. J.-F. N.: Je suis persuadé qu’il n’est pas plus difficile d’être célibataire que d’être marié. Mais dans la vie conjugale, il y a toujours une altérité, tandis qu’un prêtre n’a personne face à lui pour l’interroger sans cesse. La difficulté du célibat sacerdotal, ce n’est donc pas tant la frustration affective que l’effacement de l’autre. Dit autrement: le narcissisme séducteur relève surtout d’un problème de chasteté psychique et non pas d’abord de chasteté sexuelle.

Il est facile, pour un prêtre intelligent et non dépourvu de charme, de s’enivrer de sa réussite et de son pouvoir, justifié à ses propres yeux par son travail d’évangélisation. Mais c’est un piège qui illusionne. Certes, les prêtres ont des rencontres régulières entre confrères, mais ces lieux fraternels ne remplissent pas assez ce rôle de relecture.

Pour un prêtre, quelle serait alors la solution pour sortir de la griserie de la séduction?

P. J.-F. N.: La séduction comme le pouvoir sont des addictions: il est difficile de s’en sevrer quand on y a pris goût. Un curé jouit d’un immense pouvoir dans sa paroisse. Pour se sevrer de cette addiction, la solution est de créer de l’altérité, d’avoir un autre en vis-à-vis. Or certains prêtres vont se servir effectivement d’une rencontre amoureuse pour créer cette altérité. Mais l’altérité peut être trouvée autrement. Ce qui sauve, ce n’est pas de réussir et d’avoir du succès, mais c’est de s’entendre dire?: « Tu es pauvre et pardonné. » Cette vraie validation est semblable à celle que vivent des conjoints âgés qui se disent mutuellement?: « Je t’aime comme tu es. » (LaCroix 18/6/18)
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Recueilli par Claire Lesegretain , le 18/06/2018

mardi 24 avril 2018

On appelle les nouveaux baptisés des néophytes, pourquoi?

Néophyte, un terme chrétien passé dans le langage courant.
Pourquoi cette période de Pâques est très importante pour les NEOPHYTES?
Nous sommes tous des néophytes  à Pâques?
On a tous à revenir à la source, on a tous à renaître.
Ce n'est pas si facile aujourd'hui d'être néophyte dans une communauté chrétienne!

Quel message pour les néophytes?
"Je dirai volontiers à un néophyte qu'il m'encourage!"

lundi 23 avril 2018

Sexualité, homosexualité: « L’Église a souvent été moins répressive que la société »


L’Antiquité gréco-romaine était-elle si libérale qu’on le dit à propos des relations homosexuelles ?
Jean-Claude Guillebaud : Les critères moraux, à partir desquels l’Antiquité considérait les actes homosexuels, dépendaient du statut (homme libre ou esclave) et du rôle (actif ou passif) : pour un homme libre, avoir des relations passives avec un esclave était la pire des déchéances. Parallèlement, la civilisation grecque acceptait des relations pédagogiques entre un adulte et un adolescent avec initiation homosexuelle de l’élève par le maître. Cette tradition antique, que l’on retrouve sur d’autres continents, a été proscrite par les Hébreux : pour préserver leur identité au milieu de peuples ennemis, ceux-ci devaient s’en démarquer. À partir du IIIe siècle, en s’imposant, le christianisme va reprendre à son compte ces interdits bibliques, comme on peut le voir dans le Bréviaire d’Alaric (506) pour l’Empire d’Occident, et dans le Code Justinien(533) pour l’Empire d’Orient. La répression des pratiques homosexuelles restera en vigueur bien au-delà de l’an mil mais ne sera pas toujours appliquée.
Au Moyen Âge, comment l’Église réagissait-elle face aux actes homosexuels ?
Jean-Claude Guillebaud : Les manuels de confession, qui permettaient de pratiquer le pardon à l’égard des pécheurs et de les réintégrer dans l’Église, offraient une large gradation des pénitences, selon que les actes d’homosexualité étaient commis avant ou après l’âge de 20 ans. En fait, même si la loi civile pouvait réclamer la peine capitale pour les « sodomites », celle-ci était peu appliquée. À partir du XIIIe siècle, à la suite du concept de loi naturelle (pour Thomas d’Aquin, la sodomie est « contre nature » puisqu’elle ne conduit pas à la procréation), l’opinion publique devient hostile aux mœurs homosexuelles. D’autant que, au XIVe siècle, période de famine et de grande peste, on cherche des boucs émissaires. Dans le royaume de France, entre 1317 et 1789, on dénombre 73 procès en sodomie ayant abouti à 38 exécutions capitales et à 10 peines de galère : comparé au nombre de sorcières et d’hérétiques exécutés pendant la même période, c’est peu. En fait, on constate une distorsion entre la sévérité du discours officiel et l’application des peines car, dans ces affaires, les juges se montrent prudents et les autorités spirituelles sont soucieuses de miséricorde.
Avec les Lumières puis la Révolution française, le regard sur l’homosexualité change-t-il ?
Jean-Claude Guillebaud : Dans son Dictionnaire philosophique (1764), Voltaire se révèle homophobe, considérant que les amours entre hommes sont une « turpitude ». Cette virulence est d’autant plus curieuse que les élites du XVIIIe siècle sont peu sévères à ce propos. D’ailleurs, les révolutionnaires vont supprimer toutes les lois de l’Ancien Régime concernant les actes homosexuels. Dans le code civil de 1804 (dont l’un des principaux rédacteurs, Cambacérès, était homosexuel), aucun article ne légifère contre les adultes consentants ; seule la pédérastie est sanctionnée. La France devient alors le seul pays d’Europe qui ne condamne plus l’homosexualité. Mais avec la montée du puritanisme, concomitante avec celle du capitalisme, un arsenal répressif s’instaure. Le terme « homosexualité » est inventé en 1869, puis utilisé par le docteur Krafft-Ebing dans sa Psychopathia sexualis (1887), pour ranger les homosexuels parmi les malades atteints d’« inversion ». Comme l’a écrit Michel Foucault, c’est l’époque où le discours psychiatrique cherche à circonscrire le personnage de « l’homosexuel » et où la médecine tente d’éradiquer ce « vice » par électrochocs, lobotomie ou traitements chimiques… Cette conception d’une orientation sexuelle pathologique est restée dominante jusqu’aux années 1970.
De manière générale, l’Église catholique s’est-elle alignée sur les modes culturelles et sociales pour sanctionner ou tolérer les pratiques homosexuelles ?
Jean-Claude Guillebaud : En Europe occidentale, l’Église s’est souvent montrée moins répressive que la société sur ces questions pour ce qui est des laïcs. En ce qui concerne l’homosexualité dans le clergé et la vie religieuse, il y a eu des périodes au cours desquelles celle-ci a été sévèrement réprimée. Selon les études portant sur l’homosexualité dans des situations culturelles données, on ne peut pas dire que les périodes de répression sévères coïncident avec une diminution des pratiques homosexuelles ni, à l’inverse, qu’un certain libéralisme législatif contribuerait à une augmentation des pratiques homosexuelles. Il est certain que l’homosexualité a traversé toutes les époques et toutes les cultures. Il est incontestable aussi qu’il n’existe aucune civilisation ou période de l’histoire où l’homosexualité ait été valorisée en tant que telle.

Recueilli par Claire Lesegretain
Voir: Journal LA CROIX du samedi 21 avril 2018
https://www.la-croix.com//Journal/LEglise-souvent-ete-moins-repressive-societe-2018-04-21-1100933426?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20180421&utm_campaign=newsletter__crx_subscriber&utm_term=1007164&PMID=7441f5f7f00d28332c71f7921d8d13a7

jeudi 12 avril 2018

Les mots de la foi: "NEOPHYTE", c'est quoi?

 Chez les chrétiens, les néophytes ce sont les nouveaux baptisés. Pendant cette période ils (elles) recevaient une catéchèse particulière.
"C'est un statut qui ne va pas durer".
Au fil des siècles on a arrêté de baptiser des adultes et de plus en plus on baptisait les enfants nouveaux-nés.
Les néophytes vivent des périodes très ardentes. Oui, mais que se passe-t-il quand la période des "consolations spirituelles" s'estompe?
"C'est du lait que je vous ai fait boire, non de la nourriture solide: vous ne l'auriez pas supportée. Mais vous ne la supporteriez pas davantage aujourd'hui." (St-Paul aux Corinthiens, 1 Cor 3, 2)
"C'est pas si facile aujourd'hui d'être néophyte dans une communauté chrétienne!"
Quel message pour les néophytes? "Ils m'encouragent!"

mercredi 28 février 2018

Pratique religieuse : « Il ne faut pas avoir une conception trop étroite de la pratique religieuse »

Nicolas Senèze pour La Croix Un quart des catholiques se disent pratiquants mais seulement 7% viennent chaque dimanche à la messe. Comment expliquez-vous ce décalage ?
Mgr Defois : Il faut bien comprendre que la pratique religieuse n’est qu’une des expressions de la foi ! Aujourd’hui, l’identité catholique ne s’exprime plus uniquement par l’assistance à la messe dominicale. Pour certains, pratiquer, ce sera aller en pèlerinage une fois dans l’année, faire baptiser leur enfant ou célébrer religieusement leur mariage… Cela a été particulièrement sensible au moment de la mort de Jean-Paul II, avec tous ceux, dont beaucoup de jeunes, qui sont venus exprimer une appartenance culturelle au catholicisme en priant dans les églises. Et cette prière avait du sens pour eux. Il ne faut donc pas avoir une conception trop étroite de la pratique.
La Croix Cela veut-il dire que l’Église continue de toucher ces catholiques « culturels » ?
Mgr Defois : Oui, à condition de donner la priorité à l’évangélisation par rapport aux sacrements. C’est tout le sens de nos efforts pour, par exemple, améliorer la préparation au mariage ou, dans le cadre du catéchisme, associer les jeunes parents à la vie religieuse de leur enfant. Cela ne veut pas dire que, du jour au lendemain, ils se mettront à aller à la messe tous les dimanches, mais il y aura quelque chose de fondateur pour eux à accompagner leur enfant. Comme le soulignait Paul VI dans Evangelii nuntiandi, les enfants aussi peuvent évangéliser leurs parents. Le danger serait de faire une Église qui reproduirait le passé.
La Croix Est-ce pour cela que beaucoup de jeunes ne s’y retrouvent pas ?
Mgr Defois : Beaucoup de nos eucharisties sont « managées » par des retraités, ce qui est normal car ils ont plus de temps pour s’engager dans l’Église. Mais cela ne permet pas l’expression liturgique des jeunes. Je pense en particulier à ce qu’ils peuvent connaître à Taizé ou à ce que nous venons de voir lors du rassemblement scout de Jambville. Les jeunes sont plus friands de ces rassemblements ponctuels que de la messe de leur village ou de leur quartier, dans laquelle ils ne se sentent pas à l’aise. Un des drames de notre époque, c’est que les générations de retraités engagés dans nos paroisses visent à perpétuer l’Église qu’ils ont connue, à poursuivre ce qui les a portés. Pour certains, le malaise vient du fait que ce qu’ils font serait l’expression de la vérité.
La Croix Avec un tel discours, vous ne craignez pas de décourager tous ceux, souvent âgés, qui sont engagés dans les paroisses ?
Mgr Defois : Attention : il ne s’agit surtout pas de tout jeter et de remplacer les retraités par les jeunes ! Ce qu’il faut, c’est être plus attentif à l’inter-générationnel dans l’Église, ce qui permettrait d’être plus à l’écoute des attentes des jeunes. Sinon, nous risquons d’être submergés par le maintien de formes religieuses du passé qui, si elles ont eu leur heure de gloire, ne correspondent plus aux attentes d’aujourd’hui. Nous sommes en effet passés d’un catholicisme d’appartenance et de consommation à un catholicisme de conviction et de sélection.
La Croix Cela s’accompagne aussi d’une individualisation des croyances et des pratiques. Comment éviter que chacun ne se bricole « son » catholicisme ?
Mgr Defois : Le problème est effectivement le manque de culture spirituelle et religieuse. Notre tâche est donc de réévangéliser le besoin de vie spirituelle. Auparavant, on allait de la foi à l’engagement, alors qu’aujourd’hui, on découvre la foi dans sa vie. Il nous faut donc faire en sorte que cet engagement s’exprime dans la vie de l’Église, qu’il y ait une communication avec la vie spirituelle. Aujourd’hui, les deux tiers des Français se disent catholiques : cela signifie que l’Église est entièrement immergée dans cette société en mouvement. Ce n’est pas forcément négatif, mais cela demande que nous dialoguions avec cette société. C’est un appel à vivre l’Église autrement.
Mgr Gérard Defois, interview parue dans le Journal LA CROIX du 14 août 2006

Quelle place dans l'Eglise pour les non-pratiquants? 

lundi 4 décembre 2017

A propos des Parcours Alpha

Le Parcours Alpha est une série de repas conviviaux, ouverts à tous, où chacun peut venir s’interroger et échanger, avec d’autres, sur le sens et les questions essentielles de la vie. Les parcours proposés par Alpha sont centrés sur la découverte de la foi chrétienne : Alpha Classic, Alpha Jeunes, Alpha Campus, Alpha Pro, Alpha Prison, Alpha Pro et d’autres sur la construction et la consolidation de la famille : Parcours Couple, Parcours Duo, Parcours Parents.
Un Parcours Alpha est toujours proposé en lien avec une paroisse ou une église, au sein d’une communauté chrétienne locale, en accord avec le curé ou le pasteur et sous son autorité. En 2017, environ 32 000 personnes ont suivi l’un de ces parcours, organisés et animés par un réseau de 9 000 bénévoles.

L’association a aussi développé, en partenariat avec l’association Talenthéo, un parcours intitulé « Des Pasteurs selon mon Cœur » qui prépare des prêtres au gouvernement de leur communauté paroissiale, dans une nouvelle dynamique de croissance de l’Eglise : près de 800 prêtres ont déjà suivi ce parcours en France. Un parcours similaire « Pasteurs Leaders » est également proposé pour les pasteurs.

L’association Cours Alpha France

C’est une association Loi 1901 dont la finalité est d’être un outil au service des paroisses et des églises en France, grâce à la générosité de ses donateurs. Une équipe nationale d’une quinzaine de permanents ainsi que des équipes régionales bénévoles, couvrant tous les départements, les aident à mettre en place et à développer les parcours au niveau local. Ces équipes travaillent notamment à la publication de ressources pédagogiques, de supports de communication, et à la formation des bénévoles lors des rencontres Alpha.
Le conseil d'administration
(source: "Alpha France" <contact@parcoursalpha.fr> 23 novembre 2017)