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dimanche 4 novembre 2018

Pour en finir avec les paradis fiscaux


Les paradis fiscaux sont des centres financiers en extra-territorialité qui attirent les capitaux frauduleux par une fiscalité avantageuse et des garanties de secret bancaire. Ils permettent de blanchir les bénéfices liés aux trafics d’armes et de drogue, à la traite des êtres humains, au commerce de matière nucléaire, de véhicules volés, etc.
La criminalité financière est le dénominateur commun de toutes ces criminalités. En outre, les fortunes cherchent souvent à y échapper au fisc, ce qui aggrave les inégalités sociales et favorise la corruption. Nous sommes donc là devant l’un des plus grands scandales du monde contemporain.
Face au crime mondial, il n’y a encore ni droit mondial, ni justice mondiale, ni police mondiale. Il est urgent d’établir un droit d’ingérence contre la criminalité financière. Si l’opinion publique était informée des sévices invisibles que cette situation facilite, nul doute que les États seraient plus combatifs.
D’après une étude récente du FMI, les actifs internationaux des banques de ces centres atteignent environ cinq mille milliards de dollars en croissance de 6 % par an de 1992 à 1997. Bien que tous ces actifs ne soient pas de nature suspecte, on doit mentionner que d’après l’ONU, le commerce de la drogue représente 8 % du commerce mondial, et le « PCB » (produit criminel brut) atteint 15 % du commerce mondial. Une bonne part de ce PCB transite par ces centres.
Dans ce domaine, hélas, l’Europe n’a guère de leçons à donner. 
Les paradis fiscaux y prolifèrent : du Luxembourg à Monaco, des îles Anglo-Normandes au Lichtenstein, Gibraltar ou Saint-Marin. l’Europe doit donc s’engager résolument vers l’élimination des paradis rivaux - à commencer par les siens -, sur la base du concept de l’OCDE qui dresse la liste de quarante-sept régimes fiscaux préférentiels de pays membres comme potentiellement dommageables. L’OCDE est convaincus qu’un dialogue constructif peut s’engager avec la plupart des pays et territoires concernés.
« Notre Foi dans ce siècle » de Michel ALBERT, Jean BOISSONNAT, Michel CAMDESSUS Ed. Arléa, 2002, p. 92

samedi 23 juin 2018

L'Eglise et les excès de la finance

Je réagis au courrier publié le 8 juin et à votre dossier. Le titre d’abord du journal du 18 mai : « L’église s’attaque aux excès de la finance. » Cela fait longtemps que l’église s’est exprimée, notamment les évêques de France, me semble-t-il. En outre, tous les thèmes abordés font l’objet depuis des années de commentaires surabondants de tous bords, ce qui relativise le sentiment de nouveauté qui s’exprime dans vos colonnes. La technicité : le fait de reprendre quelques termes (compliance, offshore, dérivés, shadow banking, etc.) ne vaut pas analyse en profondeur. D’ailleurs les nouveaux instruments ne sont pas toujours responsables des excès : la crise de 2007-2008 peut être relue à partir de l’activité classique de crédit immobilier sur des exemples précis : Espagne, États-Unis, Grande-Bretagne. (…) 

Il faut plaider, à mon avis de façon plus précise que ne le fait le document romain, pour renforcer régulation et transparence : par exemple, interdire les transactions à haute fréquence, muscler les équipes des régulateurs, ce qui implique que celles-ci soient attractives donc rémunérées de façon comparable à leurs interlocuteurs des banques et investisseurs financiers, ouvrir les livres des shadow bankers et des banques qui les financent, entrer plus avant dans les secrets de l’offshore (et là on s’attaque à de fortes et dangereuses parties : des journalistes en meurent). Ces sujets sont graves et difficiles, le document du Vatican est nécessaire, pour autant on ne doit pas se sentir exonéré d’aller beaucoup plus loin et de marteler plus fort et plus nettement des propositions concrètes.

Gérard Laur (Paris)(Lu dans le courrier des lecteurs du Journal LA CROIX du 21 juin 2018)