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dimanche 24 février 2019

Jean Pierre Winter : La GPA,« une histoire vécue comme un abandon »

Jean-Pierre Winter, psychanalyste, s’inquiète de la chosification des enfants et des effets de la GPA sur leur épigénétique.


« La GPA est vécue par l’enfant comme un abandon. Quand il aura l’âge de poser la question “d’où viennent les bébés ?”, il va s’entendre dire, directement ou indirectement, qu’il a été pendant neuf mois dans le ventre d’une femme qui n’est pas celle qui s’occupe de lui, et qu’elle a décidé de l’abandonner. À un moment donné, l’enfant va nécessairement ressentir qu’il a fait l’objet d’un marché, qu’il est un produit avec une valeur marchande, et se demander : “Qu’est-ce que je vaux ?” 

Le rôle de l’épigénétique

Ce statut d’objet a quelque chose d’extrêmement humiliant. J’ai perçu ce sentiment chez des enfants nés de GPA, sauf qu’ils ne peuvent pas l’exprimer car il existe un interdit social de dire que les conditions de la conception peuvent être la cause du problème. Un jour, une petite fille que je voyais en consultation m’a demandé : “N’y a-t-il pas des moyens plus simples pour faire des bébés ?” Un enfant se compare à la façon dont les autres ont été conçus. Elle se sentait dans un statut de différence. Cela produit de la fixation sur l’origine.
On sait aujourd’hui, grâce à des études sur l’épigénétique ( Étude des régulations de l’activité des gènes), que le développement du cerveau du bébé dépend de la femme qui le porte et que les cellules fœtales restent dans le sang maternel pendant au moins vingt-sept ans. Or l’enfant né par GPA ne peut pas reconnaître sa mère d’intention ni par son odeur, ni par sa voix, ni par tout ce qui est lié à l’épigénétique. L’enfant sent qu’elle est une étrangère, exactement comme un enfant adopté à qui on n’a pas raconté son histoire le sait. Or, un enfant a besoin de savoir que la personne à qui il s’adresse est quelqu’un qui pense son existence, sinon il se sentira inexistant. »

https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Ethique/Jean-Pierre-Winter-GPA-une-histoire-vecue-comme-abandon-2018-11-12-1200982587?from_univers=lacroix

samedi 30 juin 2018

IMMIGRATION: Ne pas s’embarquer dans un accueil inconditionnel (La Croix, 28/06/2018)

La question de savoir quel accueil réserver aux migrants est en apparence très simple. On est pour ou on est contre. Pour les uns, il y aurait d’un côté les gentils qui accueillent et les méchants qui refusent cet accueil. À l’inverse, pour d’autres, il y aurait les doux rêveurs dans un camp et les gens sérieux et raisonnables en face. Dans la Bible même, la figure de l’étranger est tantôt considérée comme un frère à accueillir (Lévitique) ou comme un ennemi, ou du moins quelqu’un dont il faut se méfier car il va semer le trouble dans la société (Deutéronome).
Entre les deux, on aurait envie de trouver une position médiane, harmonieuse, de façon à choisir une fois pour toutes une ligne de conduite. Mais c’est en fait très difficile car la réponse renvoie à deux horizons temporels et deux positionnements différents. Il y a d’abord l’horizon de l’immédiateté. Si je rencontre sur ma route un migrant en détresse, le comportement à adopter est à l’évidence celui du bon Samaritain : je dois m’arrêter et venir en aide à mon prochain. C’est cette figure que privilégient les associations ou les paroisses qui accueillent un réfugié. Mais une fois cette aide ponctuelle apportée, le bon Samaritain reprend sa route et ce qui advient ensuite ne le concerne plus. Or que va devenir le migrant ? Dans dix ans, sera-t-il un citoyen bien intégré ou viendra-t-il rejoindre une diaspora qui vit en marge de la société, voire lui est hostile ?
Il revient aux gouvernements de se poser ces questions à long terme et de définir des politiques qui en tiennent compte. Cette dimension temporelle qui incombe différemment à l’individu et à l’État sépare en quelque sorte une éthique individuelle et une éthique collective. Alors quel poids donner aux deux dimensions ? Où poser le curseur ? Je suis totalement d’accord avec les propos du pape qui affirme qu’on doit « accueillir, accompagner, organiser, intégrer »,mais avec « prudence », qui est la « vertu du gouvernement ».
Pour ma part, je trouve que la position du ministère de l’intérieur italien, qui considère les migrants non comme des personnes mais seulement comme des menaces dont il faut se protéger, n’est pas défendable, mais que la chancelière allemande Angela Merkel a manqué de prudence. Certains jugent la politique du gouvernement français outrancièrement hostile aux migrants, d’autres la trouvent outrancièrement laxiste. La cote mal taillée qu’il défend dans le projet de loi asile et immigration me semble plutôt raisonnable. Vouloir distinguer les migrants qui relèvent de l’asile et ceux qui partent pour des raisons économiques relève d’un certain bon sens. Il ne faut pas s’embarquer dans un accueil inconditionnel qu’on ne serait pas en mesure d’assumer. Et je comprends que la montée des populismes conduise l’État à être relativement restrictif, car il y va de la cohésion de la société à venir.
Philippe d’Iribarne Sociologue, directeur de recherche au CNRS, Auteur de Chrétien et moderne, Éd. Gallimard, 2016. 
Recueilli par Nathalie Birchem
(Article tiré du Journal La Croix du 28 juin 2018)
Voir: https://www.la-croix.com/Journal/Jusquou-pousser-sens-lhospitalite-2018-06-28-1100950735?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20180628&utm_campaign=newsletter__crx_subscriber&utm_term=1105696&PMID=7441f5f7f00d28332c71f7921d8d13a7

samedi 23 juin 2018

Abus sexuels dans l’église

(…) La hiérarchie ecclésiale est certainement dépassée et désemparée par des événements que l’on ne saurait se contenter de qualifier d’accidentels et la « loi du silence » est souvent pavée de bonnes intentions. Le pape François relève avec courage qu’en la matière le « cléricalisme » qui caractérise le fonctionnement de l’église ne facilite pas les choses. C’est déjà un énorme pavé dans la mare institutionnelle, comme le pape François sait en lancer. Mais il me semble que l’essentiel est encore ailleurs. 
Il est de nature anthropologique et culturelle. Dans cette même édition du 4 juin, frère Michaël Davide Semeraro, bénédictin, remarque : «… notre façon de parler et de vivre la sexualité a changé. Autrefois jugée mauvaise en soi, la sexualité est aujourd’hui considérée comme un élément de notre vie spirituelle. Les prêtres eux aussi doivent la prendre en compte et traverser eux-mêmes leur propre humanité. » C’est la chape de plomb qui a pesé pendant des siècles sur une sexualité jugée comme intrinsèquement mauvaise qui a fait le lit de nombreuses névroses et perversions. Elle empoisonne encore bien des esprits, bien des conduites. 
Il s’agit maintenant de dénouer et de revisiter ce qui a été abusivement noué et rigidifié : sexualité et péché, sexualité et culpabilité. Rien de moins. Le sexe n’est pas le mal, ni donc une malédiction, même si le malin peut le subvertir comme tout ce qui est dans ce monde. 
Le chantier philosophique, théologique et pastoral requis est immense. C’est la reconnaissance de cette même sexualité comme un précieux cadeau, intrinsèquement bon, fait à tout homme et toute femme par le mystère de la Création et que chacun est appelé à habiter pleinement pour aller au bout de son humanité qui ouvrira sans aucun doute pour chacun un chemin de libération, de guérison et d’accomplissement, un chemin respectueux de soi et des autres. « Nous devons nous laisser interroger plus largement, sur la manière dont l’église prend en considération la dimension affective et sexuelle dans la vie de foi », dit encore Frère Semeraro. C’est une profonde révolution culturelle mais l’enjeu en vaut la peine, pour l’avenir de l’église, le bien-être de ses clercs et de ses fidèles, et la qualité de son image dans le monde.
Jean Conrad (Bouches-du-Rhône) (Dans le courrier des lecteurs du journal LA CROIX du 21 juin 2018)

mercredi 20 juin 2018

Des traitements naturels pour un jardin sain


Noémie Vialard , le 16/06/2018 dans le Journal LaCroix
 
Il existe de nombreuses astuces pour venir à bout des désagréments touchant nos cultures, sans avoir affaire à des produits polluants et toxiques.

Comme insecticide et fongicide, les tisanes, décoctions et purins de plantes portent secours aux autres plantes. Ces extraits contribuent à l’équilibre et à l’harmonie du jardin. Avec fermentation ou non, ils viennent en complément d’un bon entretien du jardin.

Le plus connu, c’est le purin d’ortie : stimulant, fournisseur d’aliments assimilables rapidement, il offre aux végétaux une résistance accrue aux maladies et aux ravageurs.

Si la consoude possède les mêmes qualités, bien d’autres plantes sont fort utiles, car, riches en oligo-éléments, azote, potassium et magnésium. Et surtout, certaines associations, comme l’ortie et la consoude, sont de vrais remèdes miracles. Ces extraits ne sont pas à proprement parler des insecticides ou des fongicides. Ce sont surtout des appuis de croissance et de force pour les végétaux, leur permettant de lutter, et des aides à la vie microbienne du sol.

Mais en plus de ces préparations à base de plantes, on peut concocter des mixtures composées de produits naturels : par exemple, avec du bicarbonate de soude, du savon noir ou de l’huile végétale, on fabrique un insecticide.

Avec de l’argile, une infusion de prêle, toujours du bicarbonate de soude, et quelques gouttes d’huile essentielle de thym, on cuisine un fongicide.

Il existe un tas de combines pour éliminer les limaces, comme la bière dans laquelle, gourmandes, elles viennent se noyer.

Pour désherber ? Essayez le vinaigre blanc ou l’eau de cuisson, bouillante, des pommes de terre… Les huiles essentielles de citronnelle, de géranium rosat, d’eucalyptus sont des anti-moustique efficaces… (La Croix du 16/06/18)


La consoude

 La consoude est une plante vivace très robuste, à la floraison très décorative. Cette belle plante fait partie de la famille des Boraginacées. Elle serait originaire d’Europe et d’Asie septentrionale. Ses grandes feuilles vertes, rugueuses et velues sont portées par des tiges poilues. Ses jolies clochettes de différentes couleurs fleurissent de mars à août selon les espèces.
La consoude est utilisée depuis 2 000 ans en médecine traditionnelle. Elle est utilisée aussi de nos jours dans le traitement des contusions ou des entorses. Elle favorise la cicatrisation des blessures. Elle dispose de propriétés émollientes et expectorantes.
En cuisine, elle servait autrefois comme composant dans les salades ou les soupes. Elle a aussi été utilisée comme plante fourragère grâce à sa haute teneur en protéines et sa faible teneur en cellulose. On la considérait comme un aliment de choix pour les volailles et les porcs.
Attention : la consoude contient des pyrrolizidines, qui sont des substances très toxiques pour le foie, pouvant causer des troubles hépatiques graves. De ce fait, il est recommandé de limiter l’usage de la consoude aux applications externes.


Voir ce que dit "wikipedia" de cette plante et regarder des reproductions


lundi 23 avril 2018

Sexualité, homosexualité: « L’Église a souvent été moins répressive que la société »


L’Antiquité gréco-romaine était-elle si libérale qu’on le dit à propos des relations homosexuelles ?
Jean-Claude Guillebaud : Les critères moraux, à partir desquels l’Antiquité considérait les actes homosexuels, dépendaient du statut (homme libre ou esclave) et du rôle (actif ou passif) : pour un homme libre, avoir des relations passives avec un esclave était la pire des déchéances. Parallèlement, la civilisation grecque acceptait des relations pédagogiques entre un adulte et un adolescent avec initiation homosexuelle de l’élève par le maître. Cette tradition antique, que l’on retrouve sur d’autres continents, a été proscrite par les Hébreux : pour préserver leur identité au milieu de peuples ennemis, ceux-ci devaient s’en démarquer. À partir du IIIe siècle, en s’imposant, le christianisme va reprendre à son compte ces interdits bibliques, comme on peut le voir dans le Bréviaire d’Alaric (506) pour l’Empire d’Occident, et dans le Code Justinien(533) pour l’Empire d’Orient. La répression des pratiques homosexuelles restera en vigueur bien au-delà de l’an mil mais ne sera pas toujours appliquée.
Au Moyen Âge, comment l’Église réagissait-elle face aux actes homosexuels ?
Jean-Claude Guillebaud : Les manuels de confession, qui permettaient de pratiquer le pardon à l’égard des pécheurs et de les réintégrer dans l’Église, offraient une large gradation des pénitences, selon que les actes d’homosexualité étaient commis avant ou après l’âge de 20 ans. En fait, même si la loi civile pouvait réclamer la peine capitale pour les « sodomites », celle-ci était peu appliquée. À partir du XIIIe siècle, à la suite du concept de loi naturelle (pour Thomas d’Aquin, la sodomie est « contre nature » puisqu’elle ne conduit pas à la procréation), l’opinion publique devient hostile aux mœurs homosexuelles. D’autant que, au XIVe siècle, période de famine et de grande peste, on cherche des boucs émissaires. Dans le royaume de France, entre 1317 et 1789, on dénombre 73 procès en sodomie ayant abouti à 38 exécutions capitales et à 10 peines de galère : comparé au nombre de sorcières et d’hérétiques exécutés pendant la même période, c’est peu. En fait, on constate une distorsion entre la sévérité du discours officiel et l’application des peines car, dans ces affaires, les juges se montrent prudents et les autorités spirituelles sont soucieuses de miséricorde.
Avec les Lumières puis la Révolution française, le regard sur l’homosexualité change-t-il ?
Jean-Claude Guillebaud : Dans son Dictionnaire philosophique (1764), Voltaire se révèle homophobe, considérant que les amours entre hommes sont une « turpitude ». Cette virulence est d’autant plus curieuse que les élites du XVIIIe siècle sont peu sévères à ce propos. D’ailleurs, les révolutionnaires vont supprimer toutes les lois de l’Ancien Régime concernant les actes homosexuels. Dans le code civil de 1804 (dont l’un des principaux rédacteurs, Cambacérès, était homosexuel), aucun article ne légifère contre les adultes consentants ; seule la pédérastie est sanctionnée. La France devient alors le seul pays d’Europe qui ne condamne plus l’homosexualité. Mais avec la montée du puritanisme, concomitante avec celle du capitalisme, un arsenal répressif s’instaure. Le terme « homosexualité » est inventé en 1869, puis utilisé par le docteur Krafft-Ebing dans sa Psychopathia sexualis (1887), pour ranger les homosexuels parmi les malades atteints d’« inversion ». Comme l’a écrit Michel Foucault, c’est l’époque où le discours psychiatrique cherche à circonscrire le personnage de « l’homosexuel » et où la médecine tente d’éradiquer ce « vice » par électrochocs, lobotomie ou traitements chimiques… Cette conception d’une orientation sexuelle pathologique est restée dominante jusqu’aux années 1970.
De manière générale, l’Église catholique s’est-elle alignée sur les modes culturelles et sociales pour sanctionner ou tolérer les pratiques homosexuelles ?
Jean-Claude Guillebaud : En Europe occidentale, l’Église s’est souvent montrée moins répressive que la société sur ces questions pour ce qui est des laïcs. En ce qui concerne l’homosexualité dans le clergé et la vie religieuse, il y a eu des périodes au cours desquelles celle-ci a été sévèrement réprimée. Selon les études portant sur l’homosexualité dans des situations culturelles données, on ne peut pas dire que les périodes de répression sévères coïncident avec une diminution des pratiques homosexuelles ni, à l’inverse, qu’un certain libéralisme législatif contribuerait à une augmentation des pratiques homosexuelles. Il est certain que l’homosexualité a traversé toutes les époques et toutes les cultures. Il est incontestable aussi qu’il n’existe aucune civilisation ou période de l’histoire où l’homosexualité ait été valorisée en tant que telle.

Recueilli par Claire Lesegretain
Voir: Journal LA CROIX du samedi 21 avril 2018
https://www.la-croix.com//Journal/LEglise-souvent-ete-moins-repressive-societe-2018-04-21-1100933426?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20180421&utm_campaign=newsletter__crx_subscriber&utm_term=1007164&PMID=7441f5f7f00d28332c71f7921d8d13a7