Mise en vedette par le film « Qu’est-ce qu’on attend ? », la commune
alsacienne continue de lancer des initiatives pour avancer sur la voie
de la transition énergétique.
Voir: http://www.la-croix.com/France/Ungersheim-village-toujours-transition-2017-04-26-1200842517
L’imposant
camping-car est garé sur la place de la mairie. Il a transporté jusqu’à
Ungersheim une visiteuse venue de loin : Marta Isabel Ferreira est
ministre de « l’agriculture familiale » de la province argentine de
Misiones. Mariée à un Français, elle a profité d’un voyage privé dans
l’Hexagone pour faire un crochet par le village alsacien et rencontrer
son maire, Jean-Claude Mensch.
Reconduit sans discontinuer depuis
1989 à la tête de ce bourg de 2 600 âmes situé à 15 kilomètres de
Mulhouse, l’élu divers gauche, ex-membre d’Europe Écologie-Les Verts, a
l’habitude de ce genre de sollicitations. « J’en ai tout le temps et c’est tant mieux »,
assure-t-il. Car cet ancien mineur et syndicaliste CGT a beaucoup à
dire et à montrer. Il a progressivement transformé sa commune en
laboratoire du vivre-autrement dans la perspective de l’après-pétrole.
« L’expérimentation d’un autre modèle »
Ferme
solaire, chaufferie au bois, régie agricole, monnaie locale
alternative, repas bio, éco-hameau, utilisation d’un cheval pour le
transport scolaire… De mandat en mandat, les initiatives se sont
multipliées pour réduire la dépendance énergétique et alimentaire
d’Ungersheim. « On est vraiment dans l’expérimentation d’un autre modèle, résume l’édile, par ailleurs végétarien assumé et militant antinucléaire. Mais notre engagement est reproductible et adaptable à d’autres territoires. »
Ce caractère exemplaire a été renforcé par le documentaire Qu’est-ce qu’on attend ?,
tourné à Ungersheim par la journaliste Marie-Monique Robin. Sorti sur
grand écran l’an dernier, le long métrage a mis en lumière les multiples
actions locales. Il continue de « tourner » en France, de forums en
débats. C’est d’ailleurs parce que Marta Isabel Ferreira connaît la
réalisatrice qu’elle est venue jusqu’à Ungersheim.
Quelques panneaux solaires…
La
municipalité n’a pourtant rien inventé. Mais elle a su mettre en œuvre à
peu près tout ce qui peut exister en matière d’innovation, dans le but
d’encourager des comportements plus respectueux de l’environnement. « Ce qui nous distingue, c’est que ce sont des élus qui sont à l’origine de ces initiatives », ajoute Jean-Claude Mensch. Aux citoyens de prendre le relais, comme pour les énergies renouvelables.
La
mairie a lancé le mouvement en 2000 en décidant de chauffer la piscine
municipale avec des panneaux solaires par souci d’économie. Par la
suite, les toits du groupe scolaire, du dojo et du club-house du stade
ont été équipés de même. Une chaufferie à bois a également été
construite pour alimenter sept bâtiments publics. Désormais, la commune
accompagne un groupe d’habitants qui doit créer sa propre installation
solaire collective. « Jean-Claude Mensch n’arrête pas, je n’arrive plus à le suivre », dit en riant Xavier Baumgartner.
Cet
autre militant antinucléaire dirige Hélios Développements, une société
mulhousienne choisie pour lancer et gérer le projet communal le plus
spectaculaire : une centrale photo-voltaïque aménagée sur un ex-site
minier des potasses d’Alsace, le terril Marie-Louise, en partie situé à
Ungersheim. Le maire à la fibre écolo a d’abord préempté les terrains
qui relevaient de son pouvoir et que certains voulaient réutiliser pour
stocker des déchets. Et il a entraîné ses voisins de Feldkirch et
Staffelfelden dans l’aventure.
De la graine à l’assiette
Quant
aux voisins allemands, ils ont été sollicités pour apporter les
investissements nécessaires. Inaugurée en 2012, l’installation produit
aujourd’hui l’équivalent de l’énergie consommée par 10 000 habitants.
Les panneaux sont disposés sur 55 bâtiments ou auvents qui peuvent
abriter des entreprises. Une quarantaine de salariés y travaillent déjà,
d’autres vont suivre, et une nouvelle centrale du même type est en
projet sur un autre ancien site minier, le terril Alex.
La filière
agricole, baptisée « De la graine à l’assiette », suit la même logique.
La mairie a d’abord acheté 8 hectares et les a mis à disposition de
l’association Icare, qui a créé les « Jardins du trèfle rouge ».
Vingt-cinq maraîchers en contrat d’insertion cultivent une soixantaine
de variétés de légumes en bio. « Pour eux, c’est un tremplin », indique Lucile Zwingelstein, une des permanentes de la structure.
La
majeure partie de cette production est destinée à être vendue en
circuit court, via 250 paniers préparés sur place. Les légumes déclassés
sont consommés par les salariés. Certains des topinambours et des
carottes finissent aussi dans les estomacs des écoliers, la municipalité
ayant décidé de produire des repas 100 % bio – goûters compris – dans
sa propre cuisine collective. Laquelle est alimentée par de
l’électricité solaire, naturellement…
Des centaines de personnes impliquées
Pour
poursuivre dans cette voie, la mairie a créé une régie agricole chargée
d’exploiter directement des terres. Dans le même temps, elle a aidé à
l’émergence d’une conserverie associative, La Potassine. L’ensemble de
cette politique trouvera sa vitrine avec la Maison des natures et des
cultures, qui devrait être inaugurée en septembre. Cette ferme conçue en
matériaux écologiques abritera les mètres carrés nécessaires aux
Jardins du Trèfle rouge et à La Potassine. Elle servira également de
lieu de formation et de centre pédagogique.
La mairie va, enfin,
mettre d’autres hectares à disposition d’un groupe d’habitants qui
veulent se lancer dans l’agriculture à plusieurs. « La partie la plus difficile de la démarche de transition, c’est la participation des citoyens »,
reconnaît Jean-Claude Mensch. Pour les encourager, des commissions
participatives ont été mises en place. Dans les faits, seul un noyau dur
d’une cinquantaine de personnes est véritablement mobilisé.
S’y ajoutent les administrés « sensibilisés » : écoliers, utilisateurs de la monnaie locale, le « Radis », membres des associations… « Cela fait des centaines de personnes qui sont impliquées de près ou de loin, reprend le maire. Cela
ne signifie pas forcément qu’elles s’engagent, ni qu’ils sont
majoritaires. Mais la prise de conscience, elle, est majoritaire. On est
élus et réélus. »
Un pari payant politiquement
Aux
dernières élections municipales, en 2014, sa liste s’est imposée dès le
premier tour, avec 52 % des suffrages dans un secteur qui penche à
droite. Arrivée en deuxième position du scrutin avec 25 % des voix,
Catherine Muller ne trouve d’ailleurs rien à redire sur les choix
effectués en matière d’écologie. « On ne peut pas être contre, c’est l’avenir », commente-t-elle.
Cette
politique attire aussi de nouveaux habitants, à l’image
d’Anne-Catherine Douvenotz. Dans une autre vie, cette Alsacienne de 38
ans habitait un logement « classique » à Colmar. Elle réside depuis
juillet dernier dans l’éco-hameau d’Ungersheim avec son époux médecin et
leurs deux fillettes. « On a toujours rêvé d’une maison de paille »,
avoue-t-elle. Conçu avec des matériaux écologiques, son chez-soi à
l’ossature en bois est effectivement isolé grâce à de la paille.
Logements verts
L’appartement
est ainsi « passif ». Il consomme un minimum d’énergie, comme les huit
autres construits à côté. Là aussi, la municipalité a eu un rôle
déclencheur. Elle a racheté un domaine qui appartenait à un industriel
suisse et l’a revendu en partie à des familles voulant se lancer dans
l’autopromotion de ce projet écologique et solidaire. « On est réunis par des valeurs communes »,
rappelle Anne-Catherine. En contrepartie, il leur a été demandé de
signer une charte visant à respecter de grands principes, comme
l’utilisation de matériaux durables d’origine locale.
Une nouvelle
tranche de logements est dans les cartons, tout comme d’autres
chantiers, dont l’ouverture d’une épicerie biologique. L’objectif est
toujours le même : proposer un autre modèle, sans passer en force. « Demander des changements, ce n’est pas facile, reconnaît Jean-Claude Mensch. Dès
qu’on rend les choses obligatoires, cela donne l’effet inverse. Il faut
que le projet soit séduisant, qu’il donne envie. Mais Ungersheim est un
village comme les autres, pas une île. » Devant la place de la mairie où est stationné le camping-car, des camions continuent de circuler.
De la potasse au solaire
Des mines de potasse, un minerai utilisé pour produire de l’engrais, ont été exploitées à partir du début du XXe
siècle dans la plaine d’Alsace, au nord de Mulhouse. Une vingtaine de
puits ont été creusés. L’exploitation s’est terminée en 2002.
Le carreau Rodolphe, situé sur les communes d’Ungersheim et de Pulversheim,
est
le principal témoin de cette époque. Rachetées en 1987 par l’Ecomusée
d’Alsace et le Conseil général du Haut-Rhin, ses installations minières
ont été sauvegardées.
Ungersheim a été retenu en décembre 2016 par
le ministère de l’écologie parmi les 93 nouveaux « territoires à
énergie positive pour la croissance verte ».
La signature d’une convention avec l’État va permettre à la commune de bénéficier de 1,5 million d’euros d’aides publiques.
Pascal Charrier (à Ungersheim, Haut-Rhin)