L'implantation des Sulpiciens aux Etats-Unis devait être aussi décisive pour la jeune Église américaine qu'elle l'avait été pour l'Église canadienne au siècle précédent. Bientôt ils furent douze. Bientôt aussi ils furent rejoints par des prêtres que chassaient de France les mesures terroristes et de Saint-Domingue l'insurrection de Toussaint Louverture : au total une centaine de 1791 à 1815.
La plupart de ces émigrés étaient des hommes de haute valeur morale et de culture. Ils s'établirent un peu partout dans les territoires de l'Union et partout y firent de l'excellent travail. Moins de vingt ans après la nomination épiscopale de Mgr Carroll, la situation du catholicisme aux U.S.A., était entièrement changée. Et Rome, consacrant cet état de fait, créait en 1808 la Province ecclésiastique de Baltimore, dont l'archevêque avait quatre suffragants, New York, Philadelphie, Boston, Bardstown.
Ainsi, parmi les « Pères » de l'Église américaine figure un lot brillant de Français. L'historien américain Théodore Maynard leur a attendu cet hommage :
« Il est difficile d'imaginer ce que serait devenue l'Église sans ces prêtres savants, vertueux, fort dévoués. »
Six accédèrent à l'épiscopat, laissant, là où ils travaillèrent, des noms illustres. Plusieurs furent de véritables figures de légende. Tel Mgr de Cheverus, futur archevêque de Bordeaux et cardinal, dont la distinction et le charme firent beaucoup pour implanter le catholicisme à Boston, et en l'honneur de qui, lorsqu’arriva l'annonce de sa mort, les protestants eux-mêmes firent sonner le glas. Ou l'étonnant Mgr Flaget, pionnier de l'Ouest, dont le premier palais épiscopal, à Bardstown, fut une cabane de rondins, dont la longue vie près de cent ans fut si féconde qu'on disait de lui que chacune de ses haltes apostoliques marquait l'emplacement d'un futur diocèse. Ou encore Mgr Brutè de Rémus, surnommé «l’Ange du Mont », le plus savant de tous, qui, à cinquante-cinq ans, quitta ses livres pour partir, à deux pas des Peaux Rouges, arracher à la ruine la chrétienté de Vincennes et dont la fin de vie fut un tissu d'aventures.
Leur action à tous porta ses fruits : à la mort de Mgr Carroll en 1815, les catholiques étaient 70 000 et il y avait soixante-douze prêtres américains.
(Daniel Rops, Histoire de l’Eglise Tome X, l’Eglise des Révolutions , Ed. Fayard )
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dimanche 17 février 2019
samedi 22 décembre 2018
L'Inquisition espagnole : Thomas de Torquemada
De ce que fut vraiment l'œuvre de l'Inquisition espagnole, on ne doit parler qu'avec une extrême prudence; sur ce point aussi l'imagination populaire a beaucoup affabulé. Le premier Grand Inquisiteur, Thomas de Torquemada, a été représenté comme un tortionnaire sadique, aux mains pleines de sang, faisant régner la terreur dans toute l'Espagne : c'était, en fait, un religieux très austère, convaincu de l'utilité de son rôle, mais dépourvu de cruauté et dont l'action, à maintes reprises, s'exerça pour modérer les excès de certains juges ecclésiastiques.
Tous les dominicains, au reste, qui fournirent à l'Inquisition ses cadres, étaient loin d'être des « Torquemadas », et beaucoup cherchèrent à ramener des pécheurs plus qu'à les châtier. Quant aux méthodes du célèbre tribunal, « l'édit de fer » qui obligeait les parents mêmes des suspects à les dénoncer, les tortures de la question appliquées aux inculpés pour obtenir leurs aveux, elles étaient, on ne saurait l'oublier, dans les mœurs du temps, - et le XX° siècle est assez mal fondé pour le reprocher au XV°.
Reste le problème du nombre des victimes, emprisonnées à vie, étranglées ou brûlées vives, après les célèbres « actes de foi » - autodafé - où leur condamnation était proclamée publiquement; l'histoire a bien du mal à proposer des chiffres, tant les renseignements sont variables, entre quelques centaines et des dizaines de milliers ! Proportionnellement au nombre d'actions engagées devant tous les tribunaux, les condamnations graves furent certainement peu nombreuses. Trop encore, il va de soi, pour qui pense que la religion de l'amour ne s'instaure point par la force mais c'est une autre affaire.
Ce qui est certain, c'est que l'inquisition fit peser sur l'Espagne entière une atmosphère de crainte et de sévérité, - presque de terreur, - assez voisine de celle que, obéissant à d'autres exigences, le Tribunal Révolutionnaire fit peser sur la France de 1793. Et ce qui est non moins certain, c'est que le peuple espagnol l'a non seulement acceptée, mais voulue et bénie, comme une manifestation de cette foi ardente jusqu'à l'héroïsme qui lui avait permis de forger son destin.
(Daniel Rops : L’Eglise de la Renaissance et de la Réforme p. 262, sq)
Tous les dominicains, au reste, qui fournirent à l'Inquisition ses cadres, étaient loin d'être des « Torquemadas », et beaucoup cherchèrent à ramener des pécheurs plus qu'à les châtier. Quant aux méthodes du célèbre tribunal, « l'édit de fer » qui obligeait les parents mêmes des suspects à les dénoncer, les tortures de la question appliquées aux inculpés pour obtenir leurs aveux, elles étaient, on ne saurait l'oublier, dans les mœurs du temps, - et le XX° siècle est assez mal fondé pour le reprocher au XV°.
Reste le problème du nombre des victimes, emprisonnées à vie, étranglées ou brûlées vives, après les célèbres « actes de foi » - autodafé - où leur condamnation était proclamée publiquement; l'histoire a bien du mal à proposer des chiffres, tant les renseignements sont variables, entre quelques centaines et des dizaines de milliers ! Proportionnellement au nombre d'actions engagées devant tous les tribunaux, les condamnations graves furent certainement peu nombreuses. Trop encore, il va de soi, pour qui pense que la religion de l'amour ne s'instaure point par la force mais c'est une autre affaire.
Ce qui est certain, c'est que l'inquisition fit peser sur l'Espagne entière une atmosphère de crainte et de sévérité, - presque de terreur, - assez voisine de celle que, obéissant à d'autres exigences, le Tribunal Révolutionnaire fit peser sur la France de 1793. Et ce qui est non moins certain, c'est que le peuple espagnol l'a non seulement acceptée, mais voulue et bénie, comme une manifestation de cette foi ardente jusqu'à l'héroïsme qui lui avait permis de forger son destin.
(Daniel Rops : L’Eglise de la Renaissance et de la Réforme p. 262, sq)
jeudi 13 décembre 2018
Une devinette : qui envisageait il y a 50 ans déjà l’évolution actuelle de l’Église ?
De la crise actuelle émergera l’Église de demain – une Église qui aura beaucoup perdu. Elle sera de taille réduite et devra quasiment repartir de zéro. Elle ne sera plus à même de remplir tous les édifices construits pendant sa période prospère. Le nombre de fidèles se réduisant, elle perdra nombre de ses privilèges.
Contrairement à une période antérieure, l’Église sera véritablement perçue comme une société de personnes volontaires, que l’on intègre librement et par choix. En tant que petite société, elle sera amenée à faire beaucoup plus souvent appel à l’initiative de ses membres.
Elle va sans aucun doute découvrir des nouvelles formes de ministère, et ordonnera à la prêtrise des chrétiens aptes, et pouvant exercer une profession. Dans de nombreuses petites congrégations ou des groupes indépendants, la pastorale sera gérée de cette manière. Parallèlement, le ministère du prêtre à plein temps restera indispensable, comme avant.
Mais dans tous ces changements que l’on devine, l’essence de l’Église sera à la fois renouvelée et confirmée dans ce qui a toujours été son point d’ancrage : la foi en un Dieu trinitaire, en Jésus Christ, le Fils de Dieu fait Homme, en l’Esprit-Saint présent jusqu’à la fin du monde. Dans la foi et la prière, elle considérera à nouveau les sacrements comme étant une louange à Dieu et non un thème d’ergotages liturgiques.
L’Église sera une Église plus spirituelle, ne gageant pas sur des mandats politiques, ne courtisant ni la droite ni la gauche. Cela sera difficile pour elle, car cette période d’ajustements et de clarification va lui coûter beaucoup d’énergie. Cela va la rendre pauvre et fera d’elle l’Église des doux. Le processus sera d’autant plus ardu qu’il faudra se débarrasser d’une étroitesse d’esprit sectaire et d’une affirmation de soi trop pompeuse.
On peut raisonnablement penser que tout cela va prendre du temps. Le processus va être long et fastidieux, comme l’a été la voie menant du faux progressisme à l’aube de la Révolution française – quand un évêque pouvait être bien vu quand il se moquait des dogmes et même quand il insinuait que l’existence de Dieu n’était absolument pas certaine – au renouveau du XIXe siècle.
Mais quand les épreuves de cette période d’assainissement auront été surmontées, cette Église simplifiée et plus riche spirituellement en ressortira grandie et affermie. Les hommes évoluant dans un monde complètement planifié vont se retrouver extrêmement seuls. S’ils perdent totalement de vue Dieu, ils vont réellement ressentir l’horreur de leur pauvreté. Alors, ils verront le petit troupeau des croyants avec un regard nouveau. Ils le verront comme un espoir de quelque chose qui leur est aussi destiné, une réponse qu’ils avaient toujours secrètement cherchée.
Pour moi, il est certain que l’Église va devoir affronter des périodes très difficiles. La véritable crise vient à peine de commencer. Il faudra s’attendre à de grands bouleversements. Mais je suis tout aussi certain de ce qu’il va rester à la fin : une Église, non du culte politique car celle-ci est déjà morte, mais une Église de la foi. Il est fort possible qu’elle n’ait plus le pouvoir dominant qu’elle avait jusqu’à maintenant, mais elle va vivre un renouveau et redevenir la maison des hommes, où ils trouveront la vie et l’espoir en la vie éternelle.
Joseph Ratzinger – Lors de l'enregistrement d'une émission à la radio allemande en 1969...
http://www.baptises.fr/content/crise-actuelle-emergera-leglise-demain
samedi 17 novembre 2018
Histoire de l'Eglise: la commende et les monastères
Le danger que dénonce saint Bernardin, rien ne le manifeste mieux que le développement que prend alors le désastreux régime de la Commende. La pratique en était très ancienne : on peut en retrouver les traces jusque dans saint Ambroise et saint Grégoire le Grand.
Selon l'intention première, donner un monastère en commende, c'était en confier (commendare) provisoirement l'administration à un séculier, en l'absence du titulaire, avec dispense de régularité. Mais, avec la constitution progressive du régime des bénéfices ecclésiastiques, la commende était devenue une fructueuse opération pour le titulaire, autorisé à percevoir les revenus afférents à la fonction qu'il exerçait temporairement.
Du coup, les laïcs s'étaient intéressés à l'affaire: dès l'époque de Charles Martel, on avait vu des Abbés militaires qui touchaient les revenus d'un monastère, sous prétexte d'assumer sa protection. Puis, la commende, de temporaire était devenue définitive: le « commendataire » encaissait les bénéfices tout le long de sa vie, en faisant exercer les pouvoirs ecclésiastiques par un prieur ou un substitut, qui, canoniquement, y était habilité. Au cours du XIII° siècle, cette funeste pratique avait déjà gagné beaucoup de terrain: les bénéfices réguliers surtout, abbayes et prieurés, avaient commencé à être mis en coupe réglée.
On imagine sans peine comment la crise du Grand Schisme et les surenchères qu’elle détermine dans les deux camps rend cette pratique à peu près universelle. En échange de leur serment d'obédience, les princes laïcs se font attribuer par l'un ou l'autre Pape tout ce qu'ils peuvent de bénéfices, abbayes, monastères, revenus épiscopaux, voire simples cures; rien n'échappe à un appétit de plus en plus dévorant.
Les bénéfices en commende font partie des ressources reconnues des grands; on en voit figurer dans la dot des filles ou donner à des gamins de douze ans. Le plus étonnant de l'affaire est que tous ces Abbés commendataires ne sont pas mauvais et même que certains lutteront courageusement pour la réforme de leur communauté. Mais, ordinairement, ils ne songent qu'à tirer le plus de ressources possibles de leurs biens religieux, n'ont aucun souci des biens spirituels, laissent péricliter les âmes.
En Allemagne, où il y a partout confusion totale entre le commendataire et le titulaire; les laïcs se déclarent princes - évêques ou comtes - abbés, mais ne songent nullement à être prêtres -. on cite le cas d'un évêque de Paderborn, en 1400, qui, tranquillement, se marie. Rien d'étonnant, en de telles conditions, à ce que le clergé, du haut en bas, perde beaucoup de son autorité.
(Daniel Rops : l'Eglise de la Renaissance et de la Réforme. P. 146 sq)
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| Redon - cloître église St-Sauveur |
Selon l'intention première, donner un monastère en commende, c'était en confier (commendare) provisoirement l'administration à un séculier, en l'absence du titulaire, avec dispense de régularité. Mais, avec la constitution progressive du régime des bénéfices ecclésiastiques, la commende était devenue une fructueuse opération pour le titulaire, autorisé à percevoir les revenus afférents à la fonction qu'il exerçait temporairement.
Du coup, les laïcs s'étaient intéressés à l'affaire: dès l'époque de Charles Martel, on avait vu des Abbés militaires qui touchaient les revenus d'un monastère, sous prétexte d'assumer sa protection. Puis, la commende, de temporaire était devenue définitive: le « commendataire » encaissait les bénéfices tout le long de sa vie, en faisant exercer les pouvoirs ecclésiastiques par un prieur ou un substitut, qui, canoniquement, y était habilité. Au cours du XIII° siècle, cette funeste pratique avait déjà gagné beaucoup de terrain: les bénéfices réguliers surtout, abbayes et prieurés, avaient commencé à être mis en coupe réglée.
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| Les Avellanes (Catalogne) |
On imagine sans peine comment la crise du Grand Schisme et les surenchères qu’elle détermine dans les deux camps rend cette pratique à peu près universelle. En échange de leur serment d'obédience, les princes laïcs se font attribuer par l'un ou l'autre Pape tout ce qu'ils peuvent de bénéfices, abbayes, monastères, revenus épiscopaux, voire simples cures; rien n'échappe à un appétit de plus en plus dévorant.
Les bénéfices en commende font partie des ressources reconnues des grands; on en voit figurer dans la dot des filles ou donner à des gamins de douze ans. Le plus étonnant de l'affaire est que tous ces Abbés commendataires ne sont pas mauvais et même que certains lutteront courageusement pour la réforme de leur communauté. Mais, ordinairement, ils ne songent qu'à tirer le plus de ressources possibles de leurs biens religieux, n'ont aucun souci des biens spirituels, laissent péricliter les âmes.
En Allemagne, où il y a partout confusion totale entre le commendataire et le titulaire; les laïcs se déclarent princes - évêques ou comtes - abbés, mais ne songent nullement à être prêtres -. on cite le cas d'un évêque de Paderborn, en 1400, qui, tranquillement, se marie. Rien d'étonnant, en de telles conditions, à ce que le clergé, du haut en bas, perde beaucoup de son autorité.
(Daniel Rops : l'Eglise de la Renaissance et de la Réforme. P. 146 sq)
lundi 23 avril 2018
Sexualité, homosexualité: « L’Église a souvent été moins répressive que la société »
L’Antiquité gréco-romaine était-elle si libérale qu’on le dit à propos des relations homosexuelles ?
Jean-Claude Guillebaud : Les critères moraux, à partir desquels l’Antiquité considérait les actes homosexuels, dépendaient du statut (homme libre ou esclave) et du rôle (actif ou passif) : pour un homme libre, avoir des relations passives avec un esclave était la pire des déchéances. Parallèlement, la civilisation grecque acceptait des relations pédagogiques entre un adulte et un adolescent avec initiation homosexuelle de l’élève par le maître. Cette tradition antique, que l’on retrouve sur d’autres continents, a été proscrite par les Hébreux : pour préserver leur identité au milieu de peuples ennemis, ceux-ci devaient s’en démarquer. À partir du IIIe siècle, en s’imposant, le christianisme va reprendre à son compte ces interdits bibliques, comme on peut le voir dans le Bréviaire d’Alaric (506) pour l’Empire d’Occident, et dans le Code Justinien(533) pour l’Empire d’Orient. La répression des pratiques homosexuelles restera en vigueur bien au-delà de l’an mil mais ne sera pas toujours appliquée.
Au Moyen Âge, comment l’Église réagissait-elle face aux actes homosexuels ?
Jean-Claude Guillebaud : Les manuels de confession, qui permettaient de pratiquer le pardon à l’égard des pécheurs et de les réintégrer dans l’Église, offraient une large gradation des pénitences, selon que les actes d’homosexualité étaient commis avant ou après l’âge de 20 ans. En fait, même si la loi civile pouvait réclamer la peine capitale pour les « sodomites », celle-ci était peu appliquée. À partir du XIIIe siècle, à la suite du concept de loi naturelle (pour Thomas d’Aquin, la sodomie est « contre nature » puisqu’elle ne conduit pas à la procréation), l’opinion publique devient hostile aux mœurs homosexuelles. D’autant que, au XIVe siècle, période de famine et de grande peste, on cherche des boucs émissaires. Dans le royaume de France, entre 1317 et 1789, on dénombre 73 procès en sodomie ayant abouti à 38 exécutions capitales et à 10 peines de galère : comparé au nombre de sorcières et d’hérétiques exécutés pendant la même période, c’est peu. En fait, on constate une distorsion entre la sévérité du discours officiel et l’application des peines car, dans ces affaires, les juges se montrent prudents et les autorités spirituelles sont soucieuses de miséricorde.
Avec les Lumières puis la Révolution française, le regard sur l’homosexualité change-t-il ?
Jean-Claude Guillebaud : Dans son Dictionnaire philosophique (1764), Voltaire se révèle homophobe, considérant que les amours entre hommes sont une « turpitude ». Cette virulence est d’autant plus curieuse que les élites du XVIIIe siècle sont peu sévères à ce propos. D’ailleurs, les révolutionnaires vont supprimer toutes les lois de l’Ancien Régime concernant les actes homosexuels. Dans le code civil de 1804 (dont l’un des principaux rédacteurs, Cambacérès, était homosexuel), aucun article ne légifère contre les adultes consentants ; seule la pédérastie est sanctionnée. La France devient alors le seul pays d’Europe qui ne condamne plus l’homosexualité. Mais avec la montée du puritanisme, concomitante avec celle du capitalisme, un arsenal répressif s’instaure. Le terme « homosexualité » est inventé en 1869, puis utilisé par le docteur Krafft-Ebing dans sa Psychopathia sexualis (1887), pour ranger les homosexuels parmi les malades atteints d’« inversion ». Comme l’a écrit Michel Foucault, c’est l’époque où le discours psychiatrique cherche à circonscrire le personnage de « l’homosexuel » et où la médecine tente d’éradiquer ce « vice » par électrochocs, lobotomie ou traitements chimiques… Cette conception d’une orientation sexuelle pathologique est restée dominante jusqu’aux années 1970.
De manière générale, l’Église catholique s’est-elle alignée sur les modes culturelles et sociales pour sanctionner ou tolérer les pratiques homosexuelles ?
Jean-Claude Guillebaud : En Europe occidentale, l’Église s’est souvent montrée moins répressive que la société sur ces questions pour ce qui est des laïcs. En ce qui concerne l’homosexualité dans le clergé et la vie religieuse, il y a eu des périodes au cours desquelles celle-ci a été sévèrement réprimée. Selon les études portant sur l’homosexualité dans des situations culturelles données, on ne peut pas dire que les périodes de répression sévères coïncident avec une diminution des pratiques homosexuelles ni, à l’inverse, qu’un certain libéralisme législatif contribuerait à une augmentation des pratiques homosexuelles. Il est certain que l’homosexualité a traversé toutes les époques et toutes les cultures. Il est incontestable aussi qu’il n’existe aucune civilisation ou période de l’histoire où l’homosexualité ait été valorisée en tant que telle.
Recueilli par Claire Lesegretain
Voir: Journal LA CROIX du samedi 21 avril 2018
https://www.la-croix.com//Journal/LEglise-souvent-ete-moins-repressive-societe-2018-04-21-1100933426?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20180421&utm_campaign=newsletter__crx_subscriber&utm_term=1007164&PMID=7441f5f7f00d28332c71f7921d8d13a7
https://www.la-croix.com//Journal/LEglise-souvent-ete-moins-repressive-societe-2018-04-21-1100933426?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20180421&utm_campaign=newsletter__crx_subscriber&utm_term=1007164&PMID=7441f5f7f00d28332c71f7921d8d13a7
dimanche 13 novembre 2016
Marcellin Champagnat, le fondateur des Frères Maristes.
C’est cet homme de notre région qui, avec d'autres Lyonnais, a voulu rechristianiser notre pays au début du XIXème siècle. L'Eglise de France ressortait alors meurtrie après la Révolution de 1789. Parlons seulement de la région lyonnaise car il y eut beaucoup d'autres foyers de renouveau dans notre pays.
Né en 1789
C'est à Marlhes, sur le plateau du mont Pilat, que Marcellin Champagnat vient au monde, en 1789, l'année même où commence la Révolution. Sans être vraiment révolutionnaire son père, petit agriculteur, était ouvert aux idées nouvelles véhiculées par la Révolution.
Des prêtres du grand diocèse de Lyon parcouraient les campagnes à la recherche de candidats au sacerdoce. Marcellin accepta avec hésitation d'entrer dans cette voie en ignorant sans doute les difficultés qui l'attendaient. Son parcours pour devenir prêtre rappelle celui du curé d'Ars son aîné de quelques années (1786-1859). Les études furent très difficiles pour Marcellin. Il connut le découragement. Mais il avait une mère qui le soutint. Ils allèrent ensemble à la Louvesc, pas si loin de Marlhes, et il reprit courage.
La promesse de Fourvière
Ces premiers obstacles franchis on le retrouve à Fourvière avec d'autres jeunes prêtres, pleins de zèle. Ils ambitionnent de fonder une société qui appelleront "La Société de Marie" comprenant des prêtres, des sœurs, des frères et des laïcs. Marcellin, choisit de s'occuper de la branche des Frères. Ordonné prêtre en 1816 il est nommé à La Valla-en-Gier, une paroisse de montagne au sud de St-Chamond. A peine arrivé il met à exécution la résolution prise à Fourvière. On était en janvier 1817.
Les atouts de ce fondateur
Marcellin était un homme sans prétentions mais doué d'une volonté de fer. Ses confrères prêtres disaient plutôt que c'était un entêté! Mais c'était aussi un mystique, un amoureux de la Vierge Marie. Sans beaucoup d'argent ni de puissants appuis ce "vicaire paysan" se lance dans une grande aventure qui le mènera bien plus loin qu'il aurait imaginé. Persuadé qu'il fait la volonté de Dieu il n'hésite pas à "sortir des sentiers battus". Il quitte son presbytère pour habiter avec ses premiers frères et se "fait maçon" pour construire une grande maison dans la vallée du Gier. Elle deviendra ce "Notre Dame de l'Hermitage" qui continue de rayonner aujourd'hui.
Marcellin ne manquait pas d'atouts. Son courage, son audace étaient servis par un sens pratique peu commun et surtout il était "adoré" de ses Frères, issus du même milieu que lui. Son œuvre va se développer de manière inattendue et miraculeuse. Les épreuves ne seront pas épargnées au courageux vicaire. Peu de soutien du côté du diocèse de Lyon au début au moins. Pire que cela l'un des jeunes prêtres qui était monté à Fourvière avec lui en 1816 essaiera de l'écarter et de s'imposer à l'Hermitage quand Marcellin était malade. Les autorités administratives ne lui font guère confiance non plus. Toutes ses démarches pour faire approuver et reconnaître sa congrégation resteront vaines.
"Si la grain ne meurt..."
Quand Marcellin Champagnat, épuisé par le travail, les épreuves, la maladie quitte ce monde à 51 ans en 1840 on ne donne pas cher de son œuvre. Mais était-ce vraiment la sienne ou celle de Dieu? Ce qu'il laissait de plus précieux à ses frères c'est un esprit. Que de chemin parcouru depuis 1817! Les Frères Maristes d'aujourd'hui voudraient continuer à vivre de cet esprit.fr Bernard Méha
vendredi 25 mars 2016
F. Albert Pfleger et les Frères Maristes en Hongrie pendant la Seconde Guerre Mondiale
Le Frère Albert a raconté lui-même les temps difficiles qu’il a vécus avec ses confrères à Budapest à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Vous trouverez ci-dessous des extraits du livre écrit par le F. Louis Hochet et publié en 2001.
Le 5 septembre 1928, en compagnie de Frère Victor-Marie (Ferdinand Fischer), Frère Albert arrive à Budapest où il doit fonder, diriger, enseigner : il s’agit d’un nouvel établissement scolaire dans la capitale hongroise ; son nom sera : Ecole Champagnat. Le gouvernement reconnaît l’école comme privée, mais sans subventions. Le Frère Ferdinand Fischer a pris la direction de l’école. Le Frère Pruscer, qui lui succède en 1939, achète des locaux et construit un internat.
Mais en septembre 1939, la guerre éclate. La Hongrie n’est pas encore belligérante et l’école fonctionne comme en temps de paix.
En 1942, les prisonniers français évadés d’Allemagne arrivent à Budapest. Leur nombre augmente car ils jouissent d’une entière liberté et l’Ecole Champagnat devient leur centre de ralliement. Parmi eux, deux Frères Maristes : Bernard Clerc et Jean-Baptiste Bonetbeltz qui réussit enfin sa septième évasion en provenance de Rawa-Russka. Dans un avenir proche, ils vont collaborer avec Frère Albert et ses cinq confrères hongrois. Frère Albert obtient la nationalité hongroise, car, Alsacien, il pourrait, en cas d’invasion, devenir citoyen allemand.
dès 1941 (la Hongrie) devra envoyer des troupes sur le front russe où elle perdra 200.000 hommes. Horty, qui, en 1944, avait demandé l’armistice, est déporté en Allemagne qui envahit la Hongrie, le 19 mars 1944.
Vous trouverez ci-dessous des extraits du livre écrit par le F. Louis Hochet et publié en 2001.
Le 5 septembre 1928, en compagnie de Frère Victor-Marie (Ferdinand Fischer), Frère Albert arrive à Budapest où il doit fonder, diriger, enseigner : il s’agit d’un nouvel établissement scolaire dans la capitale hongroise ; son nom sera : Ecole Champagnat. Le gouvernement reconnaît l’école comme privée, mais sans subventions. Le Frère Ferdinand Fischer a pris la direction de l’école. Le Frère Pruscer, qui lui succède en 1939, achète des locaux et construit un internat.
Mais en septembre 1939, la guerre éclate. La Hongrie n’est pas encore belligérante et l’école fonctionne comme en temps de paix.
En 1942, les prisonniers français évadés d’Allemagne arrivent à Budapest. Leur nombre augmente car ils jouissent d’une entière liberté et l’Ecole Champagnat devient leur centre de ralliement. Parmi eux, deux Frères Maristes : Bernard Clerc et Jean-Baptiste Bonetbeltz qui réussit enfin sa septième évasion en provenance de Rawa-Russka. Dans un avenir proche, ils vont collaborer avec Frère Albert et ses cinq confrères hongrois. Frère Albert obtient la nationalité hongroise, car, Alsacien, il pourrait, en cas d’invasion, devenir citoyen allemand.
Les Frères Maristes de la communauté de Budapest,
leur action en faveur des enfants juifs
La Hongrie est occupée par les nazis
La Hongrie, alliée du Reich, espérait récupérer les territoires perdus au traité de Trianon (04-06-1919) où elle avait dû céder les deux-tiers de sa superficie […]dès 1941 (la Hongrie) devra envoyer des troupes sur le front russe où elle perdra 200.000 hommes. Horty, qui, en 1944, avait demandé l’armistice, est déporté en Allemagne qui envahit la Hongrie, le 19 mars 1944.
A la synagogue de Vichy le 8 janvier 1982.
De gauche à droite : FF Bonetbeltz, Pfleger, Hegedüs, Pingiczer et Angyal."
L’occupant nazi arrive à Budapest et, sans tarder, met en place un gouvernement tout acquis à sa cause. Rapidement, les réfugiés politiques tchèques, polonais et autres sont arrêtés, et beaucoup exécutés sur place. Les prisonniers français se terrent. L’alimentation est rationnée. Dès le 5 avril, les Juifs doivent porter l’étoile jaune et sont parqués.
Hommes et femmes valides sont envoyés en camps de travail d’où peu reviendront. Vieillards et enfants restent à Budapest, tandis que les enfants non-juifs se réfugient en province, parfois avec leur famille, pour éviter les bombardements qui s’intensifient sur les centres industriels de la capitale.
Les Frères sont trahis et emprisonnés
Mais il y a aussi les Alsaciens-Lorrains enrôlés de force dans la Wehrmacht et qui veulent déserter. Les Frères Bernard Clerc et Jean-Baptiste Bonetbeltz se débrouillent pour leur fournir des faux papiers, des vêtements et un abri sûr.
Trahison, arrestation : 19 décembre 1944
« Les huit religieux sont conduits en prison sous bonne garde. »
Avec un groupe de prisonniers, les Frères font neuvaine sur neuvaine pour sortir de ce guêpier. Le 3 février, ils en commencèrent une autre à Notre Dame de Lourdes. Le chapelet se terminait par cette invocation originale :
"Notre Dame de Lourdes, envoyez-nous les Russes".
Le 11 février, anniversaire de la première apparition, ils sont libérés par les Russes.
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