Dans ce sol de la vieille Europe chrétienne, tant labouré et arrosé par le sang des témoins sacrifiés, ce ne sont pas seulement les rejets des vieilles souches qui surgissent. L'apparition de congrégations nouvelles est un des faits caractéristiques de la période : apparition? mieux, prolifération, saint pullulement, pléthore !
Il n'est pas une seule année, de 1815 à 1870, où l'on n'enregistre la naissance d'un de ces groupements, masculins et féminins, qui, sous un habit également neuf, selon des constitutions particulières, se dévouent au service de Dieu.
Chez les femmes, le phénomène prend une telle ampleur qu'un mot malicieux courra: parmi les choses qu'en dépit de son omniscience le Bon Dieu ignore, il y a... le nombre des congrégations féminines. Ce mouvement est d'ailleurs encouragé par Rome, spécialement par le cardinal Bizzarri qui, sous Pie IX, dirige la Congrégation des religieux.
Il faut l'avouer : il n'est pas commode de se repérer au milieu de toutes ces formations dont les désignations trop souvent se ressemblent. Hormis les spécialistes, bien peu de catholiques sont capables d'expliquer ce qui les distingue, moins encore de rattacher correctement une congrégation au nom de son fondateur. Faire la différence entre des Marianistes, des Maristes, des Frères Maristes, des Oblats de Marie Immaculée, des Pères du Saint et Immaculé Coeur de Marie, n'est pas facile, et pas davantage de situer dans leurs justes perspectives les Sœurs de l'Assomption, les Petites Soeurs de l'Assomption, les Oblates de l'Assomption et les Orantes de l'Assomption ! D'autant que les vieux ordres suivent l'exemple: les Dominicaines finiront par avoir trente et une branches ou congrégations !
Signe d'individualisme que ce foisonnement de petites congrégations?
Peut-être : mais aussi désir de répondre à des besoins accrus et diversifiés, par une spécialisation très poussée. Ce qui n'empêche pas un grand nombre de ces fondations nouvelles d'être « pluralistes », à la fois, par exemple, enseignantes et charitables, comme l'ont été, depuis plus de deux siècles, les filles de Monsieur Vincent, sans oublier les vocations missionnaires, dont on a vu l'importance.
Immense, impressionnante moisson pour Dieu, où les ouvriers et ouvrières affluent : la France en est alors le champ le plus fécond, mais suivie par l'Italie, la Belgique, l'Espagne et même les États-Unis et le Canada. Un des aspects de l'Église de nos jours se prépare alors.
Chez les hommes,
les fondations nouvelles se constituent moins sur le modèle des grands Ordres anciens, que des Congrégations postérieures au Concile de Trente, et surtout des Compagnies de prêtres, formule souple et très favorable à une action multiforme. Le terme d'Oblats est fréquemment utilisé, bien qu'il désigne souvent non pas, selon la définition, « des laïcs qui s'agrègent à une communauté religieuse en lui faisant abandon de leurs biens », mais de véritables religieux, ayant prononcé des voeux, ordinairement prêtres.
Les Frères, leur multiplication
A côté de ces formations, - autre fait caractéristique qu'on a déjà noté dans le domaine missionnaire, - surgissent et se multiplient celles des Frères, religieux qui ne sont pas prêtres, mais qui n'en servent pas moins Dieu et l'Église dans toutes les tâches apostoliques, selon la formule popularisée par saint Jean-Baptiste de la Salle: leur action, notamment en matière d'éducation, est de première importance. (…)
Certains se sont spécialisés dans la formule nouvelle des « patronages » qu'on a vus naître en 1845, avec les Fils de Saint-Vincent-de-Paul de l'abbé Le Prévost, la grande majorité se consacrant à l'école et parmi eux une majorité de Frères :
Frères Maristes du P. Champagnat, Frères de l'Instruction chrétienne, dits de Ploërmel, du cher Jean-Marie de Lamennais, Frères du Sacré-Coeur du P. Coindre, Frères de la Doctrine chrétienne de Nancy, de Dom Fréchard, Clercs de Saint -Viateur, du P. Querbes, dont le succès au Canada sera considérable, et Frères des Écoles chrétiennes de la Miséricorde, et Frères de la Sainte-Famille de Belley, du Frère Gabriel Taborin, et Frères de Sainte-Croix-du-Mans, et Frères de Sainte-Croix-le-Rougé...
Turba Magna, eût dit l'abbé Bremond. Encore faudrait-il ajouter ceux qui, s'occupant plus spécialement d'orphelinats, relèvent peut-être plus de la charité que de l'éducation. Et encore faudrait-il ne pas oublier les Christian Brothers et les saint Patrick's Brothers d'Irlande, et surtout ceux qu'on verra en Italie naître à l'appel de deux des grands saints de l'époque, Joseph Cottolengo et Jean Bosco ! Parmi tant et tant de fondateurs, aux vertus éclatantes, et que l'Église a souvent reconnus, toute velléité de choix se décourage d'avance.
On aimerait cependant en mettre à part un, en raison d'une intuition qu'il eut, remarquable : le P. d'Alzon (1810-1880) qui, en fondant ses Assomptionnistes (auxquels s'ajouteront plusieurs branches féminines), ne les orienta pas seulement vers l'enseignement et les missions en terres païennes mais leur proposa un des plus grands moyens d'apostolat du temps présent : la presse.
Chez les femmes,
la complexité est encore plus grande, nombre des fondations ne dépassant pas le cadre d'un diocèse, voire d'une paroisse, et les désignations étant encore plus voisines les unes des autres. Ce n'est pas à dire que les fondatrices et les fondateurs n'aient pas des individualités fortes, et bien différenciées : plusieurs apparaissent même comme des figures puissantes, et leur existence, que de nombreux livres nous font connaître, sont pleines de hautes leçons spirituelles.
(Daniel Rops, Histoire de l’Eglise Tome X, l’Eglise des Révolutions , Ed. Fayard (Rops): p. 902 sq)
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dimanche 3 mars 2019
dimanche 13 novembre 2016
Marcellin Champagnat, le fondateur des Frères Maristes.
C’est cet homme de notre région qui, avec d'autres Lyonnais, a voulu rechristianiser notre pays au début du XIXème siècle. L'Eglise de France ressortait alors meurtrie après la Révolution de 1789. Parlons seulement de la région lyonnaise car il y eut beaucoup d'autres foyers de renouveau dans notre pays.
Né en 1789
C'est à Marlhes, sur le plateau du mont Pilat, que Marcellin Champagnat vient au monde, en 1789, l'année même où commence la Révolution. Sans être vraiment révolutionnaire son père, petit agriculteur, était ouvert aux idées nouvelles véhiculées par la Révolution.
Des prêtres du grand diocèse de Lyon parcouraient les campagnes à la recherche de candidats au sacerdoce. Marcellin accepta avec hésitation d'entrer dans cette voie en ignorant sans doute les difficultés qui l'attendaient. Son parcours pour devenir prêtre rappelle celui du curé d'Ars son aîné de quelques années (1786-1859). Les études furent très difficiles pour Marcellin. Il connut le découragement. Mais il avait une mère qui le soutint. Ils allèrent ensemble à la Louvesc, pas si loin de Marlhes, et il reprit courage.
La promesse de Fourvière
Ces premiers obstacles franchis on le retrouve à Fourvière avec d'autres jeunes prêtres, pleins de zèle. Ils ambitionnent de fonder une société qui appelleront "La Société de Marie" comprenant des prêtres, des sœurs, des frères et des laïcs. Marcellin, choisit de s'occuper de la branche des Frères. Ordonné prêtre en 1816 il est nommé à La Valla-en-Gier, une paroisse de montagne au sud de St-Chamond. A peine arrivé il met à exécution la résolution prise à Fourvière. On était en janvier 1817.
Les atouts de ce fondateur
Marcellin était un homme sans prétentions mais doué d'une volonté de fer. Ses confrères prêtres disaient plutôt que c'était un entêté! Mais c'était aussi un mystique, un amoureux de la Vierge Marie. Sans beaucoup d'argent ni de puissants appuis ce "vicaire paysan" se lance dans une grande aventure qui le mènera bien plus loin qu'il aurait imaginé. Persuadé qu'il fait la volonté de Dieu il n'hésite pas à "sortir des sentiers battus". Il quitte son presbytère pour habiter avec ses premiers frères et se "fait maçon" pour construire une grande maison dans la vallée du Gier. Elle deviendra ce "Notre Dame de l'Hermitage" qui continue de rayonner aujourd'hui.
Marcellin ne manquait pas d'atouts. Son courage, son audace étaient servis par un sens pratique peu commun et surtout il était "adoré" de ses Frères, issus du même milieu que lui. Son œuvre va se développer de manière inattendue et miraculeuse. Les épreuves ne seront pas épargnées au courageux vicaire. Peu de soutien du côté du diocèse de Lyon au début au moins. Pire que cela l'un des jeunes prêtres qui était monté à Fourvière avec lui en 1816 essaiera de l'écarter et de s'imposer à l'Hermitage quand Marcellin était malade. Les autorités administratives ne lui font guère confiance non plus. Toutes ses démarches pour faire approuver et reconnaître sa congrégation resteront vaines.
"Si la grain ne meurt..."
Quand Marcellin Champagnat, épuisé par le travail, les épreuves, la maladie quitte ce monde à 51 ans en 1840 on ne donne pas cher de son œuvre. Mais était-ce vraiment la sienne ou celle de Dieu? Ce qu'il laissait de plus précieux à ses frères c'est un esprit. Que de chemin parcouru depuis 1817! Les Frères Maristes d'aujourd'hui voudraient continuer à vivre de cet esprit.fr Bernard Méha
vendredi 25 mars 2016
F. Albert Pfleger et les Frères Maristes en Hongrie pendant la Seconde Guerre Mondiale
Le Frère Albert a raconté lui-même les temps difficiles qu’il a vécus avec ses confrères à Budapest à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Vous trouverez ci-dessous des extraits du livre écrit par le F. Louis Hochet et publié en 2001.
Le 5 septembre 1928, en compagnie de Frère Victor-Marie (Ferdinand Fischer), Frère Albert arrive à Budapest où il doit fonder, diriger, enseigner : il s’agit d’un nouvel établissement scolaire dans la capitale hongroise ; son nom sera : Ecole Champagnat. Le gouvernement reconnaît l’école comme privée, mais sans subventions. Le Frère Ferdinand Fischer a pris la direction de l’école. Le Frère Pruscer, qui lui succède en 1939, achète des locaux et construit un internat.
Mais en septembre 1939, la guerre éclate. La Hongrie n’est pas encore belligérante et l’école fonctionne comme en temps de paix.
En 1942, les prisonniers français évadés d’Allemagne arrivent à Budapest. Leur nombre augmente car ils jouissent d’une entière liberté et l’Ecole Champagnat devient leur centre de ralliement. Parmi eux, deux Frères Maristes : Bernard Clerc et Jean-Baptiste Bonetbeltz qui réussit enfin sa septième évasion en provenance de Rawa-Russka. Dans un avenir proche, ils vont collaborer avec Frère Albert et ses cinq confrères hongrois. Frère Albert obtient la nationalité hongroise, car, Alsacien, il pourrait, en cas d’invasion, devenir citoyen allemand.
dès 1941 (la Hongrie) devra envoyer des troupes sur le front russe où elle perdra 200.000 hommes. Horty, qui, en 1944, avait demandé l’armistice, est déporté en Allemagne qui envahit la Hongrie, le 19 mars 1944.
Vous trouverez ci-dessous des extraits du livre écrit par le F. Louis Hochet et publié en 2001.
Le 5 septembre 1928, en compagnie de Frère Victor-Marie (Ferdinand Fischer), Frère Albert arrive à Budapest où il doit fonder, diriger, enseigner : il s’agit d’un nouvel établissement scolaire dans la capitale hongroise ; son nom sera : Ecole Champagnat. Le gouvernement reconnaît l’école comme privée, mais sans subventions. Le Frère Ferdinand Fischer a pris la direction de l’école. Le Frère Pruscer, qui lui succède en 1939, achète des locaux et construit un internat.
Mais en septembre 1939, la guerre éclate. La Hongrie n’est pas encore belligérante et l’école fonctionne comme en temps de paix.
En 1942, les prisonniers français évadés d’Allemagne arrivent à Budapest. Leur nombre augmente car ils jouissent d’une entière liberté et l’Ecole Champagnat devient leur centre de ralliement. Parmi eux, deux Frères Maristes : Bernard Clerc et Jean-Baptiste Bonetbeltz qui réussit enfin sa septième évasion en provenance de Rawa-Russka. Dans un avenir proche, ils vont collaborer avec Frère Albert et ses cinq confrères hongrois. Frère Albert obtient la nationalité hongroise, car, Alsacien, il pourrait, en cas d’invasion, devenir citoyen allemand.
Les Frères Maristes de la communauté de Budapest,
leur action en faveur des enfants juifs
La Hongrie est occupée par les nazis
La Hongrie, alliée du Reich, espérait récupérer les territoires perdus au traité de Trianon (04-06-1919) où elle avait dû céder les deux-tiers de sa superficie […]dès 1941 (la Hongrie) devra envoyer des troupes sur le front russe où elle perdra 200.000 hommes. Horty, qui, en 1944, avait demandé l’armistice, est déporté en Allemagne qui envahit la Hongrie, le 19 mars 1944.
A la synagogue de Vichy le 8 janvier 1982.
De gauche à droite : FF Bonetbeltz, Pfleger, Hegedüs, Pingiczer et Angyal."
L’occupant nazi arrive à Budapest et, sans tarder, met en place un gouvernement tout acquis à sa cause. Rapidement, les réfugiés politiques tchèques, polonais et autres sont arrêtés, et beaucoup exécutés sur place. Les prisonniers français se terrent. L’alimentation est rationnée. Dès le 5 avril, les Juifs doivent porter l’étoile jaune et sont parqués.
Hommes et femmes valides sont envoyés en camps de travail d’où peu reviendront. Vieillards et enfants restent à Budapest, tandis que les enfants non-juifs se réfugient en province, parfois avec leur famille, pour éviter les bombardements qui s’intensifient sur les centres industriels de la capitale.
Les Frères sont trahis et emprisonnés
Mais il y a aussi les Alsaciens-Lorrains enrôlés de force dans la Wehrmacht et qui veulent déserter. Les Frères Bernard Clerc et Jean-Baptiste Bonetbeltz se débrouillent pour leur fournir des faux papiers, des vêtements et un abri sûr.
Trahison, arrestation : 19 décembre 1944
« Les huit religieux sont conduits en prison sous bonne garde. »
Avec un groupe de prisonniers, les Frères font neuvaine sur neuvaine pour sortir de ce guêpier. Le 3 février, ils en commencèrent une autre à Notre Dame de Lourdes. Le chapelet se terminait par cette invocation originale :
"Notre Dame de Lourdes, envoyez-nous les Russes".
Le 11 février, anniversaire de la première apparition, ils sont libérés par les Russes.
Un Frère Mariste : Albert Pfleger 1900-1999
Frère Albert Pfleger est né à Stotzheim (Alsace) en 1900. A cette époque cette province française était allemande. A l’âge de 13 ans il partit au juvénat en Suisse. Albert reste à Fribourg et à Saint-Gingolph jusqu’en 1919 où il poursuit sa formation.
Après son premier engagement il demande à partir en mission. Il est d’abord nommé en Turquie, à Scutari (Uskudar). A partir de 1921 on le retrouve en Macédoine à Monastir (Bitolj).
Dans les mémoires de F. Hilaire Détraz on trouve des détails sur le séjour de F. Albert en Yougoslavie
C’est en 1928 qu’il arrive en Hongrie à Budapest. Il fait partie des fondateurs de l’école qui s’appellera l’Ecole Champagnat.
"Pendant la Seconde Guerre mondiale, sous le régime nazi à Budapest, il fait évader des Juifs et des Alsaciens traqués par les nazis, avec quelques autres frères maristes.
Il a protégé et souvent sauvé de nombreuses personnes dont des soldats alsaciens qui désertaient l’armée allemande, et surtout des enfants juifs, élèves de l’école Champagnat.
Cela lui a valu d’être arrêté en 1944 et torturé par la Gestapo, emprisonné et de justesse sauvé par l’effondrement du Reich. Il est libéré par les Russes.
Son héroïsme lui a valu de nombreuses distinctions, notamment la médaille de « Juste parmi les Nations » décernée par l’État d’Israël, la Légion d’honneur, les Palmes académiques, la Médaille du combattant volontaire, de la France libre et citoyen d’honneur de Stotzheim et de Budapest.
Extrait de « Juste parmi les Nations »
Retour en France
F. Albert rentre en France en 1948. Pendant plusieurs années il assure la fonction de « Délégué au vocations ».
En 1961 il est nommé à « Notre Dame des Victoires » à Saint-Pourçain-sur-Sioule dans l’Allier. Il restera 23 ans dans cet établissement d’abord comme enseignant puis comme secrétaire comptable.
En 1984 il se retire à Varennes-sur-Allier dans la maison de retraite des Frères où il passera les dernières années de sa très longue vie.
Pour la biographie détaillée de F. Albert se reporter au livre de F. Louis Hochet : « Un enfant du siècle, Albert Pfleger, 1900-1999 »
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