jeudi 1 juin 2017

Ungersheim, un village toujours en transition (article tiré du Journal La Croix)

Mise en vedette par le film « Qu’est-ce qu’on attend ? », la commune alsacienne continue de lancer des initiatives pour avancer sur la voie de la transition énergétique.

Voir: http://www.la-croix.com/France/Ungersheim-village-toujours-transition-2017-04-26-1200842517

L’imposant camping-car est garé sur la place de la mairie. Il a transporté jusqu’à Ungersheim une visiteuse venue de loin : Marta Isabel Ferreira est ministre de « l’agriculture familiale » de la province argentine de Misiones. Mariée à un Français, elle a profité d’un voyage privé dans l’Hexagone pour faire un crochet par le village alsacien et rencontrer son maire, Jean-Claude Mensch.


 Reconduit sans discontinuer depuis 1989 à la tête de ce bourg de 2 600 âmes situé à 15 kilomètres de Mulhouse, l’élu divers gauche, ex-membre d’Europe Écologie-Les Verts, a l’habitude de ce genre de sollicitations. « J’en ai tout le temps et c’est tant mieux », assure-t-il. Car cet ancien mineur et syndicaliste CGT a beaucoup à dire et à montrer. Il a progressivement transformé sa commune en laboratoire du vivre-autrement dans la perspective de l’après-pétrole.

« L’expérimentation d’un autre modèle »

Ferme solaire, chaufferie au bois, régie agricole, monnaie locale alternative, repas bio, éco-hameau, utilisation d’un cheval pour le transport scolaire… De mandat en mandat, les initiatives se sont multipliées pour réduire la dépendance énergétique et alimentaire d’Ungersheim. « On est vraiment dans l’expérimentation d’un autre modèle, résume l’édile, par ailleurs végétarien assumé et militant antinucléaire. Mais notre engagement est reproductible et adaptable à d’autres territoires. »
Ce caractère exemplaire a été renforcé par le documentaire Qu’est-ce qu’on attend ?, tourné à Ungersheim par la journaliste Marie-Monique Robin. Sorti sur grand écran l’an dernier, le long métrage a mis en lumière les multiples actions locales. Il continue de « tourner » en France, de forums en débats. C’est d’ailleurs parce que Marta Isabel Ferreira connaît la réalisatrice qu’elle est venue jusqu’à Ungersheim.

Quelques panneaux solaires…

La municipalité n’a pourtant rien inventé. Mais elle a su mettre en œuvre à peu près tout ce qui peut exister en matière d’innovation, dans le but d’encourager des comportements plus respectueux de l’environnement. « Ce qui nous distingue, c’est que ce sont des élus qui sont à l’origine de ces initiatives », ajoute Jean-Claude Mensch. Aux citoyens de prendre le relais, comme pour les énergies renouvelables.
La mairie a lancé le mouvement en 2000 en décidant de chauffer la piscine municipale avec des panneaux solaires par souci d’économie. Par la suite, les toits du groupe scolaire, du dojo et du club-house du stade ont été équipés de même. Une chaufferie à bois a également été construite pour alimenter sept bâtiments publics. Désormais, la commune accompagne un groupe d’habitants qui doit créer sa propre installation solaire collective. « Jean-Claude Mensch n’arrête pas, je n’arrive plus à le suivre », dit en riant Xavier Baumgartner.
Cet autre militant antinucléaire dirige Hélios Développements, une société mulhousienne choisie pour lancer et gérer le projet communal le plus spectaculaire : une centrale photo-voltaïque aménagée sur un ex-site minier des potasses d’Alsace, le terril Marie-Louise, en partie situé à Ungersheim. Le maire à la fibre écolo a d’abord préempté les terrains qui relevaient de son pouvoir et que certains voulaient réutiliser pour stocker des déchets. Et il a entraîné ses voisins de Feldkirch et Staffelfelden dans l’aventure.

De la graine à l’assiette

Quant aux voisins allemands, ils ont été sollicités pour apporter les investissements nécessaires. Inaugurée en 2012, l’installation produit aujourd’hui l’équivalent de l’énergie consommée par 10 000 habitants. Les panneaux sont disposés sur 55 bâtiments ou auvents qui peuvent abriter des entreprises. Une quarantaine de salariés y travaillent déjà, d’autres vont suivre, et une nouvelle centrale du même type est en projet sur un autre ancien site minier, le terril Alex.
La filière agricole, baptisée « De la graine à l’assiette », suit la même logique. La mairie a d’abord acheté 8 hectares et les a mis à disposition de l’association Icare, qui a créé les « Jardins du trèfle rouge ». Vingt-cinq maraîchers en contrat d’insertion cultivent une soixantaine de variétés de légumes en bio. « Pour eux, c’est un tremplin », indique Lucile Zwingelstein, une des permanentes de la structure.

La majeure partie de cette production est destinée à être vendue en circuit court, via 250 paniers préparés sur place. Les légumes déclassés sont consommés par les salariés. Certains des topinambours et des carottes finissent aussi dans les estomacs des écoliers, la municipalité ayant décidé de produire des repas 100 % bio – goûters compris – dans sa propre cuisine collective. Laquelle est alimentée par de l’électricité solaire, naturellement…

Des centaines de personnes impliquées

Pour poursuivre dans cette voie, la mairie a créé une régie agricole chargée d’exploiter directement des terres. Dans le même temps, elle a aidé à l’émergence d’une conserverie associative, La Potassine. L’ensemble de cette politique trouvera sa vitrine avec la Maison des natures et des cultures, qui devrait être inaugurée en septembre. Cette ferme conçue en matériaux écologiques abritera les mètres carrés nécessaires aux Jardins du Trèfle rouge et à La Potassine. Elle servira également de lieu de formation et de centre pédagogique.
La mairie va, enfin, mettre d’autres hectares à disposition d’un groupe d’habitants qui veulent se lancer dans l’agriculture à plusieurs. « La partie la plus difficile de la démarche de transition, c’est la participation des citoyens », reconnaît Jean-Claude Mensch. Pour les encourager, des commissions participatives ont été mises en place. Dans les faits, seul un noyau dur d’une cinquantaine de personnes est véritablement mobilisé.
S’y ajoutent les administrés « sensibilisés » : écoliers, utilisateurs de la monnaie locale, le « Radis », membres des associations… « Cela fait des centaines de personnes qui sont impliquées de près ou de loin, reprend le maire. Cela ne signifie pas forcément qu’elles s’engagent, ni qu’ils sont majoritaires. Mais la prise de conscience, elle, est majoritaire. On est élus et réélus. »

Un pari payant politiquement

Aux dernières élections municipales, en 2014, sa liste s’est imposée dès le premier tour, avec 52 % des suffrages dans un secteur qui penche à droite. Arrivée en deuxième­ position du scrutin avec 25 % des voix, Catherine Muller ne trouve d’ailleurs rien à redire sur les choix effectués en matière d’écologie. « On ne peut pas être contre, c’est l’avenir », commente-t-elle.
Cette politique attire aussi de nouveaux habitants, à l’image d’Anne-Catherine Douvenotz. Dans une autre vie, cette Alsacienne de 38 ans habitait un logement « classique » à Colmar. Elle réside depuis juillet dernier dans l’éco-hameau d’Ungersheim avec son époux médecin et leurs deux fillettes. « On a toujours rêvé d’une maison de paille », avoue-t-elle. Conçu avec des matériaux écologiques, son chez-soi à l’ossature en bois est effectivement isolé grâce à de la paille.

Logements verts

L’appartement est ainsi « passif ». Il consomme un minimum d’énergie, comme les huit autres construits à côté. Là aussi, la municipalité a eu un rôle déclencheur. Elle a racheté un domaine qui appartenait à un industriel suisse et l’a revendu en partie à des familles voulant se lancer dans l’autopromotion de ce projet écologique et solidaire. « On est réunis par des valeurs communes », rappelle Anne-Catherine. En contrepartie, il leur a été demandé de signer une charte visant à respecter de grands principes, comme l’utilisation de matériaux durables d’origine locale.
Une nouvelle tranche de logements est dans les cartons, tout comme d’autres chantiers, dont l’ouverture d’une épicerie biologique. L’objectif est toujours le même : proposer un autre modèle, sans passer en force. « Demander des changements, ce n’est pas facile, reconnaît Jean-Claude Mensch. Dès qu’on rend les choses obligatoires, cela donne l’effet inverse. Il faut que le projet soit séduisant, qu’il donne envie. Mais Ungersheim est un village comme les autres, pas une île. » Devant la place de la mairie où est stationné le camping-car, des camions continuent de circuler.

De la potasse au solaire

Des mines de potasse, un minerai utilisé pour produire de l’engrais, ont été exploitées à partir du début du XXe siècle dans la plaine d’Alsace, au nord de Mulhouse. Une vingtaine de puits ont été creusés. L’exploitation s’est terminée en 2002.
Le carreau Rodolphe, situé sur les communes d’Ungersheim et de Pulversheim,
est le principal témoin de cette époque. Rachetées en 1987 par l’Ecomusée d’Alsace et le Conseil général du Haut-Rhin, ses installations minières ont été sauvegardées.
Ungersheim a été retenu en décembre 2016 par le ministère de l’écologie parmi les 93 nouveaux « territoires à énergie positive pour la croissance verte ».
La signature d’une convention avec l’État va permettre à la commune de bénéficier de 1,5 million d’euros d’aides publiques.
Pascal Charrier (à Ungersheim, Haut-Rhin)

 

lundi 27 mars 2017

Les prêtres deviendront-ils des gardiens de musée ?

Dans beaucoup de villages de France, l’Église s’épuise à accomplir ce que ni La Poste, ni la Gendarmerie, ni l’Éducation nationale n’ont accepté de faire : maintenir coûte que coûte une présence. Celle-ci ressemble le plus souvent à une vitrine vide. Sous le vieux clocher qui sonne encore l’angelus trois fois par jour, il n’y a plus grand chose : parfois un mariage, plus souvent un enterrement (sans messe), rarement l’eucharistie. Cela fait déjà plusieurs années que « la vieille dame qui avait les clés de l’église » est morte. Les derniers à lui avoir demandé d’y accéder pour y faire une courte prière étaient des scouts en exploration. Depuis, la clé se trouve à la mairie.

Propriétaire et affectataire

La mairie, justement, ne sait plus très bien quoi faire. La République a eu l’idée de confisquer les églises : la malheureuse ! La voilà propriétaire de plus de 40.000 édifices et l’entretien de l’église pèse très lourd dans le budget de nombreuses petites communes. Pour rentabiliser ce lieu, le Conseil municipal a bien proposé que des concerts et des expositions soient organisés : l’église serait pleine, pour une fois ! Mais l’affectataire, c’est-à-dire le curé, doit encore donner son feu vert. Or, il ne le fait pas systématiquement, car les événements proposés ne respectent pas toujours le caractère sacré du lieu où sont parfois clairement antichrétiens. Certains maires menacent et fustigent : pourquoi devraient-ils considérer l’église comme un lieu de culte alors que, justement, il n’y a (presque) plus de culte ? 

La désaffectation d’un édifice religieux est une procédure bien définie. En cas de non-célébration du culte pendant plus de six mois ou de délabrement avancé, le maire peut seulement alerter le préfet qui, par arrêté et après accord écrit de l'évêque, prononcera la désaffectation. Libre alors au maire d’en faire un loft, une salle de concert ou bien de la démolir. C’est un crève-cœur pour les paroissiens, mais pas seulement. Beaucoup d’habitants interprètent la destruction du clocher comme la fin symbolique d’une foi qu’ils n’ont plus mais qui faisait, inconsciemment, leur identité.

Trop c’est trop

Le plafond de l’une de mes vingt églises vient de s’effondrer : je n’ai pu m’empêcher de pousser un « ouf » de soulagement. Une de moins ! Nous en sommes là. Il faut dire courageusement la vérité : beaucoup de curés en ont plus qu’assez. Sont-ils envoyés vers des pierres ou vers des cœurs ? Deviendront-ils des gardiens de musée ? Quand vont-ils enfin faire de l’évangélisation et arrêter de courir ? Dans leur paroisse, il y a un seul supermarché, pas quarante. Quel sens cela a-t-il de faire cinquante kilomètres pour célébrer la messe à une assistance de vingt-cinq personnes dont vingt-trois ne sont pas du village ? La pastorale de l’éclatement s’apparente à un acharnement thérapeutique. Il faut avoir le courage de reconnaître l’absurdité de desservir des clochers jusqu’à l’épuisement.

Le dimanche doit pouvoir rassembler toute la communauté chrétienne, dans sa diversité et ses richesses, en un lieu unique où coulerait la source eucharistique. Ni plus ni moins qu’un sanctuaire vers lequel on viendrait pour boire à la source, reprendre des forces et se rassembler pour vivre l’essentiel. Un covoiturage devrait être mis en place. À proximité immédiate du sanctuaire, une cité paroissiale fonctionnelle accueillerait de multiples activités pour un dimanche bien rempli : catéchèse, activités pour les enfants, repas, messe, jeux, conférence et pourquoi pas les vêpres ? Avant que les paroisses n’existent, on affluait vers les monastères et les cathédrales, ces pôles rayonnants où soufflait l’Esprit ; c’est ainsi que nos ancêtres ont évangélisé la France.

L’enjeu est de taille : voulons-nous gérer la pénurie, être les administrateurs d’un patrimoine de plus en plus lourd, ou bien redécouvrir la créativité missionnaire des évangélisateurs ? Faut-il inexorablement fermer boutique sans même réfléchir à demain ? Pourquoi n’organisons-nous pas des tournées missionnaires ? Pourquoi n’essayons-nous pas non plus de faire venir des prêtres et des religieux « différents », issus par exemple des communautés nouvelles ou traditionnelles ? Face à l’urgence, est-il encore temps de défendre nos prés carrés ? Ne sommes-nous pas tous serviteurs de la même évangélisation ? Quel avenir pour nos églises ? Toutes ces questions ne sont pas nouvelles : depuis l’article « L’eau monte » du père Jean-Louis Blaise qui décrivait (en 2001) la diminution du nombre de prêtres sans réduction de la pastorale, à Monsieur le curé fait sa crise de Jean Mercier (2016), en passant par Quel avenir pour nos paroisses ? du père Montoux (2011), on voit bien que cette problématique est récurrente et ancienne. Pourquoi est-ce si difficile d’en parler publiquement et paisiblement ? Et pourquoi n’avons-nous pas de réponses à nos questions ?

Pierre Amar, prêtre depuis 15 ans, l’un des co-fondateurs du Padreblog, et auteur de Internet, le nouveau presbytère (Artège, 2016). 
cf: http://www.lavie.fr/actualite/billets/les-pretres-deviendront-ils-des-gardiens-de-musee-07-03-2017-80426_288.php

lundi 13 février 2017

L’appel à devenir prêtre … doit-il faire peur ?

Certains envisagent parfois « l’appel à devenir prêtre de façon très négative, uniquement sous l’angle du sacrifice. On comprend alors qu’elle puisse faire peur à un garçon doué, plein de charismes et de talents. » Le Père Pierre-Hervé GROSJEAN explique qu’il s’agit là d’une « idée absurde mais qui fait beaucoup de mal »

dimanche 13 novembre 2016

Marcellin Champagnat, le fondateur des Frères Maristes.


C’est cet homme de notre région qui, avec d'autres Lyonnais, a voulu rechristianiser notre pays au début du XIXème siècle. L'Eglise de France ressortait alors meurtrie après la Révolution de 1789. Parlons seulement de la région lyonnaise car il y eut beaucoup d'autres foyers de renouveau dans notre pays.

Né en 1789

C'est à Marlhes, sur le plateau du mont Pilat, que Marcellin Champagnat vient au monde, en 1789, l'année même où commence la Révolution. Sans être vraiment révolutionnaire son père, petit agriculteur, était ouvert aux idées nouvelles véhiculées par la Révolution.
Des prêtres du grand diocèse de Lyon parcouraient les campagnes à la recherche de candidats au sacerdoce. Marcellin accepta avec hésitation d'entrer dans cette voie en ignorant sans doute les difficultés qui l'attendaient. Son parcours pour devenir prêtre rappelle celui du curé d'Ars son aîné de quelques années (1786-1859). Les études furent très difficiles pour Marcellin. Il connut le découragement. Mais il avait une mère qui le soutint. Ils allèrent ensemble à la Louvesc, pas si loin de Marlhes, et il reprit courage.

La promesse de Fourvière

Ces premiers obstacles franchis on le retrouve à Fourvière avec d'autres jeunes prêtres, pleins de zèle. Ils ambitionnent de fonder une société qui appelleront "La Société de Marie" comprenant des prêtres, des sœurs, des frères et des laïcs. Marcellin, choisit de s'occuper de la branche des Frères. Ordonné prêtre en 1816 il est nommé à La Valla-en-Gier, une paroisse de montagne au sud de St-Chamond. A peine arrivé il met à exécution la résolution prise à Fourvière. On était en janvier 1817.

Les atouts de ce fondateur

Marcellin était un homme sans prétentions mais doué d'une volonté de fer. Ses confrères prêtres disaient plutôt que c'était un entêté! Mais c'était aussi un mystique, un amoureux de la Vierge Marie. Sans beaucoup d'argent ni de puissants appuis ce "vicaire paysan" se lance dans une grande aventure qui le mènera bien plus loin qu'il aurait imaginé. Persuadé qu'il fait la volonté de Dieu il n'hésite pas à "sortir des sentiers battus". Il quitte son presbytère pour habiter avec ses premiers frères et se "fait maçon" pour construire une grande maison dans la vallée du Gier. Elle deviendra ce "Notre Dame de l'Hermitage" qui continue de rayonner aujourd'hui.


Marcellin ne manquait pas d'atouts. Son courage, son audace étaient servis par un sens pratique peu commun et surtout il était "adoré" de ses Frères, issus du même milieu que lui. Son œuvre va se développer de manière inattendue et miraculeuse. Les épreuves ne seront pas épargnées au courageux vicaire. Peu de soutien du côté du diocèse de Lyon au début au moins. Pire que cela l'un des jeunes prêtres qui était monté à Fourvière avec lui en 1816 essaiera de l'écarter et de s'imposer à l'Hermitage quand Marcellin était malade. Les autorités administratives ne lui font guère confiance non plus. Toutes ses démarches pour faire approuver et reconnaître sa congrégation resteront vaines.

"Si la grain ne meurt..."

Quand Marcellin Champagnat, épuisé par le travail, les épreuves, la maladie quitte ce monde à 51 ans en 1840 on ne donne pas cher de son œuvre. Mais était-ce vraiment la sienne ou celle de Dieu? Ce qu'il laissait de plus précieux à ses frères c'est un esprit. Que de chemin parcouru depuis 1817! Les Frères Maristes d'aujourd'hui voudraient continuer à vivre de cet esprit.
fr Bernard Méha


vendredi 4 novembre 2016

"J'ai quitté ma loge pour le Christ"

Cet article est extrait de la revue LA VIE du 13 octobre 2016
(Voir le lien indiqué à la fin du texte)

Après vingt années passées dans la franc-maçonnerie, Christophe Flipo a découvert le Christ. Et fait ses adieux à ses frères maçons. Désormais convaincu que seul Dieu propose un vrai chemin de bonheur. 





« C'est un chemin progressif qui m'a amené à quitter la franc-maçonnerie
La conversion d'un couple d'amis, Cyrille et Virginie, à Rocamadour, nous a mis en route, Frédérique, mon épouse, et moi, en 2011. Là-bas, nous avons rencontré des chrétiens au service des pèlerins et des touristes. En discutant avec eux, en voyant notamment ces jeunes croyants épanouis, en écoutant les enseignements du recteur du sanctuaire qui nous a accompagnés dans ce cheminement, en appréciant la liturgie du lieu, nous avons vécu un véritable bouleversement. Ce sont les chrétiens et l'Église qui nous ont convertis, par l'exemple. Je ne doute pas que Dieu nous parle à travers les hommes.
Comme la plupart des frères, je suis entré en maçonnerie par hasard.
Un ami, un jour, vous propose de le rejoindre dans une association d'hommes « cherchants »... Cette idée m'a séduit car j'étais en quête de sens et je pensais que toutes les voies étaient bonnes à prendre pour rechercher la cause première du monde. Mais ma rencontre avec Dieu est venue tout chambouler. En m'affirmant chrétien, j'ai compris que je n'avais plus de raison de m'incliner devant des objets ou de faire des prières à un dieu générique sans consistance, de suivre ces rites qui ressemblent à une messe mais sans la Présence... 
La franc-maçonnerie ne dit pas de mal de l'Église 
Je parle de la loge déiste que je fréquentais – et les rituels sont d'origine biblique, mais elle y ajoute des traditions païennes qui nivellent toute conviction. Tout se vaut. La dérive pour moi, c'est le syncrétisme (système philosophique ou religieux qui tend à faire fusionner des doctrines différentes). Alors que la foi chrétienne, elle, s'en remet à Dieu et à la rédemption pour que l'homme s'accomplisse, chez les maçons, l'homme va chercher son état parfait, « adamique », à partir d'une connaissance : c'est le principe de la gnose, hérésie d'origine grecque.
Un jour Frédérique m'a demandé de quitter la franc-maçonnerie, 
ou plutôt redemandé ; ça a été le déclic : le Ciel me mettait face à un choix. Quatre jours après, j'expliquais à mes frères les raisons de ma démission. L'incompréhension fut totale, car j'étais un maçon très investi. Tout au long des années, cet engagement avait pris une place grandissante dans ma vie. J'étudiais passionnément. Mais je vivais cela seul, en écartant Frédérique : c'est difficile de partager ce que l'on reçoit d'une loge maçonnique, c'est comme décrire un film dans le détail, c'est plutôt barbant pour celui qui écoute... D'ailleurs, je lui en parlais de moins en moins. Le projet spirituel de notre mariage s'éteignait peu à peu. Lorsque Frédérique m'a demandé de quitter la maçonnerie, j'ai compris que j'avais été un conjoint défaillant. Ma dernière « planche » (travail que l'adepte présente à ses frères franc-maçons) aura été ma lettre de démission...

Au maçon et son secret, je préfère le chrétien qui se met en pleine lumière.

En quittant le groupe, j'ai cessé d'exister aux yeux de mes frères. 
C'est une fraternité qui manque de profondeur. Je l'avais déjà constaté, notamment lorsqu'un frère était malade ou absent, et que personne ne se souciait de savoir ce qui se passait, mais je m'en aperçois encore plus aujourd'hui. Mon premier livre témoigne de notre conversion, il interroge indirectement le maçon sur le sens de l'édifice maçonnique et sur le conjoint laissé sur le bord du chemin. En parlant du couple, je pensais pouvoir peut-être toucher mes frères... Mais, après la parution de mon livre, la Meilleure Part, en 2015, je n'ai eu aucun retour, même négatif. Sans doute parce que, même si je reste respectueux de mon expérience passée, je démystifie ces rites que l'on prend trop au sérieux.
Aujourd'hui, je m'ouvre, je fais des rencontres enrichissantes
 la maçonnerie est un cercle fermé. Elle flatte l'ego, on fait partie des élus, on passe de bonnes soirées mais c'est peu fécond. Pour autant, je ne regrette pas ces années qui m'ont construit, l'édifice est bien conçu, passionnant à étudier, et cela m'a conduit là où j'en suis aujourd'hui. Je me suis interrogé sur le sens de la vie, car j'étais dans une loge déiste, donc spirituelle, et non dans la maçonnerie de réseau, plus présente dans les loges politiques... Mais en tant que chrétien, il me paraît évident que je n'avais pas à poursuivre dans cette voie. Aujourd'hui, heureux de recevoir la joie des sacrements, pourquoi retournerais-je dans un théâtre où l'on se contente de faire semblant ? Pour moi, il y a une réelle incompatibilité entre foi et franc-maçonnerie.
Je suis heureux et fier d'être chrétien, j'ai vraiment de la chance 
j'ai eu beaucoup de grâces sur ma route, j'ai vu beaucoup de signes... À plusieurs reprises, j'ai été touché par une parole d'Évangile. J'ai constaté que Dieu vient à nous et qu'on n'a pas trop besoin d'aller le chercher... La maçonnerie ne me manque pas. Au maçon et son secret, je préfère le chrétien qui se met en pleine lumière. 
Je me suis rapproché de mon épouse, 
et nos enfants prennent avec le sourire notre conversion car ils voient que nous sommes plus heureux. La foi chrétienne propose un programme de bonheur ; pour y parvenir, on s'en remet à Quelqu'un qui accorde à chacun de nous une valeur infinie, qui nous aime et nous invite à aimer. J'ai réalisé ce qu'était la joie du partage : si l'autre est digne d'être aimé de Dieu, pourquoi ne l'aimerais-je pas, moi aussi ? Frédérique et moi, nous avançons désormais ensemble sur notre chemin de foi, en paroisse et chez les Dominicains, où nous avons intégré une fraternité. Et la communion est une vraie joie pour moi. »



lundi 8 août 2016

Combattre le terrorisme sans oublier que la violence habite aussi en nous

Une onde de solidarité a gagné la France


Après le meurtre abject du père Jacques Hamel, et contrairement à ce que l’on pouvait redouter, une onde de solidarité a gagné la France. Des chrétiens, des musulmans, des juifs et des athées se sont réunis dans le chagrin.

 La violence habite nos sociétés 

Mais nous n’en sommes pas quittes pour autant avec la violence qui habite nos sociétés. Pensons à celle qui hante l’école, à l’insécurité de certains quartiers ou des transports en commun, à la délinquance adolescente, aux brutalités domestiques ou aux incivilités de toute sorte. Sans parler de la violence dans les médias.  
Il faut une longue sédimentation de générations, maintes décennies, pour constituer en quelque sorte des types humains ayant intériorisé une acceptation spontanée de la règle commune. Or ce passage de relais semble aujourd’hui grippé.

 On a dissipé un capital éducatif accumulé au cours des siècles 

On en connaît les raisons : crise de la famille, de l’école, des grandes cultures intégratrices, etc. Après avoir fait si longtemps l’éloge de la transgression, de l’individualisme, du cynisme, à force d’avoir chanté sur tous les tons le refus des règles, des contraintes et des vertus civiques, on a dissipé un capital éducatif accumulé au cours des siècles. Il s’agit de le reconstituer.
Il faut combattre le terrorisme, mais sans oublier que la violence n’est pas seulement le fait de quelques « tueurs ». Virtuellement, elle habite aussi chacun d’entre nous. 
Jean-Claude Guillebaud dans LA VIE (4-11 août 2016)



La génération du père Jacques Hamel

La génération du père Jacques Hamel

La génération du père Jacques Hamel est, à peu de choses près, celle du pape actuel. Elle a tenu avec une fidélité humble, traversant un long demi-siècle de bouleversements culturels et cultuels. À vue humaine, elle n’a pas toujours recueilli les fruits escomptés. Or, justement, on commence à discerner combien l’Esprit chemine. 
L’Église de multitude a fait place à une Église de convertis. La parole a été transmise, comme qui dirait, de grand-père à petit-fils. Au fond, au-delà des nombres et des modes, rien d’essentiel ne change jamais. Servir le pauvre ; aimer, pardonner, donner sa vie ; tomber et se relever ; se rassembler, prier et célébrer autour du corps et du sang livrés… le message du Christ demeure. Au quotidien comme dans les grandes circonstances, il reste aussi simple que difficile à suivre. Parfois jusqu’au martyre.

La génération « catho ++ »
Les JMJistes catéchisés par François à Cracovie prendront le relais de serviteurs entrés dans la joie de leur maître. À l’appel du pape François, ils jetteront des ponts et abattront les murs. Ils annonceront la bonne nouvelle de la miséricorde. Certains donneront leur vie.
Entre la génération « catho ++ » et les têtes vidées du djihadisme, en revanche, le fossé semble impossible à combler. Comment, dans un même pays, dans une même époque, une même culture, deux logiques à ce point opposées peuvent-elles œuvrer ? Cette double réalité, manifestée au même moment, a quelque chose de vertigineux. 
Mais en refusant l’idée d’une guerre des religions, ou même de dédouaner les catholiques de toute pulsion violente, le pape François, une nouvelle fois, a renvoyé chacun à une vérité en apparence discutable, difficile à admettre, mais universelle : l’attrait pour le mal fait partie de l’énigme humaine. 
Jean-Pierre DENIS dans LA VIE (4-11 août 2016)