dimanche 21 janvier 2018

Plus encore que le péché, la corruption tient une place non négligeable dans la société : il suffit de lire les journaux…

"La corruption n’est pas une action, mais un état, un état personnel et social, dans lequel on prend l’habitude de vivre. Le corrompu est tellement enfermé dans sa suffisance, et satisfait de celle-ci, qu’il ne se laisse toucher par rien ni par personne. Il a construit une estime de soi basée sur des comportements frauduleux : il passe sa vie dans les chemins de traverse de l’opportunisme, au prix de sa propre dignité et de celle des autres. Le corrompu a toujours la tête de quelqu’un qui dit : « Ce n’est pas moi qui ai fait ça ! » C’est ce que ma grand-mère appelait « faire la sainte-nitouche ».
Le corrompu est celui qui s’indigne parce qu’on lui a volé son portefeuille, et qui se plaint de l’insécurité dans les rues ; mais ensuite, il escroque l’État en pratiquant l’évasion fiscale, ou bien il licencie ses employés tous les trois mois pour éviter de les embaucher en contrat à durée indéterminée, ou les exploite en les faisant travailler au noir. Après quoi, il se vante de ces prouesses devant ses amis. C’est celui qui va peut-être à la messe tous les dimanches, mais qui utilise son pouvoir sans vergogne, en exigeant le paiement de pots-de-vin.


La corruption fait perdre la pudeur qui, elle, cache la vérité, la bonté, la beauté. Souvent, le corrompu ne se rend même pas compte de son état, de même que celui qui a mauvaise haleine l’ignore. Et il n’est pas facile pour le corrompu de sortir de cet état grâce au remords. Généralement, le Seigneur le sauve à travers les grandes épreuves de la vie, des situations inévitables qui brisent la coquille qu’il s’est construite peu à peu, permettant ainsi à la grâce d’entrer."

(Pape François, Le nom de Dieu est miséricorde, Robert Laffont, p.104)

mardi 16 janvier 2018

CHILI, témoignage: des coopérants venant de la région lyonnaise

Diane et Louis et leurs petits enfants, sont venus, comme volontaires, à Santiago du Chili. Ils servent comme volontaires dans une Fondation qui accompagne des migrants venant de toute l'Amérique Latine et au-delà.
"Louis et Diane ont quitté leur maison dans la campagne lyonnaise pour vivre dans un petit appartement de 30 m2". 


lundi 8 janvier 2018

En guise d’introduction pour la présentation du site internet de la paroisse

"Par toute la terre s'en va leur message et la Bonne Nouvelle aux limites du monde" (Fête des saints Pierre et Paul - 29 juin)

Le rêve des apôtres du Christ: faire entendre le message évangélique à la terre entière est en passe de se réaliser! Pendant des siècles les prédicateurs ne pouvaient se faire entendre au-delà d'un auditoire restreint.

Puis il y eut l'invention de l'imprimerie, un véritable révolution. On sait à quel point les écrits se sont multipliés. Auparavant on avait des manuscrits mais ils étaient réservés à un petit nombre de personnes.

Avons-nous bien conscience que nous venons de vivre une nouvelle révolution plus importante encore que celle de l'imprimerie? Désormais, grâce à internet, nous disposons d'un moyen pour entrer en contact, à tout moment, avec la terre entière. Il suffit pour cela de relier son ordinateur à tous ceux de la planète. Il devient ainsi un maillon de ce gigantesque réseau qu'on appelle internet ou le web, d'un mot anglais qui signifie toile d'araignée. 

Mais il ne faut pas oublier qu'internet n'est qu'un outil dont on peut tirer le meilleur ou le pire. L'outil est neutre. Certains s'en serviront pour semer la discorde, d'autres, au contraire le mettront au service du bien. A chacun de choisir. Quelle attitude faut-il adopter? Certains ne veulent rien savoir de ce nouvel outil. Pour eux c'est une invention du diable. Ils oublient qu'en désertant le champ de bataille ils font le jeu de l'ennemi. Heureusement ce n'est pas l'attitude adoptée par tous ceux qui veulent travailler au règne de Dieu. La présence des chrétiens sur internet est importante. Celle des musulmans plus grande encore dit-on.

Mais passons aux choses concrètes. A quoi sert le site internet de notre paroisse? En premier lieu c'est là que vous trouverez les informations dont vous aurez besoin. Celles-ci pourront être mises à jour facilement, ce qui n'est guère possible avec le bulletin paroissial. Vous y trouverez des annonces, le compte-rendu de certains évènements illustré par des photos, des diaporamas, parfois  des vidéos. Mais on peut aller bien plus loin.

Votre site internet fonctionne comme un porte d'entrée qui donne accès à toutes les richesses du web. Si vous voulez nourrir votre foi vous serez aiguillés vers des sites spécialisés. Les propositions sont innombrables. On trouve des prières, des témoignages, et même un accompagnement pour faire une retraite de carême tout en restant chez soi. Certaines personnes désireuses de se former ont entrepris de le faire tout en restant chez eux grâce à internet.

En conclusion peut-on dire que "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes"? Nullement. Suivons le conseil évangélique: Soyons "simples comme des colombes mais prudents comme des serpents". Les pièges sont nombreux quand on navigue sur internet. On côtoie des propositions qui flattent nos bas instincts, d'autres qui en veulent à notre porte-monnaie, etc.

Pour tirer le meilleur parti de ce monde nouveau qu'on qualifie parfois de sixième continent il faut constamment garder son esprit critique en éveil. C'est bien là l'un des grands défis qui se posent à notre jeunesse.

lundi 4 décembre 2017

A propos des Parcours Alpha

Le Parcours Alpha est une série de repas conviviaux, ouverts à tous, où chacun peut venir s’interroger et échanger, avec d’autres, sur le sens et les questions essentielles de la vie. Les parcours proposés par Alpha sont centrés sur la découverte de la foi chrétienne : Alpha Classic, Alpha Jeunes, Alpha Campus, Alpha Pro, Alpha Prison, Alpha Pro et d’autres sur la construction et la consolidation de la famille : Parcours Couple, Parcours Duo, Parcours Parents.
Un Parcours Alpha est toujours proposé en lien avec une paroisse ou une église, au sein d’une communauté chrétienne locale, en accord avec le curé ou le pasteur et sous son autorité. En 2017, environ 32 000 personnes ont suivi l’un de ces parcours, organisés et animés par un réseau de 9 000 bénévoles.

L’association a aussi développé, en partenariat avec l’association Talenthéo, un parcours intitulé « Des Pasteurs selon mon Cœur » qui prépare des prêtres au gouvernement de leur communauté paroissiale, dans une nouvelle dynamique de croissance de l’Eglise : près de 800 prêtres ont déjà suivi ce parcours en France. Un parcours similaire « Pasteurs Leaders » est également proposé pour les pasteurs.

L’association Cours Alpha France

C’est une association Loi 1901 dont la finalité est d’être un outil au service des paroisses et des églises en France, grâce à la générosité de ses donateurs. Une équipe nationale d’une quinzaine de permanents ainsi que des équipes régionales bénévoles, couvrant tous les départements, les aident à mettre en place et à développer les parcours au niveau local. Ces équipes travaillent notamment à la publication de ressources pédagogiques, de supports de communication, et à la formation des bénévoles lors des rencontres Alpha.
Le conseil d'administration
(source: "Alpha France" <contact@parcoursalpha.fr> 23 novembre 2017)

Le parcours de foi d'une victime d'un prêtre pédophile pour retrouver Dieu

Voir: http://www.lavie.fr/spiritualite/temoins/le-parcours-de-foi-d-une-victime-d-un-pretre-pedophile-pour-retrouver-dieu-19-04-2017-81524_688.php

Parce qu'elle a subi l'agression répétée d'un homme d'Église, Véronique Garnier a vacillé dans sa foi. Elle nous raconte comment, sans perdre de vue ni Jésus ni l'Esprit saint, elle renoue petit à petit avec Dieu.



C'était il y a cinq ans.

Tremblante, j'entrai dans le bureau de Jacques Blaquart, l'évêque de ma ville, Orléans. La femme d'une cinquantaine d'années que j'étais se répétait que tout irait bien ; la fillette de 13 ans et demi que j'ai été me criait de sortir, qu'être seule avec un prêtre était dangereux. Je lui ai vite exposé la raison de ma visite : « Je viens pour essayer de me réconcilier avec l'Église. » Son large sourire du début de notre entretien a fait place à un visage grave. « Enfant, j'ai été abusée par un prêtre. » J'ai lu la douleur sur ses traits. Il était la première personne de l'Église qui ne restait pas de marbre, ou gênée, face à mes paroles. Sa sensibilité m'a touchée. Depuis, son accompagnement et son écoute me réparent.

L'abus sexuel est une explosion intérieure 

Au-delà de la blessure physique et psychique, c'est ma vie spirituelle qui a éclaté. Je vis avec une foi abîmée depuis ce 20 avril 1975, où un homme qui célébrait la messe, qui sanctifiait les offrandes de ses mains, a posé ces mêmes mains sur moi alors que j'avais un peu plus de 13 ans. Ce prêtre, par ses gestes, a sali les sacrements qu'il a pu me donner et a volé ma relation à Dieu. À 15 ans, je lui ai imposé de ne plus me toucher. Plus tard, étudiante, m'est venue une question : voulais-je encore être chrétienne ? J'ai choisi d'avoir une vie de foi pleine et entière, mais je ne me suis plus retrouvée dans l'Église.

L'Esprit saint m'a guidée 

Je l'ai découvert dans la communauté du Chemin neuf, que j'ai commencé à côtoyer à Lyon en 1982. Je venais pour suivre une formation de trois mois, j'y suis restée 30 ans. J'y ai rencontré mon mari, et nous avons longtemps vécu en « fraternité de vie » avec d'autres familles. Nous avons eu huit enfants, et j'ai beaucoup aimé m'occuper d'eux. Je vivais pleinement mon rôle de mère au foyer, heureuse, alors qu'une partie de moi était morte, ensevelie.

Par miracle, je n'ai jamais cessé de prier Jésus


On dit que la Trinité, ce n'est pas découper Dieu en trois ; pourtant, cette séparation entre Dieu, Jésus et l'Esprit saint a été mon salut. En colère contre le Père, j'ai gardé le Christ près de moi. Même dans les années de doute – notamment quand, en 2009, je n'ai plus trouvé ma place au Chemin neuf ou, en 2010, quand les scandales de pédophilie dans l'Église ont fait remonter mon traumatisme –, j'ai continué à aller à la messe le dimanche. Souvent, je me tenais au fond de l'église, sans pouvoir ni parler ni chanter. Je ne désirais que recevoir l'hostie. Jésus était alors en moi, c'était un acte, je le voyais. Les paroles autour ne me rejoignaient plus, je ne les croyais plus. Mon tourment était permanent : la confiance étant rompue envers les prêtres, je craignais que la célébration ne soit que du théâtre, et que Jésus me soit « volé » sans que je le sache.

Mon chemin est long, pourtant il est extraordinaire

L'impossible s'y produit. La transformation, presque miraculeuse, s'opère jusque dans mon lien à Jésus. Longtemps, à Pâques, je descendais aux enfers avec Lui. Je le rejoignais dans sa souffrance, je le suivais sur son chemin de croix. Mais la Résurrection était pour le fils de Dieu, pas pour moi... Il y a trois ans, à mi-parcours dans mon travail spirituel avec Mgr Blaquart, lors de la lecture de la Passion, j'ai senti que Jésus s'est approché de moi, est descendu dans mon abîme, a partagé ma souffrance. Alors seulement j'ai compris qu'il venait, Lui, me relever. Ce 20 avril, 39 ans jour pour jour après que ma vie eut basculé, j'ai été bouleversée : la mort, inscrite en moi, était entraînée dans la Résurrection.

Dans mon histoire, la relation à Dieu comme Père a été la plus abîmée

Enfant, on m'a appris que Dieu était tout-puissant et qu'Il m'aimait. J'ai prié pour que le cauchemar cesse, mais ça ne s'arrêtait pas. Je comprends aujourd'hui que Dieu nous a créés libres et que si l'on veut faire le bien, alors Il est tout-puissant ; sinon, Il perd tout pouvoir face au choix de l'homme de faire le mal. Je me suis sentie abandonnée par Dieu si longtemps que revenir à Lui n'est pas facile. Si je me suis toujours confessée régulièrement, par devoir, je ne me suis plus confiée à partir du jour où un prêtre m'a refusé l'absolution quand j'ai laissé éclater ma colère contre Dieu. Aujourd'hui, en me laissant exprimer ma douleur envers le Père, Jacques Blaquart me permet de renouer une relation avec Lui. En m'écoutant, sans me juger, il m'offre la possibilité d'entrer dans une démarche de pardon avec Dieu.
Depuis que j'ai commencé à être ressuscitée, je me « réapproprie » la Parole de Dieu, c'est-à-dire que je la rends propre.

Aimant la prière ignatienne, je lis la Bible tous les matins

Elle est un appui fort. Depuis que j'ai commencé à être ressuscitée, je me la « réapproprie », c'est-à-dire que je la rends propre, et je la fais mienne de nouveau. La Parole de Dieu porte en elle les clés de mes avancées. Dernièrement, un texte d'Isaïe m'a fendu le cœur. Dieu parle au peuple et lui dit : « Un court instant, je t'ai abandonné, mais dans ma grande tendresse, je te rassemblerai. » J'ai lu des dizaines de fois ces mots et, l'an dernier, c'était comme si j'entendais une ouverture au dialogue de la part de Dieu envers moi, une promesse.

La parole – tout comme la Parole – libère réellement

Comme beaucoup de victimes d'un prêtre, j'ai écrit à Rome. J'ai raconté la profondeur de la veillée de demande de pardon et de réparation organisée avec l'évêque Blaquart et d'autres victimes en octobre 2016. Ce jour-là, mes larmes ont coulé avec celles de personnes de l'Église, nous avons dépassé les paroles creuses. Ensemble, ces pleurs ont lavé le passé et sont féconds pour l'avenir.
Rome m'a répondu en écho à ces larmes, par une invitation à regarder celles de Jésus au tombeau de Lazare. Cette lettre m'a rappelé combien je me suis sentie dans ce tombeau, mais aussi qu'il est entouré de personnes qui proclament, en voyant Jésus : « Voyez comme il l'aimait. » Alors, un peu comme Lazare, je suis en train d'être relevée de la prison de mon passé. Parfois, lorsque, avec Jacques Blaquart, j'exprime ma souffrance, il me confie que cela lui est douloureux. Je souris et je lui réponds : « Alors, peut-être êtes-vous vraiment mon prochain ? » Alors peut-être, par sa considération envers moi, je peux dire que je redeviens enfant de Dieu.
Propos recueillis par Sophie Lebrun publié le 19/04/2017

lundi 20 novembre 2017

Découvrir l'islam

« L’Islam ne s’est pas contenté de régner sur un vaste empire qui enfermait les chrétiens en Europe. Il ne se nourrissait pas seulement des trafics marchands à travers l’Asie, l’Afrique et l’Espagne.
Il brillait aussi de tous les feux de la culture, ayant retrouvé en Syrie et en Iran, les traductions des grands auteurs de l’Antiquité classique. Juifs et chrétiens enseignaient dans les universités aux côté des musulmans, à Bagdad comme à Cordoue et à Tolède. C’est même sur la base des grands livres encyclopédiques des maîtres musulmans que la scolastique chrétienne prit son essor à partir du XIII° siècle. » (Jean Boisonnat, Dieu et l'Europe, p. 24)


Pour connaître l’islam on peut écouter l’une des conférences du Père François Varillon qui sait mettre l’essentiel en lumière.

Première partie: Le Dieu de la Bible, Dieu du Judaïsme, du  Christianisme et de l'islam


Deuxième partie: l'islam et l'incarnation



Troisième partie: Découvrir le CORAN


Quatrième partie: Le CORAN (suite)


Cinquième partie: Le CORAN ET LA BIBLE


Sixième partie: Dialogue nécessaire en évitant le compromis facile









vendredi 17 novembre 2017

Les non-pratiquants, des fidèles comme les autres ?

(article paru dans LA VIE, du 9 novembre 2017. Interview de Valérie Le Chevalier pour son livre: "Ces fidèles qui ne pratiquent pas assez... Quelle place dans l'Eglise? Lessius)
Valérie Le Chevalier est chargée de deux cycles de formation au Centre Sèvres à Paris et animatrice en pastorale scolaire.
Pourquoi vous êtes-vous intéressée aux fidèles non pratiquants ?
Lors de mon travail pastoral dans des établissements scolaires, j'ai préparé des confirmations, des professions de foi, des baptêmes... Et je me suis rendu compte que je ne croyais pas souvent à la sincérité des demandeurs. Du coup, je me posais comme censeur de la légitimité de leur demande, jugeant leur foi à l'aune de leur pratique.
Mais qui suis-je pour estimer qu'un enfant n'est pas sincère ? Qui empêche qu'il soit baptisé ? Et puis, on m'a dit à plusieurs reprises que je ne pouvais pas faire un travail de théologie sur les non-pratiquants, car la question relevait de la sociologie.
Comment expliquez-vous ce désintérêt théologique ?
Je crois qu'il est assez coûteux d'admettre que le statut des laïcs et leur foi ne sont pas uniquement liés à la pratique. Leur foi n'est pas reconnue dans sa spécificité, mais calée sur le format du religieux. En accentuant le trait, on peut dire que le laïc, s'il n'est pas observant comme un religieux, n'est rien. Au XIIe siècle, le décret de Gratien (corpus de textes juridiques ecclésiaux, base du droit catholique jusqu'au Code de droit canonique de 1917) a défini trois statuts bien distincts : clercs, religieux et laïcs. Un peu plus tard, au XIIIe siècle, le IVe concile de Latran a fixé que chaque fidèle devait « faire ses Pâques » chaque année, la communion étant devenue à cette époque quasiment impossible, voire interdite pour les simples fidèles. L'histoire de l'Église nous enseigne que les laïcs ont toujours eu un statut considéré comme incomplet. 
Que disent les Évangiles des diverses catégories de fidèles ?
Jésus mène une stratégie de transmission. Pour annoncer le Royaume, il lui faut des ouvriers spécifiques, qu'il met en responsabilité : les disciples et, parmi eux, les apôtres (ceux qui sont avec lui lors de la Cène). Jésus appelle les disciples – « Viens, suis-moi » – qui portent la foi à l'interface avec la société.
Ensuite viennent les foules, en qui on peut voir les baptisés d'aujourd'hui qui continuent à demander à l'Église une offre de salut. Jésus dit à plusieurs personnes qu'il a guéries ou pardonnées : « Va. Rentre chez toi, ta foi t'a sauvé. » La rencontre a porté du fruit, bien que ces anonymes ne soient pas devenus des « disciples », puisqu'ils ont témoigné. Ils font penser aux baptisés éloignés de l'Église.
Pour vous, c'est donc le baptême qui fait le fidèle ?
La foi ne doit pas être quantifiée par des statistiques et tout baptisé reste nécessaire à l'annonce du Royaume. Le simple baptisé est fertile, au moins potentiellement, car incorporé au corps du Christ. Si l'on considère que, par le baptême, Dieu fait alliance avec une personne, alors on ne peut pas imaginer que cette alliance ne continue pas de travailler en elle, ou alors c'est la puissance même de Dieu qu'on met en doute. Penser qu'en l'absence de pratique un baptême est perdu relève de la méconnaissance de la définition du sacrement et, pis, d'un manque de foi en Dieu. Bien sûr, on peut dire que ce baptême n'est pas accompli, qu'il reste en jachère... Mais la graine semée reste intacte et disponible. 

Il arrive que des prêtres répondent négativement à une demande de sacrement quand ils ne sentent pas la foi du demandeur. Qu'en pensez-vous ?

Pour moi, il s'agit d'un pur scandale, d'une injustice contraire à l'Évangile et au droit canon. Un sacrement est avant tout une promesse, tout le travail est à venir. Qu'est-ce qui nous fait préjuger qu'il ne se passera rien ? Jésus ne refuse jamais la guérison de quelqu'un. Il dit : « Ta foi t'a sauvé. » Un homme baptisé qui se dit incroyant et qui va se marier à l'église pour faire plaisir à sa future femme ou à sa grand-mère, parce que cela compte pour elle, manifeste un acte de confiance très honorable. Tous les baptisés doivent être appelés « fidèles », même ceux qui sont éloignés de l'Église. Les qualificatifs de « fidèle » et de « pratiquant » ne sont pas de même nature.
Reconnaissez-vous tout de même que la faible fréquentation des églises pose un problème à la communauté ?
Oui, mais on ne sauvera pas la boutique en n'honorant pas ou à regret les demandes des non-pratiquants. Un vrai travail théologique est à mener sur ce que l'on entend par « peuple de Dieu ». On pense l'Église de manière trop étriquée. Qui décide de la foi des laïcs ? Certains estiment qu'ils doivent justifier leur foi par leur pratique, alors que Jésus , lui, ne le demande à personne.

Dans le texte conciliaire sur la liturgie Sacrosanctum concilium, c'est toute la liturgie qui est première, non l'eucharistie. Or, une personne éloignée de l'Église est très sensible à la liturgie lors de la préparation d'un baptême ou de son mariage. elle veut que ce soit beau, sans pour autant posséder les clés de compréhension. Elle fait confiance à l'institution.

Cela étant posé, l'eucharistie demeure essentielle, car elle représente l'élément central de la sanctification du monde. Par ce geste, nous remettons le monde au Christ en mémoire de lui et pour la multitude. Et les non-pratiquants manquent, car ils ne sont pas là pour apporter leur vie, alors que ce geste relève de leur responsabilité de baptisés. Je ne les exonère pas de leur absence. Mais par ailleurs, je regrette que la pratique eucharistique soit devenue un élément de comptabilité. Au lieu de rassembler, elle distingue les fidèles. Cela empêche Dieu de faire la fête avec ses enfants. C'est lui le grand perdant.
L'eucharistie paraît réservée aux purs. Or l'Évangile du fils prodigue nous dit au contraire qu'il convient de se présenter tel qu'on est, sale, en apportant toute la crasse du monde et de nos vies. Sinon, le sacrement ne sert pas à grand-chose. Personne n'est digne de l'eucharistie. C'est elle qui purifie et restaure.
Si le sacrement est donné pour la multitude, pourquoi celle-ci devrait-elle être présente ?
Car en s'incarnant, Dieu signifie qu'il a besoin des hommes. Dès la création, il associe l'humain à son projet. Jésus aurait-il pu se passer de ses disciples, apôtres et divers compagnons ? Nous devons retenir que chaque personne est un maillon indispensable au projet de Dieu et que l'eucharistie consacre cela.
Quelle responsabilité attribuez-vous aux laïcs engagés, pratiquants ?
Avons-nous invité les non-pratiquants tels qu'ils sont ? Leur disons-nous que nous les aimons et qu'ils nous manquent ? Nous, les laïcs engagés, devons être passeurs. Si notre mission est d'annoncer la foi, nous devons être crédibles et inspirer la confiance. Mais si nous ne croyons pas à la parole de la personne devant nous, nous aurons beau parler, témoigner, évangéliser, il n'y a aucune raison pour qu'elle nous croie en retour. Cette personne éloignée de l'Église doit se sentir légitime à parler de sa foi, reconnue. Et notre rôle est de l'aider, de lui demander de parler de ce qu'elle croit, pas de sa pratique. Nous ne pouvons pas nous passer de ces croyants, autant importants là où ils sont que nous « à l'intérieur ».
Votre livre décrit une situation, mais que proposez-vous pour la faire évoluer ?
Mon livre développe une question politiquement incorrecte. Les réponses sont à trouver dans un chantier à ouvrir. Je travaille dans l'Église, je l'aime, je crois profondément qu'elle est une chance dans le monde. Hélas, elle ne semble s'intéresser qu'aux potentialités d'une toute petite partie d'elle-même, laissant en jachère 90% de ceux qui pourtant la composent. C'est un énorme gâchis, dans lequel tout le monde est perdant.