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vendredi 17 août 2018

Le péché, un mot qui soulève des questions

Le péché… Un mot qui, à peine prononcé, soulève immédiatement des questions, et des questions contradictoires… J’ai donc le sentiment qu’il est difficile d’en parler… Comment, en effet, vous rejoindre dans vos questions contradictoires ?
Comment rejoindre un jeune de 15-16 ans, qui ne sait pas du tout démêler ce qu’on pourrait appeler « le péché », et ce qui n’est que défaillance où la volonté intervient peu, et qui n’a jamais osé en parler à personne ?
Comment rejoindre un jeune un peu plus âgé, en faculté, qui n’oserait jamais prononcer ce mot de « péché » dans le monde étudiant, parce qu’il entend dire - et il n’est pas loin de le penser- que le péché est une notion archaïque, dangereuse et qui doit être dépassée ?
Comment vous rejoindre, vous qui avez fait depuis quelques années la découverte émerveillée de Dieu qui pardonne inlassablement le péché des hommes, car son nom est Miséricorde ?
Comment vous rejoindre, vous qui avez renoncé depuis bien des années à recevoir le sacrement du pardon, depuis que vous avez pris conscience que l’énumération d’un catalogue de péchés sonne faux : 
« Je veux bien me reconnaître pécheur, dites-vous, mai je n’arrive pas à dire quels sont mes péchés ? »
Comment vous rejoindre, vous qui êtes culpabilisés sans cesse, et qui dites :
« Qui me délivrera de cette culpabilité que je traîne comme un boulet ? »-
et vous qui vivez bien équilibré - tant mieux- mais tellement tranquille et sans questions que vous vous demandez : 
"Est-ce que je ne suis pas tranquillement en train de perdre le sens du péché ? J’ai la conscience large, et même de plus en plus large. Si je n’y prends pas garde, j’arriverai à décider de faire n’importe quoi en disant : « ça ne regarde que moi, je ne fais de mal à personne » ?
Comment vous rejoindre tous et proposer aujourd’hui un message unique sur le péché ?
Je voudrais le faire fidèlement : car c’est une vérité qui ne m’appartient pas. Respectueusement : car je veux respecter vos combats, vos échecs et vos luttes. Humblement : car prêtre parlant dans une église, je suis un pécheur qui parle à des pécheurs !
Le principal péché, c’est de dire qu’il n’y en a pas.
La principale chose que je voudrais dire, la plus utile aujourd’hui me semble-t-il, c’est que le principal péché, c’est de dire qu’il n’y en a pas. Je n’ignore rien, et vous non plus, de tous les conditionnements qui atténuent notre liberté, tous les déterminismes conscients, inconscients, collectifs qui diminuent notre part de décision libre, à tel point qu’on est tenté de dire : « Qu’est-ce qu’il me reste de liberté ? »
Eh bien ! c’est avec ce qui reste qu’on peut pécher, comme c’est avec ce qui reste de liberté qu’on fait sa vie, qu’on a choisi un jour sa femme ou son mari et qu’on a choisi sa profession. Nous ne sommes pas des marionnettes, des pantins livrés à nos déterminismes. Non !
C’est pourquoi j’affirme : « II y a pire que de faire le mal, c’est de le commettre en prétendant que ça n’est rien ou que ce n’est pas de notre faute ! » Est-ce cela que Jésus dit aujourd’hui dans l’Evangile ? Le péché sans pardon, la mauvaise foi, cet aveuglement volontaire a fait frémir Jésus d’indignation :
Oui, malheur à moi si j’appelle le mal, un bien ! car il y a un BIEN et un MAL.
Et ce n’est pas vrai qu’il soit si difficile que cela de démêler l’un de l’autre, et ce n’est pas vrai qu’il soit difficile que cela de savoir lequel est le meilleur, lequel nous grandit le plus :
  • être fidèle à son mari, à sa femme, ou le tromper ?
  • respecter ses collaborateurs… ou les exploiter, les mépriser, voire les ignorer ?
Oui, il y a un BIEN et un MAL… et c’est pourquoi on peut pécher.
Notre péché, comment le reconnaître ?
Peut-on aller plus loin ? Le péché existe, d’accord. Mais nos péchés, notre péché, comment le reconnaître ? Pouvons-nous nous rendre le service de faire ensemble un « examen de conscience » ?
Fermer les yeux… Que voyez-vous ?
Vous voyez des visages, car l’essentiel a toujours un visage… Le visage d’une épouse, d’un enfant, le visage de vos parents, d’un voisin, le visage d’un collègue de travail, de vos camarades d’école ou lycée…
Que voyez-vous encore ? 
un malade, des malades, si vous êtes infirmière à l’hôpital ou médecin…
le visage d’une employée ou de quelques personnes dont le bonheur dépend de vous ou des milliers de personnes dont le sort dépend de vous si vous avez de grandes responsabilités.
Fermez les yeux… C’est là que vous direz : 
« Mon péché, moi je le connais. Ce sont ces visages qui me le rappellent. »
OUIle péché A TOUJOURS UN VISAGE, car le péché c’est ce qui abîme l’homme, ce qui défigure un visage ou détériore les relations entre les hommes.
Ce n’est pas un péché parce que c’est interdit. C’est interdit parce que c’est un péché… et que ça démolit l’homme.
Des comportements qui abîment un homme, 
une femme, un couple, un enfant
Il y a des comportements, nous le savons bien, qui abîment un homme, une femme, un couple…qui abîment un enfant, qui défigurent une profession, une école, une classe, une entreprise…
Le meilleur mot pour désigner le péché, c’est celui de la Bible, bien sûr. Le mot hébreu « HATA » qui veut dire : manquer son but, comme un flèche oui n’atteint pas la cible.
Commettre un péché, c’est donc manquer le but de sa vie, l’alliance avec Dieu, c’est se tromper de bonheur. 
Il manque le but de son couple, de sa famille, celui qui travaille tellement qu’il n’a plus le temps de parler ni avec sa femme, ni avec ses enfants ni avec Dieu. 
Il manque le but de sa profession celui qui se permet de construire sa réussite sur le dos des autres.
Et c’est là que l’on comprend qu’il y ait des péchés littéralement « mortels » puisqu’ils tuent les hommes, ils tuent les corps, rétrécissent les cœurs. C’est un peu l’antidessein de Dieu : la création de Dieu est pervertie, les créatures sont humiliées, bafouées.
Le péché abîme les hommes et c’est pour cela que le péché 
est une offense à Dieu.
Car tout ce qui atteint l’homme atteint Dieu, tout ce qui abîme l’homme atteint aussi le Christ qui fait corps avec son peuple : 
« Ce que vous avez fait…ou ce que vous n’avez fait au plus petit…C’est à moi que vous l’avez fait, à moi que vous l’avez refusé. »
Enfin je dirai que notre vocation d’hommes n’a pas été décrite par Jésus comme une sorte de code pour rester des « braves gens », mais qu’elle est décrite dans l’Evangile comme un chemin sur les pas du Christ, pour devenir des « hommes nouveaux », des enfants de Dieu, j’aurai, je crois, tenté de donner la vraie dimension du péché.
Le péché, les chrétiens le savent, c’est la distance entre notre vie et l’Evangile de Jésus.
Cette distance existera toujours … C’est pourquoi « je suis pécheur »… et la conversion, ce sont les pas que je fais pour tenter de réduire cette distance.
Mais ce que les chrétiens croient surtout - il faut le proclamer en sortant d’ici - c’est que notre Dieu fait inlassablement les premiers pas pour couvrir toute la distance, tel le Père plein de miséricorde courant au-devant de son fils qui lui revient !
Homélie du Père Jean Dufour, curé de St-Pourçain-sur-Sioule (Allier)  (8 juin 1997)

lundi 13 novembre 2017

Les MOOCS - théologie, catéchèse ou droit canonique sur Internet

Apparus aux États-Unis en 2012, les Moocs (acronyme de Massive Open Online Course) sont des formations en ligne ouvertes à tous et souvent dispensées sous la forme de vidéos.
Depuis deux ans, en France, diocèses et centres de formation catholiques se mettent à proposer de tels cours à distance.
Le Mooc de théologie du Collège des Bernardins recense 16 000 inscrits.
Chaque dimanche soir, à minuit une, Michèle Monchalin reçoit sur son ordinateur un nouveau cours de Sinod, le Mooc de théologie du Collège des Bernardins.
Parfois, incapable de résister, cette sexagénaire vivant au sud de Lyon s’assied immédiatement à son ordinateur, ouvre sa Bible, et s’empresse de visionner ces vidéos pédagogiques qu’elle trouve si « appétissantes ». « Au début, mes nuits du dimanche au lundi y passaient… Heureusement que je suis retraitée ! » Quand elle est plus raisonnable, Michèle attend le début de semaine pour se plonger dans ces cours de théologie en ligne qui rythment son quotidien depuis bientôt deux ans.
Comme elle, ils sont désormais 16 000 en France et dans le monde francophone à être inscrits sur cette plateforme virtuelle.
Depuis son lancement début 2016, Sinod a déjà proposé quatre cours en ligne, s’étalant sur trois mois chacun, à raison de deux heures de travail hebdomadaires pour les participants. Ces cours ont porté sur la Bible, les sacrements, Jésus et, en ce moment, le péché originel.
« Le niveau est excellent », se réjouit Gaëlle de Frias, qui se connecte à Sinod depuis Brest. Cette mère de famille a beau être déjà titulaire d’un master de théologie, cette formation ouverte à tous ne l’ennuie pas. Imaginée par de solides théologiens, elle sollicite des ressources pédagogiques diverses, outre les vidéos de cours : textes complémentaires, œuvres picturales, quiz… Le tout sanctionné par un examen final en ligne. « C’est un mode de transmission moderne et surtout gratuit et ouvert à tous, résume Florian Quittard, chargé de Sinod au Collège des Bernardins. Cela permet d’abolir les barrières financières et géographiques qui empêchaient beaucoup de gens, jusqu’ici, de se former à ces matières. »
L’aspect grand public des Moocs demande aux enseignants qui les conçoivent un effort pédagogique. « Et cet effort est particulièrement grand pour nos sciences ecclésiastiques, où nous avons habituellement, dans nos cours, un public qui nous est acquis », souligne le père Cédric Burgun, vice-doyen de la faculté de droit canonique de la Catho de Paris.
Le Mooc qu’il a lancé l’an dernier avec deux autres enseignants de droit canonique, « Loi des hommes et loi de Dieu », a été suivi par 5 800 personnes (dont 30 % ont passé l’examen final). « Parmi les inscrits, il y avait des catholiques engagés, mais aussi des athées et des personnes d’autres religions. Notamment des juristes voulant en savoir plus sur ce droit spécifique à l’Église. »
Les catholiques qui suivent ces Moocs voient parfois en Internet une manière de remédier au manque de formation des laïcs en paroisse, ou encore de participer à des formations qui leur demanderaient une présence trop importante. Telle est ambition du diocèse de Paris, qui vient de lancer un Mooc à destination des catéchistes. « Plutôt que d’essayer de faire entrer les gens dans notre emploi du temps, nous avons décidé d’entrer dans le leur », résume Emmanuelle Bergerault, qui coordonne ce projet. En neuf semaines, les 9 000 inscrits peuvent ainsi se former à la catéchèse « du fond de (leur) canapé », comme le promet le site du diocèse. Mais peut-on se former à de telles matières derrière un écran ? Natalia Trouiller, fondatrice du site d’évangélisation numérique Noé 3.0, émet quelques réserves. « Le christianisme est une religion de l’incarnation, rappelle-t-elle. Pour connaître Jésus, il faut aller à la rencontre de ses frères, pas rester seul dans son coin… »
Une objection à laquelle les intéressés semblent préparés. « Le Mooc a toujours un début et une fin dans le temps, ce qui permet une réelle interaction entre les participants, ainsi qu’avec l’enseignant », explique Florian Quittard pour Sinod. Cette « communauté d’apprenants » échange notamment sur un forum de discussion prévu à cet effet. « Nous y abordons des questions très profondes, et certains autres participants sont devenus des amis, même si je ne les ai jamais rencontrés en vrai », renchérit Michèle Monchalin, qui signe certains de ses commentaires d’un facétieux « Amicalement vôtre ».
Ces cours à distance finiront-ils par supplanter la formation en présentiel, qui connaît un certain succès auprès des laïcs depuis une quinzaine d’années ? Non, assurent unanimement les structures concernées. « Il ne s’agit pas tant d’un approfondissement que d’une porte d’entrée vers un savoir difficile d’accès », explique le père Cédric Burgun à la Catho de Paris. Aux États-Unis, où les Moocs sont nés, la tendance manifeste en tout cas des premiers signes d’essoufflement.  - Mélinée Le Priol
(Article paru dans le journal LA CROIX, édition du 10 novembre 2017)